Pourquoi une chaîne s'arrête
Une chaîne de télévision n'est pas éternelle. Depuis la libéralisation de l'audiovisuel au milieu des années 1980, une dizaine de chaînes nationales françaises ont définitivement cessé d'émettre, et presque autant ont changé de nom sans disparaître — ce qui brouille durablement la mémoire du paysage audiovisuel. Les causes sont de cinq ordres : la faillite pure et simple, comme pour La Cinq en 1992 ; la décision politique, comme pour TV6 en 1987 ; la fin d'une coentreprise ou la restructuration d'un groupe, comme pour TF6 ou TPS Star ; la réforme de l'audiovisuel public, comme pour France Ô en 2020 ; et, phénomène nouveau, la non-reconduction d'une autorisation par le régulateur, qui a mis fin à C8 et NRJ 12 le 28 février 2025. Ce dernier motif a changé la nature du risque : jusque-là théorique, la perte d'une fréquence pour non-respect des engagements est devenue une réalité, confirmée par le Conseil d'État. Cet observatoire recense les chaînes disparues, leurs dates, leurs durées de vie et les raisons de leur arrêt.
Le recensement des chaînes arrêtées
10TV6
Lancée le 1er mars 1986, la première chaîne musicale française est emportée par l'alternance politique : la nouvelle majorité relance l'attribution du cinquième réseau et confie le canal à un autre projet. TV6 s'arrête le 28 février 1987 et M6 lui succède le lendemain. Douze mois d'antenne : c'est la plus courte durée de vie d'une chaîne nationale française.
La Cinq
Première chaîne privée généraliste gratuite de France, lancée le 20 février 1986, La Cinq n'a jamais trouvé son équilibre économique : coûts de grille élevés, marché publicitaire insuffisant pour financer six chaînes, actionnariat instable. Placée en liquidation, elle cesse d'émettre le 12 avril 1992 après un ultime journal devenu célèbre. C'est le plus grand échec industriel de l'histoire de la télévision française.
Festival
Chaîne de fiction du groupe public diffusée sur le câble et le satellite, Festival cède la place à France 4 le 31 mars 2005, au moment du lancement de la TNT. Le service public réorganise alors ses chaînes thématiques pour occuper les nouveaux canaux gratuits.
TPS Star
Chaîne premium du bouquet TPS, TPS Star survit cinq ans à la fusion de TPS et de CanalSatellite conclue en 2007. Devenue redondante avec l'offre Canal+ du nouvel ensemble, elle est arrêtée en 2012 : une disparition typique des consolidations de la télévision payante.
TF6
Chaîne détenue à parts égales par TF1 et M6, TF6 cesse d'émettre le 31 décembre 2014. Les deux groupes, devenus concurrents sur leurs propres chaînes gratuites de la TNT, n'ont plus d'intérêt commun à financer une chaîne payante commune.
Ma Chaîne Sport (MCS)
Chaîne sportive indépendante rachetée par un opérateur télécom, MCS est absorbée dans la nouvelle offre sportive du groupe et disparaît sous son nom d'origine en 2016. L'arrivée des opérateurs télécoms dans les droits sportifs a redessiné tout ce segment.
France Ô
Chaîne nationale consacrée aux outre-mer, France Ô cesse d'émettre sur la TNT le 23 août 2020, dans le cadre de la réforme de l'audiovisuel public. Ses missions sont redéployées vers les autres antennes du groupe et vers un portail numérique dédié — une décision très contestée par les élus ultramarins.
C8
Née Direct 8 en 2005, devenue D8 puis C8, la chaîne cesse d'émettre dans la nuit du 28 février au 1er mars 2025. Son autorisation n'a pas été reconduite à l'issue de l'appel aux candidatures lancé par l'Arcom le 28 février 2024, décision validée par le Conseil d'État. C'est la première fois qu'une chaîne installée de longue date perd sa fréquence de cette manière.
NRJ 12
Lancée avec la TNT en 2005, NRJ 12 s'arrête le même soir que C8, faute d'avoir été retenue à l'issue du même appel aux candidatures. Les deux chaînes comptaient vingt ans d'antenne : leur arrêt simultané a marqué la fin de la présomption de reconduction automatique des autorisations.
Télé TNT Programmes et autres éphémères
Derrière les grands noms, une série de chaînes thématiques lancées dans l'euphorie de la TNT n'ont jamais atteint la taille critique. Faute d'audience et de recettes publicitaires suffisantes, elles ont été arrêtées ou absorbées en quelques années, souvent sans faire la une.
