Un cycle que les chaînes subissent et épousent
La télévision française ne se regarde pas de la même façon en janvier et en août, et cet écart n'a presque rien à voir avec la qualité des programmes. La consommation télévisée suit un cycle annuel d'une régularité remarquable, commandé par trois familles de variables que Médiamétrie a modélisées : la météo, le calendrier scolaire et social, et la densité des événements. Les chaînes ne subissent pas ce cycle, elles l'épousent : elles concentrent leurs lancements sur une saison qui court de fin août à fin juin, allègent la grille pendant neuf semaines d'été, et réservent leurs coups les plus chers aux mois où le public est mécaniquement le plus disponible. Comprendre la saisonnalité, c'est comprendre pourquoi une série lancée le 15 juillet n'a jamais eu les mêmes chances qu'une série lancée le 15 janvier.
Le profil de l'année télévisée
114 contre 82L'écart entre le mois le plus regardé et le mois le moins regardé atteint une trentaine de points d'indice, soit, rapporté à une durée d'écoute moyenne de l'ordre de trois heures trente par jour, un écart d'environ une heure par personne et par jour entre janvier et août. Cet écart est plus important que celui qui sépare deux chaînes généralistes concurrentes sur une année entière. Il est aussi remarquablement stable d'une année à l'autre, ce qui en fait un phénomène structurel et non conjoncturel.
Nuits les plus longues, températures les plus basses, rentrée scolaire de janvier : toutes les variables du modèle poussent dans le même sens. C'est le mois où les chaînes lancent leurs nouvelles cases et où le coût d'un écran publicitaire repart à la hausse après le creux de début d'année.
Deuxième mois le plus regardé. Les vacances d'hiver, étalées sur trois zones, retirent une partie du public des grandes agglomérations sans casser le niveau général : partir au ski, c'est regarder moins, mais l'effet est compensé par le froid dans les régions qui restent.
Le changement d'heure de fin mars marque la première rupture nette de l'année : une heure de clarté supplémentaire en soirée déplace mécaniquement une partie de la disponibilité vers l'extérieur.
Le mois de bascule : la consommation repasse sous la moyenne annuelle. Les vacances de printemps et les premiers week-ends prolongés fragmentent les soirées.
Le mois le plus troué du calendrier français : jours fériés, ponts, longs week-ends. Les chaînes y placent volontiers des rediffusions, sauf les soirs où un grand rendez-vous sportif ou une finale de télécrochet tient le prime time.
Fin de saison : les feuilletons quotidiens s'arrêtent ou passent en rediffusion, les magazines soldent leurs derniers numéros. Les années paires, un Euro ou une Coupe du monde de football peut inverser localement la tendance pendant trois semaines.
Le Tour de France occupe les après-midi et soutient la consommation de journée, mais les soirées sont les plus faibles de l'année après celles d'août. La grille bascule intégralement en mode estival.
Le plancher annuel. Congés, chaleur, journées longues : les trois principales variables négatives se cumulent. C'est aussi le mois où les recettes publicitaires télévisées sont les plus faibles, ce qui justifie économiquement la grille la plus légère.
Contre-intuitif : septembre est le mois de la rentrée des grilles, pas celui de la rentrée des audiences. La disponibilité du public remonte lentement, alors que les chaînes ont déjà dépensé l'essentiel de leur budget de lancement.
Le retour à l'heure d'hiver fin octobre produit l'effet inverse de celui de mars : la nuit tombe avant la fin de la journée de travail, et la consommation repasse au-dessus de la moyenne annuelle.
Mois sans vacances scolaires longues, sans jour férié structurant après le 11, et le plus sombre de l'année avant décembre. Les chaînes y placent leurs soirées les plus coûteuses et les lancements de deuxième vague.
Mois de rendez-vous : Téléthon le premier week-end, films de Noël, Miss France, réveillons. Les fêtes déplacent la consommation vers les programmes familiaux et rassembleurs plus qu'elles ne l'augmentent globalement.
Lecture : l'axe vertical est un indice, base 100 égale moyenne annuelle, matérialisée par le trait pointillé. 6 mois se situent au-dessus de cette moyenne, 6 en dessous. L'échelle est resserrée autour de l'amplitude observée afin de rendre les écarts lisibles ; elle ne commence pas à zéro, et les hauteurs de colonnes ne doivent donc pas être lues comme des rapports de proportion. L'écart de 32 points entre janvier et août correspond, rapporté à une durée d'écoute moyenne de l'ordre de 3 h 30 par jour, à environ 1 h 07 d'écart quotidien par personne. L'indice mensuel est un profil type construit par TV.fr : il synthétise le sens et l'ordre de grandeur des variations saisonnières documentées, et ne reproduit pas les chiffres mensuels du Médiamat, qui sont des données propriétaires de Médiamétrie.
