Une interdiction stricte, mais à moitié
Depuis le 1er janvier 2018, aucun spot publicitaire commercial ne peut être diffusé autour d'un programme destiné en priorité aux enfants de moins de douze ans sur les antennes de France Télévisions — ni pendant, ni dans le quart d'heure qui précède, ni dans le quart d'heure qui suit, ni sur les sites internet qui proposent ces programmes. Le groupe public a renoncé à environ vingt millions d'euros de recettes annuelles pour appliquer cette règle, adoptée par la loi du 20 décembre 2016. Cette interdiction est remarquable à deux titres : elle est l'une des plus strictes d'Europe dans son périmètre, et elle ne s'applique qu'au service public. Sur les chaînes privées jeunesse, la publicité destinée aux enfants demeure autorisée dans les conditions de droit commun. Le paradoxe français tient donc en une phrase : le pays a interdit la publicité aux enfants sur les antennes qui n'en dépendaient pas financièrement, et l'a maintenue sur celles qui en vivent. Pendant ce temps, les enfants de 4 à 14 ans regardent encore la télévision près de deux heures par jour, mais leur consommation s'est déplacée vers le replay, les plateformes et la vidéo en ligne — trois univers où l'exposition publicitaire échappe très largement au cadre télévisuel. Cet observatoire rassemble le cadre juridique, l'économie de l'offre jeunesse, les données d'usage et la comparaison avec les pays qui ont fait d'autres choix.
Comment les enfants regardent aujourd'hui
Répartition des enfants selon leur mode de consommation audiovisuelle. Le résultat le plus contre-intuitif n'est pas la désaffection du direct — elle est faible — mais le fait que le visionnage exclusivement à la demande reste très minoritaire.
Lecture : près de huit enfants sur dix naviguent entre programmes diffusés en direct et contenus consultés à la demande. L'écran de télévision demeure leur premier écran, avec une durée d'écoute quotidienne de l'ordre d'une heure cinquante-huit chez les 4-14 ans.
Où un enfant rencontre-t-il de la publicité ?
Indice construit par TV.fr, de 0 (aucune exposition possible) à 100 (exposition sans restriction spécifique). Il ne mesure pas un volume de publicité mais l'étendue de ce que le cadre applicable autorise sur chaque canal.
Ce que dit ce graphique : le canal le plus strictement protégé est celui qui n'avait pas de modèle publicitaire à défendre. La loi de 2016 a ramené à zéro l'exposition sur les antennes financées par la dotation publique, sans toucher aux chaînes privées jeunesse ni aux univers en ligne — là où se concentre pourtant une part croissante du temps d'écran des enfants.
Le degré de protection, pays par pays
Indice construit par TV.fr, de 0 (aucune règle spécifique) à 100 (interdiction générale de la publicité destinée aux enfants). La France apparaît deux fois : elle occupe simultanément le haut et le bas du classement, selon que l'on regarde son service public ou ses chaînes privées.
Lecture : le Québec applique depuis 1980 le régime le plus large — toute publicité commerciale destinée aux moins de treize ans y est interdite, quel que soit le support et quel que soit le diffuseur. La France atteint le même niveau, mais sur son seul service public.