Combien de temps elles ont vécu
Durée de diffusion, en années, des chaînes nationales arrêtées. L'écart va de douze mois pour TV6 à vingt ans pour C8 et NRJ 12 — signe que l'ancienneté ne protège pas.
Les cinq causes de disparition
5Répartition des 10 arrêts recensés selon leur cause déterminante — classement TV.fr. La restructuration industrielle est le premier motif, devant la décision du régulateur, apparue seulement en 2025.
Disparues de nom, pas d'antenne
8Une bonne part des « chaînes disparues » n'ont jamais cessé d'émettre : elles ont seulement changé de marque. Distinguer les deux phénomènes est indispensable pour compter correctement.
Création de l'identité commune France Télévision pour les chaînes publiques.
Même réforme d'identité que pour Antenne 2, le 7 septembre 1992.
La chaîne du savoir rejoint la marque France Télévisions.
Rachat par le groupe Canal+ : deux changements de nom en quatre ans, avant l'arrêt de 2025.
Quatre identités successives pour un même canal musical.
Rachetée par un groupe de télécoms, la chaîne change de nom et de ligne éditoriale.
Harmonisation des marques du groupe TF1, avec HD1 devenue TF1 Séries Films la même année.
Même opération de marque : la chaîne disparaît des mémoires sans avoir cessé d'émettre.
Quarante ans de disparitions
9TV6 s'éteint après douze mois
Le 28 février 1987, TV6 cesse d'émettre après une seule année d'antenne. Le cinquième réseau hertzien a été réattribué après l'alternance politique de 1986 ; M6 prend l'antenne le lendemain. La démonstration est faite que l'autorisation d'émettre est un bien public révocable.
La Cinq, la faillite fondatrice
Le 12 avril 1992, La Cinq cesse d'émettre après six ans d'existence et une liquidation retentissante. L'épisode marque durablement le secteur : il montre qu'un marché publicitaire donné ne peut pas financer un nombre illimité de chaînes généralistes.
La TNT multiplie les chaînes — et les candidats à la disparition
Le lancement de la télévision numérique terrestre fait passer l'offre gratuite de six à dix-huit chaînes. Cette abondance nouvelle crée mécaniquement des chaînes fragiles : plusieurs des disparitions ultérieures concernent des services nés ou repositionnés à ce moment-là.
La consolidation de la télévision payante
TPS Star disparaît, cinq ans après la fusion des deux grands bouquets satellite. La télévision payante entre dans une phase de concentration où chaque rapprochement supprime des chaînes redondantes.
Fin de la coentreprise TF6
TF6, détenue à parts égales par TF1 et M6, cesse d'émettre le 31 décembre 2014. Les groupes préfèrent concentrer leurs moyens sur leurs propres chaînes gratuites de la TNT plutôt que sur une chaîne payante partagée.
La grande vague de rebaptisations
NT1 devient TFX, HD1 devient TF1 Séries Films, Numéro 23 devient RMC Story. Ces chaînes n'ont pas disparu, mais leurs noms, eux, ont été effacés — ce qui explique une bonne part de la confusion du public sur le nombre réel de chaînes disparues.
France Ô quitte la TNT
Le 23 août 2020, la chaîne nationale des outre-mer cesse d'émettre dans le cadre de la réforme de l'audiovisuel public. Ses missions sont transférées aux autres antennes et à une offre numérique dédiée, sur fond de vives protestations des élus ultramarins.
L'appel aux candidatures qui change tout
L'Arcom lance le 28 février 2024 l'appel aux candidatures pour les fréquences arrivant à échéance. À son issue, deux chaînes installées depuis vingt ans ne sont pas retenues. La décision, contestée, est validée par le Conseil d'État.
C8 et NRJ 12 perdent leur fréquence
Dans la nuit du 28 février au 1er mars 2025, C8 et NRJ 12 cessent d'émettre sur la TNT. Deux nouveaux entrants leur succèdent dans l'année : T18, lancée le 6 juin, puis OFTV le 1er septembre. La numérotation de toute la TNT est revue le 6 juin 2025.
Ce qui a pris leur place
5Une fréquence libérée ne reste jamais vide longtemps. Chaque disparition a nourri l'arrivée d'un nouvel acteur — parfois issu d'un tout autre secteur que l'audiovisuel.
