Là où le prime time n'existe pas à la même heure
La télévision française n'a pas une heure de grande écoute : elle en a une par fuseau horaire, et il y en a onze. Quand le journal de vingt heures commence à Paris, il est quinze heures à Pointe-à-Pitre, vingt-trois heures à Saint-Denis de La Réunion, neuf heures du matin à Papeete et six heures du matin du lendemain à Nouméa. Vingt-deux heures séparent les deux extrémités du même pays. Cette contrainte physique explique une organisation que la métropole connaît mal : dans chacun des neuf territoires ultramarins, la chaîne principale n'est pas une antenne nationale mais une station de plein exercice du réseau La 1ère, qui produit son journal, sa grille et ses programmes en langue régionale. Le résultat tient du record : Guadeloupe La 1ère a mesuré 30,8 % de part d'audience, et son journal du soir 75,4 %, des niveaux qu'aucune chaîne nationale n'atteint en métropole. Pendant vingt-deux ans, une chaîne nationale a été consacrée aux Outre-mer — RFO Sat en 1998, devenue France Ô en 2005, arrivée sur la TNT métropolitaine en 2010. Elle a été supprimée dans la nuit du 23 août 2020, et la justification officielle mérite d'être citée telle quelle : au nom d'une plus grande visibilité des Outre-mer sur l'ensemble des antennes.
Vingt-deux heures d'un bout à l'autre du pays
22 hLes décalages sont calculés par rapport à l'heure de Paris en période d'heure d'hiver. Huit des neuf territoires n'appliquent pas le changement d'heure : leur écart avec la métropole varie donc d'une heure entre l'hiver et l'été, sans que leur heure locale bouge. Saint-Pierre-et-Miquelon est la seule exception : il change d'heure comme la métropole, et son décalage reste constant à quatre heures toute l'année.
Lecture : le trait vertical central est l'heure de Paris. L'échelle est symétrique parce que les deux extrêmes le sont — onze heures d'avance à Wallis-et-Futuna, onze heures de retard en Polynésie française, soit un écart total de 22 heures. La mention portée à droite de chaque ligne indique l'heure locale au moment où le journal de vingt heures commence à Paris. Saint-Pierre-et-Miquelon est le seul territoire à changer d'heure comme la métropole : son décalage, à −4 h, ne varie pas d'une saison à l'autre.
Des audiences qu'aucune chaîne nationale n'atteint
rapport 1 à 103Le rapport entre la meilleure part d'audience mesurée dans un territoire et celle de la chaîne nationale qui leur était consacrée en métropole est d'environ un à cent trois. Les deux chiffres ne décrivent pas la même chose — un marché insulaire de quelques centaines de milliers de personnes d'un côté, un marché de soixante-cinq millions de l'autre — mais leur mise en regard éclaire la décision de 2020 : la télévision des Outre-mer fonctionne remarquablement bien là où elle est regardée, et n'a jamais trouvé son public national.
Lecture : la barre rouge est celle de la chaîne nationale supprimée, réduite à un trait par l'échelle. Les trois premières barres sont des parts d'audience locales, mesurées sur le territoire concerné ; la quatrième est une part d'audience nationale métropolitaine. Les deux grandeurs ne se comparent pas directement — un marché de quelques centaines de milliers de personnes contre un marché de soixante-cinq millions —, mais leur mise en regard est précisément l'objet de ce graphique : la télévision des Outre-mer réussit là où elle est regardée. Les vagues de mesure ne coïncident pas exactement d'un territoire à l'autre.
Le même cahier des charges pour 5 900 et pour 900 000 habitants
1 à 152Le réseau doit servir, avec le même cahier des charges, un département d'environ neuf cent mille habitants et un archipel de moins de six mille. Le rapport entre le plus grand et le plus petit bassin est de l'ordre de un à cent cinquante-deux. C'est la difficulté centrale d'un réseau de service public ultramarin : le coût fixe d'une station — studio, régie, rédaction, diffusion — ne diminue pas à proportion de la population desservie.