Les repères juridiques
8| Année | Disposition | Périmètre |
|---|---|---|
| 1992 | Décret sur la publicité télévisée : encadrement de l'insertion des écrans et des règles applicables aux programmes destinés aux mineurs | Toutes chaînes |
| 2008 | Délibération du régulateur relative aux enfants de moins de trois ans : les chaînes françaises ne peuvent pas concevoir de programmes visant cette tranche d'âge, et doivent diffuser un message d'avertissement | Toutes chaînes |
| 2009 | Charte alimentaire signée entre les pouvoirs publics, le régulateur et les diffuseurs : engagements volontaires sur la publicité alimentaire et les programmes de sensibilisation | Engagement volontaire |
| 2016 | Loi du 20 décembre supprimant la publicité commerciale dans les programmes jeunesse de la télévision publique | Service public |
| 2018 | Entrée en vigueur au 1er janvier : plus aucun message publicitaire commercial autour des programmes destinés en priorité aux moins de 12 ans sur France Télévisions | Service public |
| 2018 | Directive européenne révisée sur les services de médias audiovisuels : extension des protections aux plateformes de partage de vidéos et encadrement du traitement des données des mineurs | Union européenne |
| 2020 | Loi du 19 octobre encadrant l'exploitation commerciale de l'image des enfants de moins de seize ans sur les plateformes en ligne | Plateformes |
| 2022 | Renforcement des obligations d'information sur les publicités alimentaires et extension des engagements des diffuseurs aux services non linéaires | Toutes chaînes |
Le paysage de l'offre jeunesse
8Antennes gratuites, chaînes payantes segmentées par âge, plateformes d'abonnement et services de vidéo en ligne : huit univers dont les modèles économiques — et donc les régimes publicitaires — n'ont rien de commun.
Gulli
Lancée en 2005, première chaîne jeunesse gratuite de la télévision numérique terrestre. Longtemps détenue conjointement par un groupe de presse et le service public, elle a été rachetée par le groupe M6 en 2019 dans le cadre de l'acquisition d'un pôle de chaînes thématiques, pour un montant de l'ordre de 215 millions d'euros. Elle demeure la référence de l'audience enfants en clair, avec 13,9 % de part d'audience sur les 4-10 ans en 2025, contre 16,3 % au moment du rachat.
Okoo, sur France 4 et en ligne
Marque jeunesse de France Télévisions lancée fin 2019, Okoo est à la fois une offre linéaire — elle alimente l'essentiel de la journée de France 4, de 6 heures à 21 heures — et une plateforme de replay. Sa singularité économique est totale : aucune recette publicitaire, le financement provenant intégralement de la dotation publique. C'est le seul grand service jeunesse français dont le modèle ne dépend d'aucun annonceur.
TFou, sur TF1
La case jeunesse historique de la première chaîne, héritière d'une longue lignée d'émissions de matinée. Elle occupe les débuts de journée du week-end et les vacances scolaires, avec une programmation d'animation internationale et française. Son modèle repose sur la publicité, autorisée puisqu'il s'agit d'une chaîne privée, et sur les produits dérivés.
Canal J, Tiji, Piwi+
Le pôle jeunesse payant français est segmenté par tranche d'âge : la petite enfance, les 4-7 ans, les préadolescents. Distribuées par les offres des opérateurs et les bouquets satellite, ces antennes reposent sur un modèle d'abonnement plutôt que publicitaire. Elles constituent l'un des principaux débouchés de l'animation française, dont elles préachètent une part significative de la production.
Disney Channel, Nickelodeon, Cartoon Network
Les déclinaisons françaises des grands studios américains diffusent principalement des catalogues internationaux, complétés par des productions locales destinées à satisfaire les obligations d'investissement. Leur position s'est modifiée avec l'essor des plateformes d'abonnement des mêmes groupes, qui captent une part croissante de l'audience jeunesse et rendent l'antenne linéaire moins stratégique.
Les plateformes d'abonnement
Toutes les grandes plateformes proposent un profil enfant avec catalogue filtré, contrôle parental et absence de publicité — la contrepartie étant l'abonnement. Ce modèle a profondément déplacé les habitudes : l'enfant choisit un épisode plutôt qu'il n'attend une case, et la notion de rendez-vous quotidien, structurante pour la télévision jeunesse depuis les années 1970, s'y dissout.
Les plateformes de vidéo gratuites
C'est le premier concurrent réel de la télévision jeunesse, et celui dont l'encadrement publicitaire est le plus faible. Les contenus destinés aux enfants y côtoient des formats produits par des créateurs indépendants, souvent financés par des partenariats commerciaux. La régulation européenne s'y étend progressivement, mais sans équivalent de l'interdiction qui frappe le service public français.
