OBSERVATOIRE — DROIT DE LA PUBLICITÉ 2026

La publicité pour l'alcool n'est pas interdite à la télévision : elle n'y est pas autorisée

Six secteurs encore interdits, quatre libérés en trente-deux ans — et une interdiction majeure qui ne résulte d'aucune phrase prohibitive, mais d'une omission dans une liste

Mis à jour en septembre 2026 — État du droit au regard du décret du 27 mars 1992 dans sa version consolidée

Secteurs interdits
6
Tous par la loi, pour la santé ou la sécurité
Interdictions levées
4
Toutes par décret, en 2004, 2007, 2020 et 2024
La plus longue interdiction levée
32 ans
L’édition littéraire, de 1992 à 2024
Loi Évin validée
13 juil. 2004
Deux arrêts de la Cour de justice le même jour

Une liste de ce qui est permis, pas de ce qui est défendu

La publicité pour les boissons alcoolisées n'est pas interdite à la télévision française. Elle n'y est pas autorisée, ce qui n'est pas la même chose. L'article L. 3323-2 du code de la santé publique, issu de la loi du 10 janvier 1991 dite loi Évin, dresse la liste limitative des supports sur lesquels cette publicité est permise : la presse écrite hors publications destinées à la jeunesse, la radio à des horaires définis, l'affichage, certains objets liés à la consommation, les véhicules de livraison, les fêtes et foires traditionnelles. La télévision n'y figure pas, le cinéma non plus. L'interdiction la plus célèbre du droit publicitaire français ne résulte donc d'aucune phrase prohibitive : elle résulte d'une omission. Autour de cette architecture, le décret du 27 mars 1992 a organisé un second étage d'interdictions, portant sur des secteurs entiers de l'économie — la presse, la distribution, le cinéma, l'édition littéraire — que l'État a libérés un par un, sur trente-deux ans. Et une idée reçue tenace se dissipe à l'examen des textes : non, trois de ces secteurs n'ont pas été libérés le même jour d'août 2020.

📜
Le mécanisme
Une interdiction par omission
Le périmètre 2026
Six secteurs encore interdits
🔓
Les levées
Quatre interdictions levées en trente-deux ans
📚
Le dernier libéré
Le livre a attendu jusqu’en 2024
⚖️
La jurisprudence
La loi Évin validée par la CJUE en 2004
🇳🇴
Le classement
La France classée avec la Norvège et la Suède

Le périmètre en 2026 : 6 interdits, 4 autorisés

10 secteurs

Six secteurs restent interdits en 2026, quatre ont été libérés depuis 1992. Les six interdictions permanentes relèvent toutes de la loi et poursuivent un objectif de santé publique ou de sécurité : tabac, vapotage, alcool, armes, médicaments à prescription obligatoire, préparations pour nourrissons. Les quatre interdictions levées relevaient du décret et poursuivaient un objectif de politique économique et culturelle : protéger la presse écrite, la librairie, les salles de cinéma et le commerce de proximité de la concurrence publicitaire du média le plus puissant. Cette distinction explique pourquoi les premières n'ont pas bougé et les secondes ont toutes cédé.