M6
Le canal de TV6 est réattribué à un projet généraliste porté par un nouvel actionnariat. M6 en fera l'une des trois grandes chaînes privées françaises.
Arte
Le cinquième réseau laissé vacant par la faillite de La Cinq accueille la chaîne culturelle franco-allemande, puis sera partagé avec La Cinquième à partir de 1994.
France 4
La chaîne de fiction du service public cède la place à une chaîne gratuite de la TNT au moment du lancement du numérique terrestre.
T18
Nouvelle chaîne généraliste lancée le 6 juin 2025 sur le canal 18, retenue à l'issue de l'appel aux candidatures de 2024.
OFTV
Chaîne portée par un groupe de presse régionale, lancée le 1er septembre 2025 : c'est la première fois qu'un éditeur de presse quotidienne régionale obtient un canal national gratuit.
Idées reçues et réalités
6Une fréquence n'est jamais acquise
Idée reçue : une chaîne installée garde son canal indéfiniment. L'arrêt de C8 et NRJ 12 en 2025, après vingt ans d'antenne, a montré que la reconduction d'une autorisation n'est pas automatique et que le régulateur peut préférer un autre projet.
Beaucoup de « chaînes disparues » ont seulement changé de nom
NT1, HD1, Numéro 23, D8, D17 : ces noms ont disparu des télécommandes, mais les chaînes, elles, ont continué d'émettre sous une autre marque. Distinguer l'arrêt réel du simple rebaptisage est indispensable pour compter correctement.
La publicité ne finance qu'un nombre limité de chaînes
La faillite de La Cinq en 1992 a servi de leçon fondatrice : multiplier les chaînes généralistes gratuites ne multiplie pas les recettes publicitaires, qui se partagent entre un nombre croissant d'acteurs.
Les fusions tuent des chaînes
TPS Star, TF6, MCS : dans la télévision payante, chaque rapprochement industriel supprime les doublons. La disparition d'une chaîne y est moins un échec éditorial qu'une conséquence mécanique de la consolidation.
Le service public arbitre aussi
France Ô en 2020, et France 4 un temps menacée avant d'être maintenue : les chaînes publiques dépendent d'arbitrages budgétaires et politiques, pas du marché publicitaire.
De nouveaux entrants, de nouveaux profils
Les canaux libérés en 2025 ont été attribués à des acteurs venus de la presse et de l'industrie des médias plutôt qu'aux groupes audiovisuels historiques : le renouvellement des fréquences devient aussi un renouvellement des éditeurs.
Comment citer ces données
Citation recommandée
Les données de cet observatoire, compilées à partir de sources publiques (Arcom, Conseil d'État, INA, Légifrance, communications des groupes concernés), peuvent être reprises et citées librement, sous réserve de mention de la source (TV.fr). Licence Creative Commons BY-SA 4.0.
Méthodologie et sources
6Cet observatoire recense les chaînes de télévision nationales françaises ayant définitivement cessé d'émettre depuis la libéralisation de l'audiovisuel au milieu des années 1980, ainsi que les principaux changements de dénomination susceptibles d'être confondus avec des disparitions. Le périmètre retenu est celui des chaînes nationales diffusées en clair ou par abonnement sur les réseaux hertzien, câble et satellite ; les chaînes locales, les déclinaisons régionales et les services exclusivement en ligne ne sont pas comptabilisés. Les dates d'arrêt et les motifs proviennent des décisions et communiqués de l'Arcom et du CSA, des arrêts du Conseil d'État relatifs à l'appel aux candidatures du 28 février 2024, des archives de l'INA et des communications des groupes concernés. Les durées de vie sont exprimées en années pleines entre la première et la dernière année de diffusion, ce qui peut entraîner un écart de quelques mois avec les dates exactes. La classification par cause de disparition en cinq catégories est une construction TV.fr : certains arrêts relèvent de plusieurs facteurs simultanés, et la cause retenue est la cause déterminante documentée publiquement. La ligne « chaînes thématiques éphémères » agrège plusieurs services de petite taille arrêtés entre 2006 et 2012 et n'est pas une chaîne unique.
Contact presse : journalistes, chercheurs et documentalistes travaillant sur l'histoire des chaînes françaises ou sur la régulation des fréquences peuvent écrire à presse@tv.fr.