La production d'animation française
L'écosystème jeunesse français ne se réduit pas à ses antennes : il repose sur une industrie d'animation qui figure parmi les toutes premières mondiales et qui exporte massivement. Les obligations d'investissement des diffuseurs dans la production nationale constituent son principal moteur de financement, ce qui rend l'économie des chaînes jeunesse directement structurante pour le secteur.
Comprendre la mécanique
6Ce que la loi interdit exactement, ce qu'elle coûte, ce qu'elle laisse hors de son champ — et l'effet en cascade sur toute une industrie.
Ce que la loi de 2016 interdit exactement
Le texte est plus large qu'on ne le croit souvent. Depuis le 1er janvier 2018, les programmes de France Télévisions destinés en priorité aux enfants de moins de douze ans ne peuvent comporter aucun message publicitaire, à l'exception des messages génériques pour des biens et services relatifs à la santé et au développement des enfants et des campagnes d'intérêt général. L'interdiction couvre le programme lui-même, les quinze minutes qui le précèdent, les quinze minutes qui le suivent, et s'étend aux sites internet du groupe proposant ces programmes.
Le coût assumé : environ vingt millions d'euros par an
La suppression a un prix, et il a été chiffré à l'avance. Le contrat d'objectifs et de moyens du groupe public intègre à partir de 2018 une baisse de recettes publicitaires d'environ vingt millions d'euros correspondant au manque à gagner sur les émissions destinées à la jeunesse. Rapporté au budget de France Télévisions, c'est une somme modeste ; rapporté à l'économie d'une offre jeunesse, c'est l'essentiel de ce qu'elle rapportait.
L'asymétrie public / privé, cœur du débat
La loi ne s'applique qu'au service public. Une chaîne privée jeunesse peut continuer à diffuser des spots ciblant les enfants dans les conditions de droit commun de la télévision. Les partisans du texte y voient une exemplarité que le financement public rend possible ; ses détracteurs, un déplacement de l'exposition publicitaire plutôt qu'une réduction, puisque l'enfant qui quitte le service public retrouve la publicité sur l'antenne suivante — et davantage encore en ligne.
La règle des moins de trois ans, antérieure et méconnue
Bien avant la loi de 2016, le régulateur avait posé une interdiction distincte : depuis une délibération de 2008, les chaînes françaises ne peuvent pas concevoir de programmes destinés aux enfants de moins de trois ans, et doivent accompagner la diffusion de programmes susceptibles de les atteindre d'un message d'avertissement sur les risques du visionnage précoce. C'est une position de santé publique, pas de régulation commerciale, et elle vise l'existence même du programme, pas sa publicité.
Le déplacement des usages, plus rapide que la régulation
Les enfants de 4 à 14 ans regardent encore la télévision près de deux heures par jour, avec une courbe d'écoute proche de celle des adultes mais un pic matinal plus marqué et une reprise dès 16 heures. Le point décisif est ailleurs : 79 % d'entre eux combinent direct et visionnage à la demande, et une part croissante de leur temps se déroule sur des services où le cadre publicitaire audiovisuel français ne s'applique pas ou peu.
L'effet en cascade sur la production d'animation
L'économie de la télévision jeunesse ne concerne pas seulement les chaînes : elle détermine le financement de l'animation française, l'une des premières industries du genre au monde. Les préachats et coproductions des diffuseurs constituent la base sur laquelle se montent les budgets, avant les aides publiques et les ventes internationales. Toute contraction de l'offre jeunesse linéaire se répercute donc, avec un décalage de deux à trois ans, sur le volume de production nationale.
Six idées reçues passées au crible
6« La publicité destinée aux enfants est interdite en France »
Uniquement sur le service public. La loi du 20 décembre 2016 ne vise que les programmes de France Télévisions destinés en priorité aux moins de douze ans. Sur les chaînes privées jeunesse, sur les chaînes généralistes privées et sur les services en ligne, la publicité ciblant les enfants reste autorisée dans les conditions de droit commun. C'est la confusion la plus répandue sur ce sujet.