Tabac et produits du tabacdepuis 1976Interdit
Loi n° 76-616 du 9 juillet 1976, puis loi n° 91-32 du 10 janvier 1991La plus ancienne et la plus large des interdictions : elle vise la publicité directe comme indirecte et le parrainage, sur tous les supports et non seulement à la télévision. La loi du 9 juillet 1976 avait déjà fermé la presse, la radio, la télévision, le cinéma et l'affichage ; la loi du 10 janvier 1991 a généralisé le dispositif.
Produits du vapotagedepuis 2016Interdit
Article 23 de la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016Interdiction totale sur tous les supports, alignée sur le régime du tabac, à la seule exception des affichettes disposées à l'intérieur des points de vente et non visibles de l'extérieur. C'est la plus récente des interdictions sectorielles permanentes.
Boissons alcooliséesdepuis 1991Interdit
Article L. 3323-2 du code de la santé publique, issu de la loi du 10 janvier 1991Le cas le plus intéressant juridiquement. Aucun texte n'écrit que la publicité pour l'alcool est interdite à la télévision : l'article L. 3323-2 énumère les supports autorisés, et la télévision n'est pas de la liste. L'interdiction procède donc du silence de la loi, ce qui explique qu'aucune dérogation ponctuelle ne puisse être accordée par le régulateur.
Armes à feu et munitionsdepuis 1985Interdit, sauf services thématiques
Loi n° 85-706 du 12 juillet 1985 et décret n° 85-1305 du 9 décembre 1985Interdiction assortie d'une dérogation méconnue : la publicité est admise sur les services consacrés à la chasse, à la pêche ou au tir sportif, sous réserve que ces thématiques représentent plus d'un tiers de la programmation du service. Une chaîne thématique peut donc diffuser ce qu'une chaîne généraliste ne peut pas.
Médicaments à prescription obligatoire ou remboursablesdepuis CodifiéInterdit
Article L. 5122-6 du code de la santé publiqueLa publicité auprès du public est interdite pour tout médicament soumis à prescription médicale obligatoire ou remboursable par l'assurance maladie. Des dérogations existent pour les campagnes de vaccination et certaines campagnes de santé publique. La publicité pour les médicaments en accès libre et non remboursables reste permise, sous contrôle.
Préparations pour nourrissonsdepuis CodifiéInterdit
Code de la consommation et transposition du droit de l’Union européenneLa publicité auprès du public pour les laits destinés aux plus jeunes nourrissons est interdite, dans un cadre issu de la réglementation européenne sur les denrées destinées aux nourrissons et de dispositions du code de la consommation. Le seuil d'âge exact varie selon les catégories de produits et n'est pas repris ici, faute de vérification sur source primaire.
Pressedepuis 1992Autorisé depuis 2004
Interdit par le décret n° 92-280 du 27 mars 1992, levé par le décret n° 2003-960 du 7 octobre 2003Première interdiction sectorielle levée, et la plus rapide : douze ans. L'ouverture est totale dès le 1er janvier 2004, sur toutes les chaînes, sans expérimentation ni condition. Les journaux ont ainsi pu faire de la publicité à la télévision seize ans avant les éditeurs de livres.
Distributiondepuis 1992Autorisé depuis 2007, hors promotions nationales
Interdit par le décret du 27 mars 1992, ouvert par le décret n° 2003-960 du 7 octobre 2003Ouverture en deux temps : aux services diffusés exclusivement par câble et satellite dès le 1er janvier 2004, puis aux chaînes hertziennes nationales le 1er janvier 2007. Les opérations de promotion commerciale à caractère national sont demeurées exclues. C'est le secteur dont la levée a été la plus graduelle, et la plus commentée à l'époque pour son effet sur le marché publicitaire.
Cinémadepuis 1992Autorisé depuis 2020, pérennisé en 2024
Interdit par le décret du 27 mars 1992, levé par le décret n° 2020-983 du 5 août 2020, pérennisé par le décret n° 2024-313 du 5 avril 2024Vingt-huit ans d'interdiction. La levée du 5 août 2020 est intervenue à titre expérimental, pour dix-huit mois, avant deux prolongations puis la pérennisation par le décret du 5 avril 2024. Le même décret du 5 août 2020 a par ailleurs autorisé la publicité télévisée segmentée : deux ouvertures majeures dans un seul texte.
Édition littérairedepuis 1992Autorisé depuis 2024, à titre expérimental
Interdit par le décret du 27 mars 1992, ouvert au câble et satellite en 2004, ouvert aux chaînes nationales à titre expérimental pour vingt-quatre mois par le décret n° 2024-313 du 5 avril 2024La plus longue des interdictions levées : trente-deux ans. Le livre avait obtenu dès 2004 un accès aux seuls services diffusés exclusivement par câble et satellite ; l'ouverture aux chaînes nationales n'est venue qu'en avril 2024, et seulement à titre expérimental pour vingt-quatre mois. C'est aussi le secteur qui contredit l'idée reçue d'une libéralisation groupée en août 2020.

Lecture : l'axe mesure l'ouverture de l'antenne au secteur. Les 6 barres hachurées rouges valent zéro et sont ramenées à un trait de trois pour cent de largeur ; les 4 barres pleines correspondent à une ouverture, même assortie de conditions. Deux nuances importantes n'apparaissent pas sur l'axe et figurent dans les notes : la publicité pour les armes reste possible sur les services thématiques dédiés, et l'ouverture accordée à l'édition littéraire est encore expérimentale.

Plus un secteur était protégé, plus longtemps il est resté privé d'antenne

20 ans d'écart

Vingt ans séparent la première levée de la dernière. L'ordre dans lequel les quatre secteurs ont été libérés est riche d'enseignements : les deux secteurs les moins subventionnés par l'État — la presse et la distribution — sont sortis les premiers, en 2004 et 2007 ; les deux secteurs qui bénéficient des politiques culturelles les plus structurées — le cinéma, avec le fonds de soutien du Centre national du cinéma, et le livre, avec le prix unique — ont attendu 2020 et 2024. Plus un secteur était protégé par ailleurs, plus longtemps il est resté privé d'antenne.

Presse27 mars 19921er janvier 200412 ans
Le secteur le plus vite libéré. L'argument protecteur — la publicité télévisée détournerait les annonceurs de la presse écrite — a cédé dès le début des années deux mille, quand la presse elle-même a demandé l'accès à l'antenne pour promouvoir ses titres.
Distribution27 mars 19921er janvier 200715 ans
Quinze ans, avec une ouverture en deux marches : les chaînes du câble et du satellite en 2004, les chaînes hertziennes nationales en 2007. La levée a été négociée au regard de son effet attendu sur les recettes publicitaires des grandes chaînes et sur la presse locale.
Cinéma27 mars 19925 août 202028 ans
Vingt-huit ans, puis une ouverture à titre expérimental de dix-huit mois, deux prolongations, et une pérennisation en 2024. Le paradoxe est net : le secteur le plus soutenu financièrement par l'État a été l'un des derniers autorisés à s'adresser au public par le média le plus regardé.
Édition littéraire27 mars 19925 avril 202432 ans
Trente-deux ans, et une ouverture encore provisoire : l'autorisation accordée aux chaînes nationales l'a été à titre expérimental pour vingt-quatre mois. Le livre reste donc, en 2026, le seul des quatre secteurs libérés dont l'accès à l'antenne nationale ne soit pas définitivement acquis.

Lecture : les durées sont calculées en années entières entre le décret du 27 mars 1992 et l'ouverture aux chaînes hertziennes nationales, ce qui écarte les ouvertures partielles antérieures au câble et au satellite. L'écart entre la levée la plus rapide, 12 ans, et la plus tardive, 32 ans, atteint 20 ans. La barre rouge est celle de l'édition littéraire, dont l'ouverture reste par ailleurs expérimentale.