Lecture : les neuf bassins totalisent 2 772 298 habitants, soit près de deux millions huit cent mille personnes. Les années de référence diffèrent d'un territoire à l'autre et sont indiquées sur chaque ligne : le total agrège donc des millésimes hétérogènes. Le chiffre retenu pour Mayotte est celui du dernier recensement complet publié, antérieur à celui engagé fin 2025, et sous-estime la population actuelle. La barre rouge est le plus petit bassin du réseau, Saint-Pierre-et-Miquelon, qui dispose néanmoins d'une station de plein exercice.
Vingt-deux ans pour construire un canal national, une nuit pour l'éteindre
base 100L'indice n'est pas une audience : c'est une mesure de la possibilité matérielle de recevoir, en métropole, une chaîne nationale consacrée aux Outre-mer. Il monte de 1998 à 2010, plafonne dix ans, puis retombe à zéro. Le point remarquable est que la suppression n'a pas été justifiée par un renoncement mais par l'inverse : la dilution volontaire d'une programmation sur toutes les antennes plutôt que sa concentration sur une seule.
Lecture : les deux barres hachurées rouges sont des valeurs nulles, ramenées à un trait de trois pour cent de largeur pour rester visibles. L'indice est une construction TV.fr : il traduit la possibilité matérielle de recevoir en métropole une chaîne nationale consacrée aux Outre-mer selon son mode de diffusion — satellite et câble, TNT régionale, TNT nationale. Il ne mesure aucune audience et ne doit pas être cité comme une donnée. Ce qu'il montre est une trajectoire : une montée en quatre étapes sur douze ans, un plateau de dix ans, puis un retour à la situation de 1997.
Le pacte pour la visibilité des Outre-mer
Le pacte pour la visibilité des Outre-mer a été signé entre l'État et France Télévisions en juillet 2019, un an avant l'extinction de France Ô. Il engage le groupe à généraliser ce que ses documents appellent le « réflexe outre-mer » : présence des territoires dans les journaux nationaux, dans les magazines, dans la fiction et dans le sport, avec des indicateurs de suivi chiffrés. Un portail numérique consacré aux Outre-mer a été lancé en juin 2020, en compensation explicite de la fermeture du canal 19. Le dispositif pose une question méthodologique que la page ne tranche pas : une présence diffuse est plus difficile à mesurer qu'un canal identifié, et les indicateurs de visibilité ne sont pas des parts d'audience.
Les neuf stations du réseau
9Pour chaque territoire : la station, son fuseau horaire, son décalage avec Paris en heure d'hiver puis en heure d'été, l'heure locale au moment du journal de vingt heures métropolitain, et la population légale avec son année de référence.
Lecture : le décalage d'été diffère du décalage d'hiver pour huit territoires sur neuf, non parce qu'ils changent d'heure — ils ne le font pas — mais parce que la métropole, elle, la change. Saint-Pierre-et-Miquelon est la seule exception : il suit le calendrier métropolitain, et son écart reste constant.
L'offre privée locale, ancienne et inégale
6Contrairement à une idée répandue, la télévision ultramarine n'est pas exclusivement publique. Vingt-deux ans séparent la première chaîne privée locale de Martinique, à l'antenne en 1993, de son équivalent guyanais, créé en 2015 — un décalage d'ouverture au moins aussi parlant que le décalage horaire.
Autorisée par le Conseil supérieur de l'audiovisuel le 2 mars 1990, elle diffuse son premier journal le 18 mars 1991. C'est la plus ancienne chaîne commerciale privée d'outre-mer et la seule à disputer durablement la première place à une station La 1ère. Propriété du groupe Cirano depuis novembre 2021.
Autorisée le 5 juin 1992, à l'antenne le 11 février 1993 : première chaîne privée locale de Martinique. Rachetée par Médias du Sud en mai 2018, intégrée au réseau Vià lancé le 4 juillet 2018 sous le nom ViàATV.