« Les enfants ne regardent plus la télévision »
Ils la regardent moins, mais l'écran de télévision reste le premier de leurs écrans, avec une durée d'écoute quotidienne de l'ordre d'une heure cinquante-huit chez les 4-14 ans. Ce qui a changé, c'est le mode d'accès : 79 % des enfants combinent direct et visionnage à la demande, 15 % ne regardent que du linéaire, et seuls 3 % consomment exclusivement à la demande.
« Il n'existe aucune règle sur les tout-petits »
Il en existe une, antérieure de huit ans à la loi de 2016 et bien plus radicale dans son principe : depuis une délibération du régulateur de 2008, les chaînes françaises ne peuvent pas concevoir de programmes destinés aux enfants de moins de trois ans, et doivent diffuser un message d'avertissement sur les risques du visionnage à cet âge. La règle porte sur le programme lui-même, pas sur sa publicité.
« Gulli est une chaîne du service public »
Elle ne l'est plus depuis 2019. Créée en 2005 dans le cadre d'un partenariat associant un groupe de presse et France Télévisions, Gulli a été cédée au groupe M6 avec l'ensemble d'un pôle de chaînes thématiques, l'opération devenant effective le 2 septembre 2019. C'est aujourd'hui une antenne privée, financée par la publicité — à laquelle l'interdiction de 2018 ne s'applique donc pas.
« Les dessins animés diffusés en France sont surtout étrangers »
L'offre visible est internationale, mais l'industrie qui la produit ne l'est pas seulement. La France figure parmi les tout premiers producteurs mondiaux d'animation et exporte massivement ses séries. Les obligations d'investissement des diffuseurs dans la production nationale constituent le socle de financement de ce secteur : l'économie des chaînes jeunesse détermine directement le volume de production française.
« Supprimer la publicité a fait disparaître les programmes jeunesse du public »
L'offre a été maintenue et même renforcée. France Télévisions a lancé sa marque jeunesse unifiée en 2019, un an après l'entrée en vigueur de l'interdiction, puis étendu son amplitude quotidienne de diffusion. Le manque à gagner, chiffré à environ vingt millions d'euros par an, a été intégré au contrat d'objectifs et de moyens plutôt que compensé par une réduction de l'offre.
De 1964 à 2026 : la case jeunesse et ses règles
11Les premiers rendez-vous quotidiens pour enfants
La télévision française installe ses premières cases jeunesse quotidiennes, courtes, diffusées en fin d'après-midi juste avant le journal. Le principe du rendez-vous fixe, à heure constante, structurera l'offre enfants pendant un demi-siècle : l'enfant n'y choisit pas un programme, il retrouve une émission.
L'émission jeunesse devient un rendez-vous d'antenne
Les grandes cases animées par des présentateurs identifiés s'imposent sur les chaînes publiques. Le format mêle dessins animés, séquences en plateau, jeux et courrier des téléspectateurs. Il crée une génération de figures familières et fait de la case jeunesse un actif d'audience à part entière, capable d'installer durablement une chaîne auprès des familles.
L'âge d'or des cases jeunesse privatisées
Après la privatisation de la première chaîne, la case jeunesse devient un enjeu concurrentiel majeur et un support publicitaire de premier plan. Les volumes de diffusion d'animation explosent, tirés par des catalogues japonais et américains à bas coût. Cette période nourrira à la fois la critique de la marchandisation des programmes pour enfants et la mise en place des premières règles de protection.
Naissance de Gulli, première chaîne jeunesse gratuite de la TNT
La télévision numérique terrestre permet la création d'une antenne jeunesse nationale accessible sans abonnement. Portée conjointement par un groupe de presse et le service public, Gulli s'installe rapidement comme la chaîne de référence sur la cible enfants et capte une part majoritaire du marché publicitaire dédié.
Le régulateur interdit les programmes visant les moins de trois ans
Une délibération du 22 juillet interdit aux chaînes françaises de concevoir des programmes destinés aux enfants de moins de trois ans et impose la diffusion d'un message d'avertissement sur les risques du visionnage à cet âge. La décision, fondée sur des travaux de pédopsychiatrie, est l'une des plus fermes prises en Europe sur la petite enfance.