Ce qui fait vraiment varier la durée d'écoute
71 % expliquésEn 2014, les statisticiens de Médiamétrie ont publié un modèle explicatif des variations de la durée d'écoute individuelle, présenté lors d'un Hotspot(s) consacré à la mesure d'audience. Son pouvoir explicatif atteint 71 % : près de trois quarts des variations mensuelles de la consommation télévisée s'expliquent par des variables extérieures aux programmes. Les 29 % restants recouvrent ce qui n'est pas quantifiable — la programmation des chaînes elle-même et la concurrence des loisirs non numériques.
Pour neutraliser la saisonnalité, le modèle ne travaille pas sur la durée d'écoute brute mais sur une durée différentielle : l'écart entre un mois donné et le même mois de l'année précédente. Novembre est comparé à novembre, jamais à octobre. C'est précisément parce que la saisonnalité est trop forte pour être ignorée qu'il a fallu l'éliminer méthodologiquement.
Lecture : les longueurs de barres traduisent un ordre de priorité entre facteurs, construit par TV.fr à partir de la hiérarchie exposée par Médiamétrie ; elles ne reproduisent pas les coefficients du modèle, qui n'ont pas été publiés facteur par facteur. Les barres rouges désignent les variables qui poussent la durée d'écoute à la baisse, les barres vertes celles qui la poussent à la hausse, les barres hachurées violettes celles dont l'effet dépend de la saison. Seuls trois effets ont été chiffrés publiquement : trois minutes perdues pour 1,3 degré gagné, cinq minutes perdues pour la progression conjointe des tablettes et des enregistreurs, une minute perdue pour les autres usages du téléviseur.
Qui gagne le mois de décembre
6 hausses / 9 baissesLe Médiamat annuel publie, pour chaque chaîne, sa part d'audience du mois de décembre à côté de sa part d'audience sur l'année entière. La comparaison des deux colonnes donne une mesure directe et publique d'un effet saisonnier : quelles chaînes gagnent du terrain quand le gâteau se réduit et se recompose en fin d'année, et lesquelles en perdent. Le résultat contredit une intuition répandue : ce sont les petites chaînes de la TNT, et non les grandes généralistes, qui profitent le plus de décembre.
Lecture : Un écart positif signifie que la chaîne pèse plus lourd en décembre que sur l'ensemble de l'année. La part d'audience étant un partage à somme constante, la somme des gains égale celle des pertes : décembre ne crée pas d'audience, il la redistribue. Les barres partent d'un axe central ; vers la droite pour un gain, vers la gauche pour une perte, avec une échelle commune calée sur l'écart le plus important, 0,9 point. Sur les 22 chaînes publiées, 6 progressent en décembre, 9 reculent et 7 restent au même niveau qu'en moyenne annuelle. Les parts d'audience sont reprises telles quelles du communiqué Médiamat annuel 2025 de Médiamétrie, du 29 décembre 2025, pour les individus de quatre ans et plus, du lundi au dimanche, de 3 h à 3 h. Les deux nouvelles chaînes T18 et Novo19 ne figurent pas dans le classement : entrées dans la mesure quotidienne au 1er septembre 2025, leur part d'audience annuelle n'a pas été publiée.
Anatomie d'une saison en 9 phases
52 semainesUne année de télévision ne se découpe pas en quatre trimestres mais en neuf séquences éditoriales, chacune avec sa fonction, son niveau de dépense et son type de programmes. La grille d'été occupe 9 semaines sur 52, soit environ 17 % de l'année, pour une part très inférieure des budgets de programmes.