Déclinaison guadeloupéenne du modèle martiniquais, créée vingt et un ans après l'originale. Renommée ViàGuadeloupe après l'intégration au réseau Vià en 2018.
La dernière des trois ATV, créée en 2015. Elle illustre le calendrier de l'ouverture privée outre-mer : vingt-deux ans séparent la première chaîne privée locale martiniquaise de son équivalent guyanais.
Ces deux collectivités, couvertes par le signal de Guadeloupe La 1ère, n'ont pas de station La 1ère propre. Leur proximité télévisuelle repose donc sur des chaînes privées locales, un cas unique dans le réseau ultramarin.
Le groupe Canal+ opère des offres payantes dédiées dans les bassins caraïbe, indien et pacifique, avec des grilles et des droits sportifs adaptés aux territoires. Les dates de création de chacune de ces entités n'ont pas pu être vérifiées sur source primaire et ne sont donc pas indiquées.
De la radio coloniale au pacte de visibilité
16Création de la Radiodiffusion de la France d'outre-mer. L'organisation de l'audiovisuel ultramarin commence par la radio : la télévision ne viendra qu'avec les décennies suivantes, territoire par territoire.
La SORAFOM, société de radiodiffusion de la France d'outre-mer, puis l'OCORA, office de coopération radiophonique, prennent la suite. Le modèle est celui d'un service produit depuis Paris pour des territoires, et non d'un service produit dans les territoires.
Après l'éclatement de l'ORTF, les stations ultramarines sont rattachées à FR3 sous l'appellation FR3 DOM-TOM. Le rattachement à la chaîne des régions installe pour longtemps l'idée que l'outre-mer est une catégorie de la proximité.
Création de RFO, société de radiodiffusion et de télévision pour l'outre-mer, détenue par FR3, l'État et Radio France. Pour la première fois, un opérateur est spécifiquement dédié aux territoires ultramarins.
Lancement de RFO Sat, première chaîne nationale consacrée aux Outre-mer, diffusée par satellite et par câble. L'offre existe désormais en métropole, mais reste réservée aux foyers abonnés.
La loi du 9 juillet 2004 intègre RFO dans le groupe France Télévisions. Le réseau ultramarin devient une composante du service public audiovisuel unifié, avec les arbitrages budgétaires que cela implique.
RFO Sat devient France Ô. Le nom marque l'ambition : une chaîne nationale de plein exercice, éditorialisée, et non un simple canal de reprise des programmes des stations.
France Ô obtient un canal de la TNT en Île-de-France. La chaîne devient gratuite et hertzienne, mais dans une seule région — celle qui concentre la plus importante population ultramarine de métropole.
France Ô accède à la TNT nationale sur le canal 19. C'est le seul moment de l'histoire de la télévision française où une chaîne consacrée aux Outre-mer est reçue par l'antenne, gratuitement, dans tous les foyers de métropole.
France Télévisions annonce le 12 octobre que le réseau RFO devient Outre-mer 1ère, chaque station prenant le nom de son territoire suivi de « La 1ère ». Le nouveau nom est officiel le 30 novembre 2010, jour du lancement de la télévision numérique terrestre dans les territoires ultramarins.
L'analogique s'éteint dans les Outre-mer, selon un calendrier propre échelonné dans l'année et distinct de la date métropolitaine du 29 novembre 2011. Les territoires passent au numérique avec une offre de chaînes gratuites nettement plus réduite qu'en métropole.
La délégation sénatoriale aux Outre-mer adopte le rapport « Les Outre-mer dans l'audiovisuel public ». Il documente la réduction des effectifs du réseau ultramarin : 1 295 équivalents temps plein en 2019, contre 1 437 en 2012, soit un recul d'environ dix pour cent en sept ans.