Le 20 décembre : adoption de la loi supprimant la publicité jeunesse publique
Adoptée définitivement le 7 décembre et promulguée le 20, la loi insère dans l'article 53 de la loi du 30 septembre 1986 une interdiction de toute publicité commerciale autour des programmes de France Télévisions destinés en priorité aux moins de douze ans. Le débat parlementaire aura duré plus d'un an, la mesure ayant été portée initialement par une proposition de loi sénatoriale.
Le 1er janvier : entrée en vigueur
L'interdiction devient effective. Elle couvre le programme, les quinze minutes qui l'encadrent de part et d'autre, et les sites internet proposant ces contenus. Seuls demeurent autorisés les messages génériques relatifs à la santé et au développement de l'enfant et les campagnes d'intérêt général. Le contrat d'objectifs et de moyens du groupe intègre une perte de recettes d'environ vingt millions d'euros.
Deux mouvements simultanés : rachat de Gulli et lancement d'Okoo
Le groupe M6 acquiert le pôle télévision d'un groupe de presse, dont Gulli, pour un montant de l'ordre de 215 millions d'euros ; l'opération devient effective le 2 septembre après les autorisations de l'Autorité de la concurrence et du régulateur. En fin d'année, France Télévisions lance Okoo, sa marque jeunesse unifiée, sans publicité et pensée d'emblée pour le linéaire et le numérique.
Okoo étend son amplitude quotidienne
L'offre jeunesse du service public élargit sa plage de diffusion sur France 4 jusqu'en soirée, avec une programmation familiale prolongeant la journée jeunesse. L'objectif est de recréer un rendez-vous là où la consommation à la demande a dissous la notion de case, tout en conservant un environnement intégralement dépourvu de publicité.
France 4 s'installe sur le canal 4
À la faveur de la recomposition des fréquences de la télévision numérique terrestre, France 4 accède au canal 4 en juin. Le service public dispose ainsi, pour son offre jeunesse et familiale, d'une position de numérotation parmi les plus exposées de la télévision française — un actif de visibilité considérable pour une antenne dont le modèle exclut toute recette publicitaire.
Le débat se déplace vers les plateformes
Huit ans après l'interdiction, la question posée n'est plus celle de la publicité télévisée jeunesse, largement résolue sur le service public et stable ailleurs, mais celle de l'exposition commerciale des enfants sur les services en ligne : formats natifs, contenus de créateurs sponsorisés, publicité intégrée aux applications et aux jeux. C'est là que se joue désormais l'essentiel du temps d'écran des moins de douze ans.
Comment font les autres pays
6Interdiction générale tous supports, prohibition télévisée ciblée par âge, restriction limitée aux produits alimentaires, ou simple encadrement de la forme du message : quatre doctrines coexistent dans des pays voisins.
Québec
La loi québécoise sur la protection du consommateur interdit depuis 1980 toute publicité à but commercial destinée aux personnes de moins de treize ans, quel que soit le support. Le dispositif, confirmé par la Cour suprême du Canada, sert de référence internationale : il ne distingue ni le diffuseur public du privé, ni la télévision des autres médias.
Suède
La législation suédoise prohibe la publicité télévisée destinée aux enfants de moins de douze ans ainsi que les écrans publicitaires encadrant immédiatement les programmes jeunesse. Le pays a longtemps porté cette position au niveau européen, sans parvenir à la faire adopter comme norme commune.
Norvège
Les règles norvégiennes interdisent la publicité destinée aux enfants et l'insertion de messages commerciaux autour des programmes jeunesse. La difficulté d'application est identique à celle rencontrée par la Suède : les chaînes émettant depuis un autre État européen échappent largement à la règle nationale.