| Phase | Fenêtre | Durée | Ce qui s'y joue | Enjeu |
|---|---|---|---|---|
| La pré-rentrée | Mi-août → fin août | 2 sem. | Retour des feuilletons quotidiens et des access, encore devant un public partiel. Les chaînes testent les nouveautés les moins exposées avant l'arrivée du gros du public. | Roder les cases sans risquer les lancements chers |
| La rentrée | Début septembre → fin septembre | 4 sem. | Conférences de presse passées, grilles complètes, lancement des nouvelles émissions d'access et des magazines. Les campagnes d'autopromotion atteignent leur maximum annuel. | Installer les habitudes qui tiendront jusqu’en juin |
| La première vague de prime | Octobre → mi-novembre | 7 sem. | Le public est pleinement disponible, la nuit tombe tôt, aucune vacance longue n'interrompt les semaines. Les fictions événementielles et les grands divertissements y sont concentrés. | La période la plus rentable de la saison |
| Les fêtes | Fin novembre → 31 décembre | 5 sem. | Téléthon, films de Noël, Miss France, spectacles et rediffusions patrimoniales. La consommation reste élevée mais se déplace vers les programmes familiaux et les grands rendez-vous. | Rassembler plutôt que segmenter |
| La seconde rentrée | Janvier → février | 9 sem. | Le pic annuel de disponibilité. Deuxième salve de lancements, retours de franchises, télécrochets. Les Enfoirés, sur TF1, y réalisent régulièrement la meilleure audience de l'année. | Le meilleur rapport exposition/coût de l’année |
| Le plateau de printemps | Mars → mi-avril | 6 sem. | Consommation encore haute mais déclinante après le changement d'heure. Les chaînes soldent leurs stocks de fiction et installent les programmes de fin de saison. | Amortir avant la décrue |
| La décrue | Mi-avril → fin mai | 6 sem. | Jours fériés, ponts et beaux jours fragmentent les soirées. Les grilles se font plus répétitives, sauf les soirs de compétition sportive. | Tenir sans dépenser |
| La fin de saison | Juin | 4 sem. | Finales, derniers numéros, arrêts des quotidiennes. Les années paires, un grand tournoi de football peut recréer artificiellement une période haute. | Sortir par le haut ou en silence |
| La grille d’été | Juillet → mi-août | 9 sem. | Rediffusions, feuilletons d'été tournés en décor permanent, séries de stock, Tour de France l'après-midi. Le coût horaire de la grille est au plus bas de l'année, en face de recettes publicitaires elles aussi au plus bas. | Occuper l’antenne au coût le plus faible possible |
Les rendez-vous qui tiennent le calendrier
8Les Enfoirés
AnnuelConcert enregistré en janvier, diffusé début mars au profit des Restos du Cœur. L'édition 2025 a réuni 8,4 millions de téléspectateurs à sept jours, 45 % de part d'audience et un pic à 9 millions : la meilleure audience de la télévision française depuis le début de l'année.
Roland-Garros
AnnuelLe dernier grand rendez-vous sportif avant la décrue estivale. Il occupe les après-midi pendant deux semaines, au moment précis où la consommation de journée commence à baisser.
Le Tour de France
AnnuelLe seul programme capable de soutenir la consommation d'après-midi au cœur du creux estival, trois semaines durant, en semaine comme le week-end.
Le Téléthon
Annuel depuis 1987Trente heures de direct qui structurent le premier week-end de décembre sur le service public depuis bientôt quarante ans.
Miss France
AnnuelL'un des derniers grands rendez-vous fédérateurs de fin d'année en clair, placé juste avant la bascule vers les programmes de réveillon.
Le Sidaction
Annuel depuis 1994Opération multi-antennes héritée de la soirée du 7 avril 1994, diffusée simultanément sur les sept chaînes hertziennes de l'époque.
Jeux olympiques d’été
Tous les 4 ansLe seul événement capable d'inverser complètement le creux estival : il replace, pendant deux semaines d'été, des niveaux de consommation de saison haute.
Euro / Coupe du monde de football
Tous les 2 ansDécale la fin de saison : les chaînes retardent l'arrêt de leurs programmes ou l'avancent, selon qu'elles détiennent ou non les droits.
Soixante ans de cycle annuel
10La deuxième chaîne de l'ORTF ouvre et impose de penser la grille en concurrence interne. La notion de « saison » télévisuelle, calquée sur l'année scolaire, s'installe progressivement dans les rédactions de programmes.
Médiamétrie est créée. Pour la première fois, les variations mensuelles de la consommation télévisée deviennent mesurables de façon continue et opposable à tout le marché.
Repère de long terme publié par Médiamétrie : en vingt-cinq ans, entre 1989 et 2014, la durée d'écoute quotidienne des Français a augmenté de quarante-quatre minutes.
Le Médiamat intègre le visionnage en différé. Une partie de la consommation qui échappait à la saisonnalité du direct — on enregistre en semaine, on regarde le week-end — entre dans la mesure de référence.