Les 6 supports autorisés — et les 2 absents de la liste

L. 3323-2

L'article L. 3323-2 du code de la santé publique fonctionne à l'envers de l'intuition. Il n'énumère pas ce qui est interdit mais ce qui est permis, et tout ce qui n'y figure pas est prohibé. Cette technique de rédaction a deux conséquences pratiques. D'abord, une nouvelle forme de publicité inventée après 1991 est interdite par défaut, sans qu'aucun texte ait à le prévoir. Ensuite, l'interdiction est absolue : elle ne comporte pas de plage horaire de tolérance, de seuil de degré d'alcool ou de dérogation pour les produits du patrimoine, contrairement à ce que pratiquent plusieurs voisins européens.

Presse écrite, hors publications destinées à la jeunesseDans la liste
Premier support de la liste. L'exclusion des publications destinées à la jeunesse est la seule restriction interne à ce support.
Radio, à des horaires définisDans la liste
Autorisée dans des créneaux horaires déterminés, conçus pour limiter l'exposition des mineurs. La radio est donc le seul média de flux sur lequel la publicité pour l'alcool est permise en France.
AffichageDans la liste
Autorisé, ce qui explique la présence de campagnes d'affichage pour des vins et des bières dans l'espace public alors que les mêmes marques sont absentes des écrans de télévision.
Objets liés à la consommation de boissonsDans la liste
Verres, carafes, seaux et accessoires : un support historique, dont la mention dans la loi témoigne de la précision du dispositif de 1991.
Véhicules de livraisonDans la liste
Les inscriptions portées sur les véhicules de livraison sont admises, sous conditions. Là encore, la loi procède par énumération limitative et non par interdiction générale.
Fêtes et foires traditionnellesDans la liste
Les fêtes et foires traditionnelles consacrées à des boissons locales, ainsi que les musées et les stages d'œnologie, bénéficient d'un régime propre. La logique est celle de la promotion du patrimoine plutôt que de la publicité commerciale.
TélévisionAbsent de la liste
Absente de la liste. C'est toute l'architecture du dispositif : le législateur n'a pas écrit que la télévision était interdite, il ne l'a pas inscrite parmi les supports autorisés. Aucune dérogation n'est donc possible, et aucun régulateur ne peut en accorder.
CinémaAbsent de la liste
Également absent de la liste, et pour la même raison. Les deux médias de l'image animée sont les seuls grands supports exclus du dispositif français de publicité pour les boissons alcoolisées.

Lecture : ce graphique ne représente pas une interdiction mais une absence. Les 6 barres pleines sont les supports que l'article L. 3323-2 du code de la santé publique énumère comme autorisés ; les 2 traits rouges sont les deux médias de l'image animée, qui n'y figurent pas et se trouvent exclus de ce fait. Cette lecture est structurelle : aucune disposition n'énonce littéralement que la télévision est interdite.

Les 10 secteurs, texte par texte

10

Pour chaque secteur : son statut en 2026, l'année de l'interdiction, la date de la levée lorsqu'elle est intervenue, et le texte de référence. Les six premières lignes relèvent de la loi, les quatre dernières relevaient du décret.

SecteurStatut 2026Interdit depuisLevéeTexte de référence
Tabac et produits du tabacInterdit1976Loi n° 76-616 du 9 juillet 1976, puis loi n° 91-32 du 10 janvier 1991
Produits du vapotageInterdit2016Article 23 de la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016
Boissons alcooliséesInterdit1991Article L. 3323-2 du code de la santé publique, issu de la loi du 10 janvier 1991
Armes à feu et munitionsInterdit, sauf services thématiques1985Loi n° 85-706 du 12 juillet 1985 et décret n° 85-1305 du 9 décembre 1985
Médicaments à prescription obligatoire ou remboursablesInterditCodifiéArticle L. 5122-6 du code de la santé publique
Préparations pour nourrissonsInterditCodifiéCode de la consommation et transposition du droit de l’Union européenne
PresseAutorisé depuis 200419921er janvier 2004Interdit par le décret n° 92-280 du 27 mars 1992, levé par le décret n° 2003-960 du 7 octobre 2003
DistributionAutorisé depuis 2007, hors promotions nationales19921er janvier 2007Interdit par le décret du 27 mars 1992, ouvert par le décret n° 2003-960 du 7 octobre 2003
CinémaAutorisé depuis 2020, pérennisé en 202419925 août 2020Interdit par le décret du 27 mars 1992, levé par le décret n° 2020-983 du 5 août 2020, pérennisé par le décret n° 2024-313 du 5 avril 2024
Édition littéraireAutorisé depuis 2024, à titre expérimental19925 avril 2024Interdit par le décret du 27 mars 1992, ouvert au câble et satellite en 2004, ouvert aux chaînes nationales à titre expérimental pour vingt-quatre mois par le décret n° 2024-313 du 5 avril 2024

Lecture : la colonne « Levée » porte la date d'ouverture aux chaînes hertziennes nationales. Deux secteurs — la distribution et l'édition littéraire — avaient bénéficié d'une ouverture antérieure limitée aux services diffusés exclusivement par câble et satellite, à compter du 1er janvier 2004 ; cette étape figure dans la colonne du texte de référence. La mention « Codifié » signale une interdiction dont le régime résulte de la codification et non d'une date unique aisément citable.