Royaume-Uni
Plutôt qu'une prohibition générale, le régulateur britannique a choisi d'interdire la publicité pour les produits gras, sucrés et salés dans les programmes destinés aux enfants et autour d'eux, en étendant progressivement le dispositif aux services en ligne. L'approche vise un objectif de santé publique identifié plutôt que la publicité en tant que telle.
Allemagne
Le droit allemand n'interdit pas la publicité destinée aux enfants mais encadre strictement son insertion : séparation nette d'avec le programme, interruption limitée des émissions jeunesse courtes, interdiction d'inciter directement l'enfant à acheter ou à demander l'achat. La protection passe par la forme du message plutôt que par son existence.
Union européenne
La directive sur les services de médias audiovisuels pose des principes communs — interdiction d'exploiter l'inexpérience des mineurs, encadrement des placements de produits, extension aux plateformes de partage de vidéos — mais laisse chaque État libre d'aller plus loin. C'est ce qui permet la coexistence, au sein du même marché, du modèle suédois et du modèle allemand.
Comment citer ces données
Citation recommandée
Les données de cet observatoire, synthétisées à partir de sources publiques (Légifrance, Arcom, Médiamétrie, France Télévisions), peuvent être reprises et citées librement, sous réserve de mention de la source (TV.fr). Les dispositions juridiques doivent être attribuées aux textes cités, les données d'audience à Médiamétrie. Les indices d'exposition et de restriction sont des constructions TV.fr et doivent être présentés comme tels. Licence Creative Commons BY-SA 4.0.
Méthodologie et sources
6Cet observatoire rassemble le cadre juridique de la télévision jeunesse en France et les données publiques disponibles sur son économie et ses usages. Le régime de la publicité dans les programmes jeunesse du service public résulte de la loi n° 2016-1771 du 20 décembre 2016, qui a modifié l'article 53 de la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 ; elle s'applique depuis le 1er janvier 2018 aux programmes destinés en priorité aux enfants de moins de douze ans, ainsi qu'aux quinze minutes précédant et suivant leur diffusion et aux sites internet les proposant. L'interdiction relative aux programmes destinés aux enfants de moins de trois ans provient d'une délibération du régulateur du 22 juillet 2008. Le manque à gagner d'environ vingt millions d'euros correspond à la baisse de recettes publicitaires intégrée au contrat d'objectifs et de moyens de France Télévisions à compter de 2018. Les données d'audience et de consommation (durée d'écoute quotidienne des 4-14 ans, répartition entre direct et visionnage à la demande, parts d'audience sur la cible enfants) proviennent des mesures Médiamétrie relayées par les diffuseurs et sont indiquées en ordres de grandeur ; les parts d'audience sur cible ne sont pas comparables à des parts d'audience sur l'ensemble du public. Le montant du rachat du pôle de chaînes thématiques incluant Gulli est celui rapporté par la presse professionnelle au moment de l'opération, effective le 2 septembre 2019. L'indice d'exposition publicitaire par canal et l'indice de restriction par pays sont des constructions TV.fr, destinées à ordonner des situations hétérogènes sur une échelle commune de 0 à 100 ; ils ne figurent dans aucune source officielle, ne mesurent pas un volume de publicité et n'ont qu'une valeur illustrative. Les régimes étrangers décrits sont susceptibles d'évoluer. Données mises à jour annuellement.
Contact presse : journalistes, chercheurs, enseignants et associations souhaitant des éléments complémentaires sur la publicité destinée aux enfants, l'offre jeunesse ou le temps d'écran des mineurs peuvent contacter presse@tv.fr.
Questions fréquentes
9Y a-t-il encore de la publicité dans les programmes jeunesse à la télévision française ?+
Oui sur les chaînes privées, non sur le service public. Depuis le 1er janvier 2018, les programmes de France Télévisions destinés en priorité aux enfants de moins de douze ans ne peuvent comporter aucun message publicitaire commercial, ni pendant leur diffusion, ni dans les quinze minutes qui précèdent ou qui suivent, ni sur les sites internet qui les proposent. Les chaînes privées jeunesse, elles, restent soumises au droit commun de la publicité télévisée.