Année record de la durée d'écoute individuelle, à 3 h 49 par jour. Le reflux qui suit, quatre minutes en 2013 puis cinq en 2014, déclenche chez Médiamétrie la recherche d'un modèle explicatif.
Octobre : le replay sur téléviseur entre dans le Médiamat. Décembre : Médiamétrie publie son modèle explicatif des facteurs d'évolution de la durée d'écoute, avec un pouvoir explicatif de 71 %, et chiffre pour la première fois l'effet de la température.
Les confinements liés au Covid-19 produisent l'anomalie saisonnière la plus forte jamais observée : un pic de consommation en mars-avril, mois habituellement de décrue, puis un été atypique. L'événement démontre par l'absurde que la disponibilité du public commande le cycle.
Le 1er janvier, le Médiamat intègre les Français non équipés de téléviseur à domicile et les contenus regardés sur écran internet à domicile. Médiamétrie précise que cette évolution rend impossible toute comparaison avec les résultats des années antérieures — une rupture de série qui complique l'analyse des saisonnalités longues.
Le Médiamat annuel, publié le 29 décembre, couvre la période du 30 décembre 2024 au 28 décembre 2025 et fournit, chaîne par chaîne, la part d'audience de décembre à côté de celle de l'année. Une nouvelle numérotation de la TNT est entrée en vigueur le 6 juin, et deux nouvelles chaînes gratuites, T18 et Novo19, ont rejoint la mesure quotidienne au 1er septembre.
La saison 2025-2026 s'achève sur un constat stable : malgré la fragmentation des usages, la forme du cycle annuel — creux d'août, pic de janvier — n'a pas changé de nature depuis trente ans, seule son amplitude relative se déplace.
Six mécanismes pour comprendre
6Le thermomètre programme autant que le directeur des programmes
Mécanisme structurelC'est le résultat le plus contre-intuitif du modèle de Médiamétrie : sur un mois donné, la météo pèse plus lourd que la grille. Un gain de 1,3 degré en moyenne sur neuf mois valait trois minutes de durée d'écoute quotidienne en moins, soit environ deux minutes par degré. À l'échelle d'un pays de soixante-trois millions d'habitants, deux minutes par jour et par personne représentent un volume d'exposition publicitaire considérable, que personne n'a décidé et que personne ne peut corriger.
La saison télé est calquée sur l’année scolaire, pas sur l’année civile
Mécanisme structurelLes grilles se pensent de septembre à juin, comme un calendrier scolaire. Cela a une conséquence budgétaire directe : les exercices comptables des chaînes, eux, courent de janvier à décembre. Une saison chevauche donc toujours deux exercices, et un lancement raté en septembre pèse sur deux bilans successifs.
Septembre est un mois de lancement, pas un mois de pic
Idée reçue tenaceL'intuition professionnelle place la rentrée en haut du cycle ; les données la placent encore sous la moyenne annuelle. Les chaînes engagent leurs dépenses de lancement les plus lourdes à un moment où la disponibilité du public n'est pas encore revenue à son niveau haut. C'est un pari assumé : on installe en septembre une habitude qui se consommera en novembre et en janvier.
Le sport est le seul levier capable d’inverser le cycle
Idée reçue tenaceAucune fiction, aucun divertissement n'annule un creux saisonnier. Un grand tournoi de football ou des Jeux olympiques d'été, si. C'est la raison pour laquelle les droits sportifs d'été se négocient à des niveaux sans rapport avec leur durée d'antenne : ils achètent de l'audience là où l'audience n'existe pas naturellement.
La grille d’été n’est pas une grille au rabais, c’est une grille à coût aligné
À nuancerL'allègement estival n'est pas un renoncement éditorial mais un ajustement économique : les recettes publicitaires sont au plus bas en juillet-août, la grille se cale donc sur un coût horaire correspondant. Les feuilletons d'été tournés en décor permanent, amortis sur des dizaines d'épisodes, sont l'expression la plus aboutie de cette contrainte.
Décembre redistribue l’audience plus qu’il ne l’augmente
À nuancerLa comparaison publique entre la part d'audience de décembre et la part d'audience annuelle montre des mouvements nets : certaines chaînes de la TNT gagnent plusieurs dixièmes de point, plusieurs généralistes en perdent. La part d'audience étant un partage, ces mouvements s'annulent — ce qui change en décembre, c'est la répartition du regard, pas son volume.