Sur l'alcool, la France relève du modèle nordique

3 à 100

L'indice est une construction TV.fr : il ordonne huit régimes juridiques par degré de sévérité de la restriction applicable à la publicité télévisée pour les boissons alcoolisées, en base 100 sur l'interdiction totale. Il ne mesure aucune grandeur observable et seul l'ordre du classement porte de l'information. Ce que montre cet ordre est un fait politique rarement souligné : sur ce sujet, la France ne relève pas du modèle latin, qui gradue les restrictions selon le degré d'alcool ou l'horaire, mais du modèle nordique, qui exclut purement et simplement le support.

🇳🇴NorvègeInterdiction totale depuis 1975100
Interdiction générale de la publicité pour les boissons alcoolisées, tous supports confondus, mise en place au milieu des années soixante-dix. La Norvège est régulièrement citée comme le régime de référence le plus strict d'Europe.
🇸🇪SuèdeInterdiction totale100
Régime nordique comparable au norvégien, articulé à un monopole public de la vente au détail. La restriction publicitaire y est un instrument de politique de santé assumé comme tel.
🇫🇷FranceTélévision et cinéma exclus de la liste des supports autorisés100
La France figure dans le groupe de tête, par une technique juridique différente : non pas une interdiction générale, mais une liste limitative de supports autorisés dont la télévision et le cinéma sont absents. Le résultat, pour un annonceur, est le même. Le pays classé avec la Norvège et la Suède est aussi l'un des premiers producteurs de vin au monde.
🇫🇮FinlandeRégime par degré d’alcool70
Interdiction stricte au-delà d'un seuil de titrage élevé, encadrement en dessous. Le critère est la teneur en alcool du produit, non le support : une logique de gradation que le droit français ne connaît pas.
🇪🇸EspagneInterdiction au-delà de 20 degrés55
La loi générale sur la publicité interdit la publicité télévisée des boissons titrant plus de vingt degrés. Les vins et les bières peuvent donc être annoncés à la télévision espagnole, ce qui est exactement l'inverse du régime français.
🇮🇹ItalieRestriction horaire pour les spiritueux40
Les spiritueux ne peuvent être annoncés à la radio et à la télévision sur une plage de fin d'après-midi, et des restrictions renforcées s'appliquent autour des programmes destinés à la jeunesse. Le critère est ici temporel.
🇩🇪AllemagneRégime aligné sur la directive européenne20
Pas d'interdiction sectorielle : la publicité pour les boissons alcoolisées est admise, encadrée par les règles de contenu issues du droit de l'Union — interdiction de viser les mineurs, d'associer la consommation à la réussite sociale ou à la conduite.
🇬🇧Royaume-UniRégime de contenu et codes d’autorégulation20
La publicité est permise, sous un dispositif détaillé de règles de contenu et de placement, appliqué par le régulateur et par les organismes d'autorégulation. L'approche privilégie la maîtrise du message plutôt que l'exclusion du support.

Lecture : la barre rouge est celle de la France, classée à égalité avec la Norvège et la Suède. L'indice est une construction TV.fr qui ordonne des régimes juridiques par degré de sévérité, en base 100 sur l'interdiction totale : il ne mesure aucune grandeur observable et seul l'ordre porte de l'information. Les régimes pour lesquels aucune source datée n'a pu être confirmée ont été écartés du classement plutôt que d'y figurer avec une valeur approximative.

Cinquante ans de fermetures et d'ouvertures

14
9 juillet 1976

La loi n° 76-616, dite loi Veil, encadre la publicité pour le tabac et pour les boissons alcoolisées et ferme au tabac la presse, la radio, la télévision, le cinéma et l'affichage. Première pierre du dispositif français de restriction sectorielle.

12 juillet 1985

La loi n° 85-706 et le décret n° 85-1305 du 9 décembre 1985 encadrent la publicité pour les armes à feu et les munitions. La dérogation accordée aux services dont plus d'un tiers de la programmation est consacrée à la chasse, à la pêche ou au tir sportif y trouve son origine.

10 janvier 1991

La loi n° 91-32, dite loi Évin, généralise l'interdiction de la publicité pour le tabac et refond le régime applicable aux boissons alcoolisées. Elle institue la liste limitative des supports autorisés, aujourd'hui codifiée à l'article L. 3323-2 du code de la santé publique. La télévision et le cinéma n'en font pas partie.

27 mars 1992

Le décret n° 92-280 fixe les principes généraux applicables à la publicité, au parrainage et au télé-achat. Son article 8 interdit la publicité télévisée pour quatre secteurs économiques entiers — la presse, la distribution, le cinéma, l'édition littéraire — en plus de rappeler les interdictions résultant de la loi. Le compte à rebours de trente-deux ans commence.

7 octobre 2003

Le décret n° 2003-960 organise la première vague de libéralisation : ouverture totale à la presse et ouverture aux services diffusés exclusivement par câble et satellite pour la distribution et l'édition littéraire. L'entrée en vigueur est fixée au 1er janvier 2004.

1er janvier 2004

La presse peut faire de la publicité à la télévision, sur toutes les chaînes. Douze ans après l'interdiction, c'est la première des quatre à tomber, et la seule à tomber d'un seul coup.

13 juillet 2004

La Cour de justice rend le même jour deux arrêts relatifs à la loi Évin. Dans l'affaire C-262/02, Commission contre France, elle rejette le recours de la Commission qui contestait l'exigence de suppression préalable des panneaux publicitaires pour l'alcool visibles lors de la retransmission en France d'événements sportifs organisés dans d'autres États membres. Dans l'affaire C-429/02, Bacardi France contre TF1 et autres, elle reconnaît aux États une large marge d'appréciation en matière de santé publique. La loi Évin sort validée du contentieux né des stades étrangers.