Questions fréquentes
8Quelles chaînes de télévision ont disparu en France ?+
Parmi les chaînes nationales, les disparitions les plus marquantes sont TV6 (1986-1987), La Cinq (1986-1992), Festival (remplacée par France 4 en 2005), TPS Star (arrêtée en 2012), TF6 (arrêtée fin 2014), Ma Chaîne Sport (absorbée en 2016), France Ô (arrêtée le 23 août 2020) et, plus récemment, C8 et NRJ 12, qui ont cessé d'émettre sur la TNT le 28 février 2025. À ces arrêts définitifs s'ajoutent de nombreuses chaînes thématiques du câble et du satellite fermées faute d'audience suffisante.
Pourquoi C8 et NRJ 12 ont-elles été arrêtées ?+
Leurs autorisations d'émettre arrivaient à échéance et n'ont pas été reconduites par l'Arcom à l'issue de l'appel aux candidatures lancé le 28 février 2024. Le régulateur a retenu d'autres projets pour les fréquences concernées ; la décision a été contestée puis validée par le Conseil d'État. Les deux chaînes ont cessé d'émettre dans la nuit du 28 février au 1er mars 2025, après vingt ans de présence sur la TNT. C'est la première fois que des chaînes installées de longue date perdent leur fréquence par ce mécanisme.
Quelles chaînes ont remplacé C8 et NRJ 12 ?+
Deux nouveaux entrants ont été retenus : T18, chaîne du groupe CMI France, lancée le 6 juin 2025 sur le canal 18, et OFTV, portée par le groupe de presse Ouest-France, lancée le 1er septembre 2025. Leur arrivée s'est accompagnée d'une refonte complète de la numérotation de la TNT, entrée en vigueur le 6 juin 2025, qui a notamment regroupé les chaînes d'information en continu entre les canaux 13 et 16.
Pourquoi La Cinq a-t-elle fait faillite ?+
La Cinq, lancée le 20 février 1986, n'a jamais atteint l'équilibre économique. Une grille coûteuse conçue pour concurrencer TF1, un marché publicitaire trop étroit pour financer simultanément six chaînes nationales, et un actionnariat instable ont creusé les pertes. Placée en liquidation judiciaire, elle a cessé d'émettre le 12 avril 1992. Son canal a ensuite accueilli Arte, puis a été partagé avec La Cinquième à partir de 1994.
Quelle est la chaîne française qui a eu la vie la plus courte ?+
TV6, première chaîne musicale nationale, n'a émis que douze mois : du 1er mars 1986 au 28 février 1987. Le cinquième réseau hertzien a été remis en concours après l'alternance politique de 1986 et attribué à un autre projet ; M6 a pris l'antenne dès le lendemain de l'arrêt de TV6.
Pourquoi France Ô a-t-elle été supprimée ?+
France Ô, chaîne nationale consacrée aux outre-mer lancée en 2005, a cessé d'émettre sur la TNT le 23 août 2020 dans le cadre de la réforme de l'audiovisuel public. L'objectif affiché était de mieux exposer les contenus ultramarins sur l'ensemble des antennes du groupe plutôt que sur une chaîne dédiée à faible audience, avec la création d'un portail numérique spécifique. La décision a été vivement critiquée par de nombreux élus et associations ultramarins, qui y ont vu une perte de visibilité nationale.
Quelle différence entre une chaîne disparue et une chaîne renommée ?+
Une chaîne disparue a cessé d'émettre : sa fréquence est rendue, réattribuée ou éteinte. Une chaîne renommée continue d'émettre sous une autre marque, avec la même autorisation. NT1 devenue TFX, HD1 devenue TF1 Séries Films, Numéro 23 devenue RMC Story ou Direct 8 devenue D8 puis C8 relèvent du second cas. Cette distinction explique une grande partie des confusions : beaucoup de noms familiers ont disparu des télécommandes sans qu'aucune chaîne ne s'arrête.
Une chaîne peut-elle perdre sa fréquence à tout moment ?+
Non : une autorisation de diffusion hertzienne est délivrée par l'Arcom pour une durée déterminée, assortie d'une convention détaillant les engagements de la chaîne. Le risque se matérialise à l'échéance, lors du réexamen de l'autorisation ou d'un nouvel appel aux candidatures, comme en 2024-2025. En cours d'autorisation, le régulateur dispose d'un pouvoir de sanction graduée pouvant aller jusqu'au retrait, mais celui-ci reste exceptionnel.