Phoenix : la nouvelle pépite de France 2 qui secoue les séries françaises
Phoenix, la coproduction franco-germano-belge diffusée sur France 2, est l'une des séries françaises les plus ambitieuses du printemps 2026. Notre critique.
Phoenix : la nouvelle pépite de France 2 secoue le paysage des séries françaises
Lancée le 15 avril 2026 sur France 2, Phoenix est l'une des productions françaises les plus ambitieuses de ce printemps. Cette coproduction franco-germano-belge, signée par une équipe de scénaristes européens, raconte l'histoire d'un commando d'activistes climatiques qui enlève les enfants de grands patrons pour les contraindre à respecter leurs engagements environnementaux. Décryptage d'une série qui ose, divise et marque déjà son époque.
Un postulat fort, des ambitions assumées
Le pitch est à lui seul un manifeste. Face à l'inaction des gouvernements et au cynisme de certaines grandes entreprises, un groupe baptisé "Phoenix" décide de passer à l'action en attaquant les héritiers des PDG les plus controversés du continent. La première victime, fils du PDG d'un groupe pétrolier germano-français, devient la pierre angulaire d'une mécanique narrative implacable.
Les six épisodes diffusés en bloc par France 2 dessinent un thriller dense, sans temps mort, qui assume son ambition politique sans tomber dans le pamphlet. Les personnages — qu'ils soient activistes ou victimes — bénéficient tous d'une psychologie fouillée, ce qui interdit toute lecture manichéenne du récit. Une qualité d'écriture remarquable pour une fiction de service public, à comparer aux meilleures productions étrangères du moment dans notre rubrique séries.
Un casting international remarquable
Au cœur de la distribution, le britannique Will Attenborough — petit-neveu du célèbre David — porte avec une intensité maîtrisée le rôle du chef du commando. Catalina del Rosario, révélation espagnole vue dans El Hoyo 2, incarne une activiste tiraillée entre conviction et culpabilité. Et la jeune Alva Schäfer, comédienne allemande de 23 ans, livre une composition saluée comme l'une des meilleures de l'année dans le rôle de l'otage adolescente.
"Le pari de la coproduction européenne paye pleinement avec Phoenix", estime Marie Lavergne, consultante en stratégie audiovisuelle. "On voit enfin émerger une véritable industrie continentale capable de rivaliser avec les standards américains, sans copier leurs codes." Une analyse partagée par les producteurs allemands de la série, qui considèrent que le format européen offre désormais des opportunités créatives inédites.
Une réalisation à hauteur de l'ambition
Visuellement, Phoenix impressionne par la précision de sa mise en scène. Les six épisodes ont été tournés entre Berlin, Bruxelles et la côte normande, dans des décors qui contribuent puissamment à l'atmosphère oppressante du récit. La photographie, signée par le chef-opérateur belge Théo Van Belge, joue magistralement des contrastes entre intérieurs feutrés et extérieurs hostiles.
La bande-son, composée par la française Camille Lefebvre, mêle nappes électroniques et instruments acoustiques pour souligner la tension dramatique sans jamais la surligner. Un travail orchestral remarquable, qui rappelle les meilleures partitions de Hildur Guðnadóttir sans pour autant l'imiter.
Des audiences décevantes mais un succès en replay
Côté chiffres, le lancement de Phoenix a déçu : seuls 1,32 million de téléspectateurs ont suivi les deux premiers épisodes, soit 7,8 % de part d'audience — un score nettement inférieur à celui de Grey's Anatomy sur TF1 (1,92 million, 11,7 %). France 2 espérait beaucoup de cette série événement et le contre-coup est sensible dans les couloirs de France Télévisions.
Mais l'histoire ne s'arrête pas aux audiences linéaires. Sur france.tv, Phoenix connaît un succès considérable, avec plus de 800 000 vues sur 48 heures pour le seul premier épisode. Une fréquentation qui place la série dans le top 5 des programmes les plus consultés en replay sur la plateforme depuis le début de l'année. Un signal fort qui pourrait inciter France Télévisions à repenser ses stratégies de diffusion.
Une critique enthousiaste, mais pas unanime
Les réactions critiques se sont multipliées dans les jours suivant le lancement. Télérama a salué "une fiction politique qui a le courage de ses convictions". Les Inrocks ont parlé de "la première grande série française de l'année". Le Monde, plus mesuré, a souligné quelques longueurs mais concédé que "Phoenix mérite ses efforts d'attention".
À l'inverse, certaines plumes ont critiqué un manichéisme rampant — "les patrons sont tous cyniques, les activistes tous touchants" — ainsi qu'une prétention thématique parfois lourde. Des reproches discutables, d'autant que la série prend justement soin, dans ses derniers épisodes, de complexifier ses portraits.
Une saison 2 déjà en discussion
Devant le potentiel évident de la série, les producteurs envisagent déjà une saison 2 qui pourrait être tournée à l'automne 2026 pour une diffusion début 2028. Le créateur de la série, le scénariste Bruno Pellegrini, a confirmé travailler sur un nouvel arc narratif qui élargirait le commando Phoenix à une dimension internationale.
"Il faut absolument que France Télévisions soutienne ce type de production sur le long terme", insiste Pellegrini dans une récente interview. "C'est en construisant des univers fictionnels durables que nous parviendrons à concurrencer les plateformes américaines, pas en multipliant les one-shot." Un plaidoyer entendu à la direction des fictions de France Télévisions, qui semble déterminée à transformer l'essai.
Pourquoi il faut donner sa chance à Phoenix
Au-delà des polémiques sur les audiences et les positionnements politiques, Phoenix mérite d'être vue pour ce qu'elle est : une tentative sincère, sérieuse et talentueuse, de proposer une fiction française à la hauteur des standards internationaux. Trop rares sont les séries hexagonales qui osent prendre des risques narratifs et formels. Phoenix en fait partie, et cela mérite d'être soutenu.
Pour découvrir la série, deux options : suivre la diffusion linéaire chaque vendredi soir sur France 2, ou enchaîner les six épisodes sur france.tv. Pour ne rien manquer des nouveautés des séries françaises, consultez régulièrement notre section actualités et notre grille TV complète. Une chose est sûre : Phoenix ne laissera personne indifférent.