9 août 2004

La loi relative à la politique de santé publique institue l'obligation d'associer un message à caractère sanitaire à la publicité pour certains aliments et boissons. L'arrêté du 27 février 2007 en fixera les modalités et les quatre messages types.

1er janvier 2007

La distribution accède aux chaînes hertziennes nationales, trois ans après le câble et le satellite. Les opérations de promotion commerciale à caractère national restent exclues. Quinze ans d'interdiction s'achèvent, par étapes.

12 mai 2010

La loi n° 2010-476 ouvre le marché des jeux d'argent et de hasard en ligne et autorise la publicité télévisée des opérateurs agréés. Le cadre sera précisé par plusieurs délibérations du régulateur, dont celle du 19 octobre 2022 : messages de prévention, horaires, interdiction autour des programmes destinés à la jeunesse. Contrairement à une idée répandue, ce secteur n'est donc pas interdit.

26 janvier 2016

L'article 23 de la loi n° 2016-41 de modernisation du système de santé interdit toute publicité pour les produits du vapotage, sur tous les supports, à la seule exception des affichettes internes aux points de vente. La dernière interdiction sectorielle permanente en date.

5 août 2020

Le décret n° 2020-983 lève, à titre expérimental pour dix-huit mois, l'interdiction de la publicité télévisée pour le cinéma, et autorise dans le même texte la publicité télévisée segmentée. Le décret n° 2020-984 du même jour, distinct, réforme les jours de diffusion des films à la télévision. Vingt-huit ans après le décret de 1992, le cinéma revient à l'antenne.

5 avril 2024

Le décret n° 2024-313 pérennise l'ouverture au cinéma, après deux prolongations de l'expérimentation, et ouvre aux chaînes nationales la publicité pour l'édition littéraire, à titre expérimental pour vingt-quatre mois. Trente-deux ans se sont écoulés depuis l'interdiction de 1992 : c'est la plus longue des quatre.

2026

Six secteurs restent interdits, tous par la loi et tous au nom de la santé publique ou de la sécurité ; quatre ont été libérés, tous par décret et tous au nom d'un rééquilibrage économique. Le livre est le seul dont l'accès à l'antenne nationale repose encore sur une expérimentation. Et la publicité pour les boissons alcoolisées demeure absente des écrans sans qu'aucun texte ne l'interdise expressément.

Six mécanismes pour comprendre

6

Une interdiction qui n’est écrite nulle part

Mécanisme structurel

La technique de l'article L. 3323-2 du code de la santé publique est celle de la liste limitative : le législateur énumère les supports sur lesquels la publicité pour les boissons alcoolisées est autorisée, et tout support absent de la liste est interdit par déduction. Deux effets en découlent. D'une part, une forme de publicité inventée après 1991 tombe automatiquement dans l'interdiction, sans qu'un texte nouveau soit nécessaire. D'autre part, aucune autorité ne peut accorder de dérogation, puisqu'il n'y a pas d'interdiction à lever mais une autorisation à créer, ce qui suppose une loi.

Deux étages de normes, deux logiques opposées

Idée reçue tenace

Les interdictions permanentes relèvent de la loi et poursuivent un objectif de santé publique ou de sécurité : tabac, vapotage, alcool, armes, médicaments à prescription obligatoire, préparations pour nourrissons. Les interdictions levées relevaient du décret et poursuivaient un objectif de politique économique : protéger la presse écrite, les librairies, les salles de cinéma et le commerce de proximité de la puissance publicitaire de la télévision. La hiérarchie des normes suit la hiérarchie des motifs, et elle explique la trajectoire : les premières n'ont pas bougé en cinquante ans, les secondes ont toutes cédé en trente-deux.

Le contentieux est né des stades étrangers, pas des écrans français

Idée reçue tenace

Parce que l'alcool ne peut pas être annoncé à la télévision française, la retransmission d'un match joué à l'étranger pose une difficulté pratique : les panneaux publicitaires visibles autour du terrain diffusent des marques de boissons alcoolisées. C'est de cette question qu'est né le contentieux européen tranché le 13 juillet 2004 par deux arrêts rendus le même jour. La Cour de justice a rejeté le recours de la Commission contre la France et reconnu aux États une large marge d'appréciation en matière de santé publique. La loi Évin en est sortie consolidée, et non affaiblie.

La levée par support avant la levée par média

À nuancer

Trois des quatre secteurs libérés ne l'ont pas été d'un seul coup mais par paliers : d'abord les services diffusés exclusivement par câble et satellite, ensuite les chaînes hertziennes nationales. Ce séquençage est un instrument de politique publique à part entière : il permet d'observer l'effet d'une ouverture sur un marché restreint avant de l'étendre au média de masse, et il donne aux secteurs protégés le temps de s'adapter. La distribution a ainsi attendu trois ans entre les deux marches, l'édition littéraire vingt.

L’expérimentation comme technique de libéralisation

À nuancer

Les deux dernières ouvertures n'ont pas été accordées définitivement mais à l'essai. Le cinéma a été autorisé pour dix-huit mois en août 2020, avec deux prolongations avant une pérennisation en avril 2024 ; le livre l'a été pour vingt-quatre mois en avril 2024 et n'a pas encore obtenu de régime définitif. Le procédé permet d'ouvrir sans s'engager, mais il crée une asymétrie durable : un annonceur ne construit pas la même stratégie selon que son droit d'accès à l'antenne est acquis ou révisable.