Six idées reçues sur la saison télé
6« Les gens regardent moins la télévision l’été parce que les programmes sont mauvais »
L'ordre causal est inverse. Les chaînes allègent la grille parce qu'elles savent que le public est moins disponible et que les recettes publicitaires sont au plus bas, pas l'inverse. Le modèle de Médiamétrie attribue l'essentiel des variations mensuelles à la météo, aux vacances et aux événements ; le nombre de nouveaux programmes y figure, mais avec un poids explicatif nettement inférieur.
« La rentrée de septembre est le pic d’audience de l’année »
Septembre est le pic de lancement, pas le pic de consommation. La disponibilité du public remonte progressivement et ne dépasse la moyenne annuelle qu'à partir d'octobre, une fois le changement d'heure passé. Le sommet du cycle se situe en janvier et février.
« La saisonnalité s’efface avec le streaming et le replay »
Le différé et le replay déplacent le moment du visionnage à l'intérieur d'une semaine, pas d'une saison. Les mêmes contraintes — clarté, température, vacances, disponibilité des soirées — s'appliquent à une série regardée sur une plateforme. La saisonnalité change d'amplitude, pas de forme.
« Les mois de décembre sont les plus regardés de l’année »
Décembre est un très grand mois, mais janvier et février le devancent régulièrement. Les fêtes déplacent une partie du public hors du domicile, chez des proches ou en vacances, et les journées de réveillon elles-mêmes sont des journées de faible consommation individuelle, compensées par des soirées très rassembleuses.
« On peut comparer un mois de 2026 à un mois de 2019 »
Non, pas directement. Médiamétrie a intégré au Médiamat le différé en 2011, le replay sur téléviseur en 2014, puis, au 1er janvier 2024, les foyers non équipés de téléviseur et les contenus regardés sur écran internet à domicile — en précisant que cette dernière évolution rend impossible toute comparaison avec les années antérieures à 2024.
« Une bonne audience en août vaut une bonne audience en janvier »
En valeur absolue, non : le public disponible n'est pas le même. En valeur relative, la part d'audience corrige cet effet, ce qui explique que les chaînes communiquent volontiers en parts d'audience l'été et en millions de téléspectateurs l'hiver. Lire les deux indicateurs ensemble est la seule façon de comparer honnêtement deux performances de saisons différentes.
Cette page est mise à disposition sous licence Creative Commons BY-SA 4.0. Journalistes, enseignants, étudiants et chercheurs peuvent en reprendre les tableaux et les graphiques en citant la source, en renvoyant à Médiamétrie pour les parts d'audience et les effets chiffrés, et en rappelant que le profil mensuel indiciaire et la hiérarchie des facteurs sont des indicateurs construits par TV.fr, et non des publications de Médiamétrie.
Méthodologie et sources
Cette page porte sur la saisonnalité de la consommation télévisée en France métropolitaine, mesurée sur l'ensemble des individus âgés de quatre ans et plus. Elle couvre la saison 2025-2026 pour la description des grilles, et les publications de Médiamétrie de 2014 à 2025 pour les éléments quantifiés.
Deux catégories de données sont mobilisées. Les écarts de part d'audience entre décembre 2025 et l'année 2025 sont issus tels quels du communiqué Médiamat annuel publié par Médiamétrie le 29 décembre 2025, qui couvre la période du 30 décembre 2024 au 28 décembre 2025. Les facteurs explicatifs et leurs effets chiffrés proviennent de la présentation du modèle explicatif des facteurs d'évolution de la durée d'écoute individuelle, élaboré par les statisticiens de Médiamétrie et présenté en octobre 2014.
Deux indicateurs sont construits par TV.fr et n'existent pas sous cette forme chez les producteurs de données. Le profil mensuel indiciaire, base 100 égale moyenne annuelle, synthétise le sens et l'ordre de grandeur des variations saisonnières documentées : ce n'est pas une restitution des Médiamat mensuels, qui sont des données propriétaires. L'indice de poids explicatif attribué à chaque facteur hiérarchise les variables retenues dans le modèle de Médiamétrie ; il ne reproduit pas les coefficients du modèle, qui n'ont pas été publiés facteur par facteur.
Trois précautions. D'abord, les effets chiffrés de la température datent de la période janvier-septembre 2014 et valent comme ordre de grandeur, non comme coefficient actuel. Ensuite, l'évolution méthodologique du Médiamat au 1er janvier 2024 interdit toute comparaison directe avec les années antérieures. Enfin, la comparaison décembre/année porte sur la part d'audience, un indicateur de répartition : un gain de part d'audience en décembre ne signifie pas nécessairement un gain de téléspectateurs.