Quelle loi a supprimé la publicité dans les programmes jeunesse publics ?+
La loi n° 2016-1771 du 20 décembre 2016, adoptée définitivement le 7 décembre 2016 et souvent désignée par le nom de son auteur au Sénat. Elle a inséré cette interdiction dans l'article 53 de la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, avec une entrée en vigueur fixée au 1er janvier 2018. Seuls restent autorisés les messages génériques portant sur des biens ou services relatifs à la santé et au développement des enfants, ainsi que les campagnes d'intérêt général.
Combien cette interdiction coûte-t-elle au service public ?+
Environ vingt millions d'euros de recettes publicitaires annuelles. Ce montant, correspondant au manque à gagner sur les émissions destinées à la jeunesse, a été explicitement intégré au contrat d'objectifs et de moyens de France Télévisions à partir de 2018. Il s'agit d'une perte assumée et budgétée, non compensée par une hausse de la dotation publique dédiée.
Combien de temps les enfants regardent-ils la télévision en France ?+
L'écran de télévision demeure le premier écran des enfants, avec une durée d'écoute quotidienne de l'ordre d'une heure cinquante-huit chez les 4-14 ans. Leur courbe d'écoute ressemble à celle des adultes, avec deux pics au déjeuner et en soirée, mais une consommation matinale plus forte et une reprise dès 16 heures au retour de l'école. 79 % combinent visionnage en direct et à la demande.
Les chaînes peuvent-elles diffuser des programmes pour les bébés ?+
Non, et cette règle est souvent ignorée. Une délibération du régulateur du 22 juillet 2008 interdit aux chaînes établies en France de concevoir des programmes destinés aux enfants de moins de trois ans, et impose la diffusion d'un message d'avertissement sur les risques du visionnage à cet âge lorsqu'un programme est susceptible de les atteindre. La mesure repose sur des travaux de pédopsychiatrie relatifs au développement du très jeune enfant.
Quelles sont les principales chaînes jeunesse en France ?+
En clair, Gulli, propriété du groupe M6 depuis 2019, et France 4 qui porte l'offre Okoo du service public de 6 heures à 21 heures, complétées par les cases jeunesse des chaînes généralistes. En payant, un pôle de chaînes thématiques segmentées par âge — petite enfance, enfants, préadolescents — ainsi que les déclinaisons françaises des grands studios internationaux. S'y ajoutent les espaces enfants des plateformes d'abonnement.
Quels pays interdisent la publicité destinée aux enfants ?+
Le Québec applique depuis 1980 l'interdiction la plus large : toute publicité à but commercial destinée aux moins de treize ans est prohibée, quel que soit le support et quel que soit le diffuseur. La Suède interdit depuis 1991 la publicité télévisée visant les moins de douze ans, la Norvège applique un régime comparable. Le Royaume-Uni a fait un autre choix, en ciblant la publicité pour les produits gras, sucrés et salés plutôt que la publicité en général.
La loi de 2016 s'applique-t-elle aux plateformes de streaming ?+
Non. Le texte vise les programmes de France Télévisions et les sites internet du groupe qui les proposent. Les plateformes d'abonnement relèvent d'un cadre distinct — la plupart n'insèrent d'ailleurs pas de publicité dans leurs profils enfants, l'abonnement en tenant lieu. Les services de partage de vidéos gratuits, où se concentre une part croissante du temps d'écran des enfants, sont couverts par la directive européenne révisée sur les services de médias audiovisuels, mais sans équivalent de l'interdiction française.
Quel est le lien entre les chaînes jeunesse et la production française d'animation ?+
Il est direct et structurant. Les préachats et coproductions des diffuseurs, au titre de leurs obligations d'investissement dans la production audiovisuelle, constituent la première brique du financement d'une série d'animation française, avant les aides publiques et les ventes internationales. La France figurant parmi les premiers producteurs mondiaux du genre, toute contraction durable de l'offre jeunesse linéaire se répercute, avec un décalage de deux à trois ans, sur le volume de production nationale.