Une obligation sanitaire à option

À nuancer

Depuis la loi du 9 août 2004 et l'arrêté du 27 février 2007, la publicité pour certains aliments et boissons doit être accompagnée d'un message à caractère sanitaire. L'annonceur peut toutefois s'affranchir de cette obligation en versant une contribution égale à un et demi pour cent du montant hors taxes investi dans la campagne, affectée à l'organisme public de santé publique. Le dispositif transforme ainsi une obligation de forme en alternative financière, ce qui est rare en droit de la publicité.

Six idées reçues sur la publicité interdite

6
Idée reçue tenace

« La loi Évin interdit la publicité pour l’alcool à la télévision »

La formule est commode mais juridiquement inexacte, et la nuance a des conséquences. La loi du 10 janvier 1991 n'interdit pas la télévision : elle dresse, à l'article L. 3323-2 du code de la santé publique, la liste limitative des supports sur lesquels la publicité pour les boissons alcoolisées est autorisée — presse écrite hors jeunesse, radio à horaires définis, affichage, objets liés à la consommation, véhicules de livraison, fêtes et foires traditionnelles. La télévision et le cinéma n'y figurent pas, donc ils sont exclus. Il n'existe par conséquent aucune dérogation possible, puisqu'il n'y a pas d'interdiction à lever mais une autorisation à créer par la loi.

Idée reçue tenace

« Trois secteurs ont été libérés le même jour, en août 2020 »

Faux, et c'est l'idée reçue la plus répandue sur le sujet. Le décret du 5 août 2020 a levé l'interdiction pour un seul secteur, le cinéma, et a par ailleurs autorisé la publicité segmentée. La presse avait été libérée dès le 1er janvier 2004 par le décret du 7 octobre 2003, la distribution accédait aux chaînes nationales le 1er janvier 2007, et l'édition littéraire n'a obtenu l'antenne nationale qu'en avril 2024, à titre expérimental. Quatre dates, quatre textes, vingt ans d'écart entre la première et la dernière.

Idée reçue tenace

« La publicité pour les jeux d’argent est interdite à la télévision »

Elle est autorisée depuis la loi du 12 mai 2010 pour les opérateurs agréés, sous un encadrement strict précisé par plusieurs délibérations du régulateur, dont celle du 19 octobre 2022 : messages de prévention obligatoires, restrictions horaires, interdiction autour des programmes destinés à la jeunesse. Ce secteur ne figure donc pas parmi les interdictions, contrairement à une intuition nourrie par la sévérité de son encadrement.

À nuancer

« La publicité pour les armes est totalement interdite à la télévision »

Presque, mais pas tout à fait. Le décret du 9 décembre 1985 admet la publicité pour les armes à feu et les munitions sur les services consacrés à la chasse, à la pêche ou au tir sportif, sous réserve que ces thématiques représentent plus d'un tiers de la programmation. Une chaîne thématique peut donc diffuser un message qu'une chaîne généraliste ne peut pas : le critère n'est pas le produit mais l'identité éditoriale du service.

Idée reçue tenace

« La Cour de justice européenne a condamné la loi Évin »

L'inverse. Le 13 juillet 2004, dans l'affaire C-262/02 Commission contre France, la Cour a rejeté le recours de la Commission qui contestait le dispositif français au regard de la libre prestation de services, à propos des panneaux publicitaires visibles lors de la retransmission d'événements sportifs organisés à l'étranger. Le même jour, dans l'affaire C-429/02 Bacardi France, elle a reconnu aux États une large marge d'appréciation en matière de santé publique. La loi Évin est sortie renforcée de ce double contentieux.

À nuancer

« Le message sanitaire est obligatoire sur toute publicité alimentaire »

L'obligation existe bien, depuis la loi du 9 août 2004 et l'arrêté du 27 février 2007, mais elle comporte une alternative : l'annonceur peut y échapper en versant une contribution égale à un et demi pour cent du montant hors taxes investi dans la campagne, affectée à l'organisme public de santé publique. Une publicité alimentaire sans message sanitaire n'est donc pas nécessairement irrégulière.

Citer cette page

Cette page est mise à disposition sous licence Creative Commons BY-SA 4.0. Journalistes, enseignants, étudiants et chercheurs peuvent en reprendre les tableaux et les graphiques en citant la source, en renvoyant aux textes eux-mêmes pour les références juridiques, et en rappelant que l'indice de restriction internationale est un indicateur construit par TV.fr et non une mesure externe.

TV.fr, « Les secteurs interdits de publicité à la télévision : six interdictions, quatre levées », Observatoire TV.fr, septembre 2026. https://www.tv.fr/observatoire/secteurs-interdits-publicite-tv

Méthodologie et sources

Périmètre

Cette page recense les secteurs économiques dont la publicité est interdite à la télévision française, ainsi que ceux dont l'interdiction a été levée, avec pour chacun la date de l'interdiction, la date et le texte de la levée et le régime applicable en 2026. Elle détaille l'architecture juridique particulière de l'interdiction applicable aux boissons alcoolisées et le contentieux européen de 2004 qui en est issu. Elle ne traite ni du volume ni des recettes du marché publicitaire télévisé, ni des règles relatives au placement de produit et au parrainage, ni des règles de durée et d'interruption des écrans publicitaires, qui font l'objet de pages distinctes de l'Observatoire.