Contact presse : journalistes, enseignants et chercheurs souhaitant le détail de la construction du profil mensuel, la table complète des écarts décembre/année ou les références exactes des publications Médiamétrie citées peuvent contacter presse@tv.fr.
Questions fréquentes
8Quel est le mois où les Français regardent le plus la télévision ?+
Janvier, suivi de février. Le cycle annuel est commandé par la durée du jour, la température et la disponibilité des soirées : en janvier, ces trois variables sont au maximum de leur effet positif sur la consommation télévisée. Décembre est également un très grand mois, mais les fêtes déplacent une partie du public hors du domicile. À l'inverse, août constitue le plancher annuel, avec un écart d'environ une heure par jour et par personne par rapport à janvier.
Pourquoi regarde-t-on moins la télévision en été ?+
Pour trois raisons cumulatives, et non parce que les programmes seraient moins bons. Les journées sont longues et la clarté retient à l'extérieur en soirée ; les températures élevées réduisent mécaniquement la consommation, Médiamétrie ayant chiffré l'effet à environ deux minutes de durée d'écoute par degré supplémentaire ; enfin les congés déplacent des millions de personnes hors de leur domicile habituel. Les chaînes allègent leur grille en conséquence, ce qui est une conséquence du creux, pas sa cause.
Quand commence et quand finit la saison télé en France ?+
La saison télévisuelle française court de la mi-août, avec une pré-rentrée où reviennent les feuilletons quotidiens, jusqu'à la fin juin, où s'arrêtent les dernières quotidiennes et les magazines. Elle est calquée sur le calendrier scolaire et non sur l'année civile, ce qui représente environ quarante-trois semaines de grille pleine, suivies de sept à neuf semaines de grille d'été. Les exercices comptables des chaînes courant de janvier à décembre, une saison chevauche toujours deux exercices.
La météo influence-t-elle vraiment l’audience de la télévision ?+
Oui, et c'est le facteur à court terme le plus puissant identifié par Médiamétrie. Dans le modèle explicatif publié en 2014, un gain de 1,3 degré de température moyenne sur neuf mois correspondait à une baisse de trois minutes de la durée d'écoute quotidienne, soit environ deux minutes par degré. La durée d'ensoleillement joue dans le même sens ; elle est corrélée négativement aux précipitations à hauteur de 77 %, ce qui permet de ne retenir qu'une de ces deux variables.
Quelles chaînes profitent le plus du mois de décembre ?+
D'après le Médiamat annuel 2025, ce sont plusieurs chaînes de la TNT qui affichent en décembre une part d'audience supérieure à leur moyenne annuelle, notamment W9, TMC et France 4, tandis que plusieurs grandes généralistes et chaînes d'information se situent en décembre légèrement sous leur niveau annuel. La part d'audience étant un partage à somme constante, décembre redistribue le regard plutôt qu'il ne l'augmente.
Peut-on comparer les audiences de deux mois de deux années différentes ?+
Seulement avec précaution, et seulement mois à mois identique. Médiamétrie compare novembre à novembre, jamais novembre à octobre, précisément pour neutraliser la saisonnalité. Par ailleurs, la mesure a changé plusieurs fois de périmètre : intégration du différé en 2011, du replay sur téléviseur en 2014, puis, au 1er janvier 2024, des foyers sans téléviseur et des contenus vus sur écran internet à domicile — évolution dont Médiamétrie indique qu'elle rend impossible toute comparaison avec les années antérieures.
Un grand événement sportif peut-il annuler le creux d’été ?+
Ponctuellement, oui, et c'est le seul levier qui le permette. Le nombre de jours de grands événements sportifs figure explicitement parmi les variables du modèle de Médiamétrie. Des Jeux olympiques d'été ou une Coupe du monde de football replacent, pendant deux à trois semaines de juillet, des niveaux de consommation comparables à ceux d'une période haute. L'effet est local dans le temps : le creux reprend dès la fin de la compétition.
Pourquoi les chaînes lancent-elles leurs nouveautés en septembre si le public n’est pas encore là ?+
Parce qu'un lancement n'achète pas une audience immédiate mais une habitude. Les cases installées en septembre se consomment en octobre, novembre et janvier, quand la disponibilité du public atteint son maximum. Lancer en janvier reviendrait à arriver après les concurrentes sur un public déjà pris par d'autres rendez-vous. La rentrée est donc un investissement à retour décalé, ce qui explique aussi l'intensité des campagnes d'autopromotion à cette période.