Origine des données

Le socle est constitué du décret n° 92-280 du 27 mars 1992 pris pour l'application des articles 27 et 33 de la loi du 30 septembre 1986, dont l'article 8 énumère les secteurs interdits, et de ses modifications successives : décret n° 2003-960 du 7 octobre 2003, décret n° 2020-983 du 5 août 2020, décret n° 2024-313 du 5 avril 2024. Les interdictions législatives renvoient à la loi n° 76-616 du 9 juillet 1976, à la loi n° 85-706 du 12 juillet 1985 et au décret n° 85-1305 du 9 décembre 1985, à la loi n° 91-32 du 10 janvier 1991 codifiée notamment à l'article L. 3323-2 du code de la santé publique, à l'article L. 5122-6 du même code et à l'article 23 de la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016. Les arrêts cités sont ceux rendus le 13 juillet 2004 par la Cour de justice dans les affaires C-262/02, Commission contre France, et C-429/02, Bacardi France. Le régime des messages sanitaires renvoie à la loi du 9 août 2004 et à l'arrêté du 27 février 2007.

Indicateurs construits

Les durées d'interdiction sont calculées par TV.fr en années entières, entre la date du décret du 27 mars 1992 et la date d'ouverture aux chaînes hertziennes nationales : douze ans pour la presse, quinze pour la distribution, vingt-huit pour le cinéma, trente-deux pour l'édition littéraire, soit un écart de vingt ans entre la première et la dernière levée. Le décompte de six secteurs interdits et quatre secteurs libérés est celui du tableau de la page, et le graphique du périmètre en est directement dérivé. L'indice de restriction internationale est une construction TV.fr en base 100 sur l'interdiction totale : il ordonne huit régimes juridiques par degré de sévérité, ne provient d'aucune source externe, ne mesure aucune grandeur observable et ne doit pas être cité comme une donnée — seul l'ordre du classement, et le regroupement de la France avec les deux pays nordiques, portent de l'information.

Précautions de lecture

Trois réserves explicites. D'abord, l'exclusion de la télévision du champ de la publicité pour les boissons alcoolisées est une lecture structurelle de l'article L. 3323-2, qui procède par liste limitative de supports autorisés : aucune disposition n'énonce littéralement que la télévision est interdite, et la page le signale plutôt que de prêter au texte une formule qu'il ne contient pas. Ensuite, le seuil d'âge exact applicable à l'interdiction de la publicité pour les préparations destinées aux nourrissons n'a pas pu être vérifié sur source primaire et n'est donc pas indiqué : seul le principe de l'interdiction est retenu. Enfin, la section internationale repose sur des synthèses comparatives et non sur la lecture directe de chaque loi nationale : les régimes danois et irlandais, pour lesquels aucune source datée n'a pu être confirmée, ont été écartés du classement plutôt que d'y figurer avec une valeur approximative.

Sources mobilisées
1
Décret n° 92-280 du 27 mars 1992
Décret fixant les principes généraux définissant les obligations des éditeurs de services en matière de publicité, de parrainage et de télé-achat. Son article 8 énumère les secteurs dont la publicité télévisée est interdite. Toujours en vigueur en 2026, dans une version consolidée intégrant les modifications de 2003, 2020 et 2024.
2
Code de la santé publique
Article L. 3323-2, issu de la loi n° 91-32 du 10 janvier 1991, qui énumère limitativement les supports autorisés pour la publicité en faveur des boissons alcoolisées ; article L. 3323-3 relatif à la publicité indirecte ; article L. 5122-6 relatif à la publicité auprès du public pour les médicaments.
3
Décrets de libéralisation successifs
Décret n° 2003-960 du 7 octobre 2003, qui ouvre la presse à toutes les chaînes et la distribution comme l'édition littéraire au câble et au satellite à compter du 1er janvier 2004 ; décret n° 2020-983 du 5 août 2020, qui ouvre le cinéma à titre expérimental et autorise la publicité segmentée ; décret n° 2024-313 du 5 avril 2024, qui pérennise l'ouverture au cinéma et ouvre l'édition littéraire aux chaînes nationales à titre expérimental.
4
Cour de justice de l’Union européenne, 13 juillet 2004
Affaire C-262/02, Commission des Communautés européennes contre République française, par laquelle la Cour rejette le recours mettant en cause le dispositif français au regard de la libre prestation de services ; affaire C-429/02, Bacardi France contre TF1, Groupe Jean-Claude Darmon et Girosport, relative aux panneaux publicitaires visibles lors de la retransmission d'événements sportifs organisés à l'étranger.
5
Lois sectorielles
Loi n° 76-616 du 9 juillet 1976 sur le tabac et l'alcool ; loi n° 85-706 du 12 juillet 1985 et décret n° 85-1305 du 9 décembre 1985 sur les armes ; loi n° 2010-476 du 12 mai 2010 sur les jeux d'argent et de hasard en ligne ; article 23 de la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 sur les produits du vapotage.
6
Sources comparatives européennes
Synthèses comparatives publiées par les organisations européennes de santé publique et par les organismes d'observation des drogues et des addictions sur les régimes nationaux de restriction de la publicité pour les boissons alcoolisées, notamment en Norvège, en Suède, en Finlande, en Espagne, en Italie, en Allemagne et au Royaume-Uni.
Mise à jour
Septembre 2026
Couverture
France — 1976-2026, comparaison européenne
Licence
CC BY-SA 4.0
Périmètre chiffré
6 interdits, 4 levés

Contact presse : journalistes, enseignants et chercheurs souhaitant le détail des références de textes, les versions successives de l'article 8 du décret de 1992 ou la composition de l'indice de restriction peuvent contacter presse@tv.fr.

Questions fréquentes

9
Quels secteurs sont encore interdits de publicité à la télévision en France ?+

Six : le tabac et les produits du tabac, les produits du vapotage, les boissons alcoolisées, les armes à feu et les munitions — sauf sur les services consacrés pour plus d'un tiers de leur programmation à la chasse, à la pêche ou au tir sportif —, les médicaments soumis à prescription médicale obligatoire ou remboursables par l'assurance maladie, et les préparations destinées aux nourrissons. Ces six interdictions relèvent toutes de la loi et poursuivent un objectif de santé publique ou de sécurité.

Pourquoi la publicité pour le vin est-elle interdite à la télévision française ?+

Elle n'est pas interdite à proprement parler : elle n'est pas autorisée. L'article L. 3323-2 du code de la santé publique, issu de la loi du 10 janvier 1991, énumère limitativement les supports sur lesquels la publicité pour les boissons alcoolisées est permise — presse écrite hors publications destinées à la jeunesse, radio à des horaires définis, affichage, objets liés à la consommation de boissons, véhicules de livraison, fêtes et foires traditionnelles. La télévision et le cinéma n'y figurent pas. Aucune dérogation n'est donc possible : il faudrait modifier la loi pour ajouter un support à la liste.

La publicité pour le cinéma a-t-elle vraiment été interdite pendant vingt-huit ans ?+

Oui. Le décret du 27 mars 1992 interdisait la publicité télévisée pour le secteur cinématographique. Elle n'a été autorisée que par le décret n° 2020-983 du 5 août 2020, d'abord à titre expérimental pour dix-huit mois, avec deux prolongations, avant d'être pérennisée par le décret n° 2024-313 du 5 avril 2024. Le paradoxe est frappant : le secteur culturel le plus soutenu financièrement par l'État français a été l'un des derniers autorisés à s'adresser au public par le média le plus regardé.

Trois secteurs ont-ils été libérés le même jour en août 2020 ?+

Non, et cette affirmation circule beaucoup. Le décret du 5 août 2020 a levé l'interdiction pour le seul secteur du cinéma, et a par ailleurs autorisé la publicité télévisée segmentée. Les autres levées ont eu lieu à d'autres dates : la presse le 1er janvier 2004, en application du décret du 7 octobre 2003 ; la distribution sur les chaînes nationales le 1er janvier 2007, après une ouverture au câble et au satellite en 2004 ; l'édition littéraire sur les chaînes nationales seulement le 5 avril 2024, à titre expérimental pour vingt-quatre mois.

Que se passe-t-il quand un match diffusé en France est joué dans un stade affichant des marques d’alcool ?+

C'est précisément l'objet du contentieux tranché par la Cour de justice le 13 juillet 2004. La Commission européenne reprochait à la France de conditionner la retransmission d'événements sportifs organisés dans d'autres États membres à la suppression préalable des panneaux publicitaires pour l'alcool visibles à l'écran, ce qu'elle estimait contraire à la libre prestation de services. Dans l'affaire C-262/02, la Cour a rejeté ce recours ; dans l'affaire C-429/02, Bacardi France, rendue le même jour, elle a reconnu aux États une large marge d'appréciation en matière de santé publique. Le dispositif français a donc été validé.

La publicité pour les jeux d’argent est-elle autorisée à la télévision ?+

Oui, depuis la loi du 12 mai 2010 relative à l'ouverture à la concurrence du secteur des jeux d'argent et de hasard en ligne, pour les opérateurs agréés. Son encadrement est strict et a été précisé par plusieurs délibérations du régulateur, notamment celle du 19 octobre 2022 : messages de prévention obligatoires, restrictions horaires et interdiction de diffusion autour des programmes destinés à la jeunesse. Ce secteur ne figure donc pas parmi les interdictions permanentes.

Qu’est-ce que la publicité segmentée et depuis quand est-elle autorisée ?+

Il s'agit de la possibilité de diffuser des messages publicitaires différents selon la zone de diffusion ou selon le public, sur un même programme de télévision. Elle a été autorisée par le décret n° 2020-983 du 5 août 2020, le même texte qui a ouvert la publicité télévisée au secteur cinématographique. Ces deux ouvertures majeures du droit publicitaire télévisé français datent donc bien du même jour — ce sont les seules.

Le message sanitaire est-il obligatoire sur les publicités alimentaires ?+

L'obligation résulte de la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique, précisée par l'arrêté du 27 février 2007 qui fixe les quatre messages types applicables à la publicité pour certains aliments et boissons. Elle comporte toutefois une alternative : l'annonceur peut s'en affranchir en versant une contribution égale à un et demi pour cent du montant hors taxes investi dans la campagne, affectée à l'organisme public chargé de la santé publique. Une publicité alimentaire dépourvue de message sanitaire n'est donc pas nécessairement irrégulière.

La France est-elle un cas isolé en Europe sur la publicité pour l’alcool ?+

Non, mais elle appartient à un petit groupe. La Norvège, depuis le milieu des années soixante-dix, et la Suède appliquent une interdiction générale de la publicité pour les boissons alcoolisées. La France obtient un résultat équivalent à la télévision par une autre technique juridique, l'exclusion du support de la liste des supports autorisés. Les autres grands pays européens graduent plutôt leurs restrictions : la Finlande selon le degré d'alcool, l'Espagne en interdisant les boissons de plus de vingt degrés — donc en autorisant vins et bières —, l'Italie par une plage horaire fermée aux spiritueux, l'Allemagne et le Royaume-Uni par des règles de contenu sans exclusion de support. Le fait notable est qu'un des premiers pays producteurs de vin au monde relève du modèle nordique et non du modèle latin.

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