Signature du pacte pour la visibilité des Outre-mer entre l'État et France Télévisions : vingt-cinq engagements et onze indicateurs chiffrés destinés à faire apparaître les territoires sur l'ensemble des antennes du groupe. Le pacte précède d'un an la suppression de France Ô et en constitue la justification officielle.
France Ô cesse d'émettre. La suppression, annoncée dans le cadre de la réforme de l'audiovisuel public de 2018-2019 et confirmée par le ministère de la Culture, laisse le paysage national sans chaîne consacrée aux Outre-mer pour la première fois depuis 1998. Un portail numérique dédié, lancé en juin 2020, est présenté comme la contrepartie.
La Cour des comptes publie un rapport sur France Télévisions dans lequel le pôle Outre-mer est décrit comme une variable d'ajustement budgétaire. Le constat n'est pas assorti, dans les éléments publics, d'un montant isolé pour le pôle : le budget propre du réseau ultramarin reste difficile à établir depuis l'extérieur.
Le réseau compte neuf stations, sert près de deux millions huit cent mille habitants répartis sur vingt-deux heures de décalage, et réalise localement des parts d'audience qu'aucune antenne nationale n'atteint en métropole. La question posée depuis 2020 reste ouverte : une visibilité diffuse sur toutes les antennes remplace-t-elle un canal identifié ?
Six mécanismes pour comprendre
6Vingt-deux heures de décalage interdisent un prime time national
Mécanisme structurelUne grille nationale suppose que les téléspectateurs soient disponibles au même moment. Entre Wallis-et-Futuna, à onze heures d'avance sur Paris, et la Polynésie française, à onze heures de retard, il n'existe aucune heure de la journée où l'ensemble du pays puisse regarder le même programme dans des conditions comparables. Ce n'est pas une difficulté d'organisation, c'est une impossibilité arithmétique : elle impose que chaque territoire dispose d'une grille propre, construite sur son propre horaire de grande écoute.
La station locale n’est pas un décrochage, c’est la chaîne principale
Idée reçue tenaceEn métropole, une antenne régionale de France 3 insère des éditions locales dans une grille nationale. Outre-mer, le rapport est inversé : la station La 1ère est la chaîne généraliste de référence du territoire, avec son journal, ses magazines, ses retransmissions sportives et ses programmes en langue régionale, et c'est elle qui reprend certains programmes nationaux, non l'inverse. Cette inversion explique les niveaux de part d'audience observés : la station n'est pas une option de proximité, elle est la télévision du territoire.
Le coût fixe d’une station ne dépend pas de la population desservie
Mécanisme structurelUn studio, une régie, une rédaction et un réseau de diffusion coûtent approximativement la même chose à Saint-Pierre-et-Miquelon, cinq mille neuf cents habitants, qu'à La Réunion, près de neuf cent mille. Le rapport de un à cent cinquante-deux entre les bassins de population ne se retrouve pas dans les budgets, et ne peut pas s'y retrouver sans fermer des antennes. C'est la raison structurelle pour laquelle le réseau ultramarin apparaît coûteux au regard des audiences agrégées et indispensable au regard des audiences locales.
Une chaîne nationale dédiée n’a jamais trouvé son public
Idée reçue tenaceFrance Ô a bénéficié pendant dix ans du meilleur emplacement possible — un canal gratuit de la TNT nationale — sans dépasser quelques dixièmes de point de part d'audience. Deux explications coexistent dans le débat : l'insuffisance des moyens de programmation d'une part, la difficulté intrinsèque d'agréger une audience autour d'une catégorie géographique plutôt que d'un genre d'autre part. Les deux sont plausibles et la page ne tranche pas ; le constat de l'échec d'audience, lui, n'est pas contesté.
La dilution est plus difficile à mesurer que la concentration
À nuancerLe pacte de visibilité substitue à un canal identifié une présence répartie sur l'ensemble des antennes, assortie de onze indicateurs chiffrés. Le dispositif est cohérent et potentiellement plus efficace en termes d'exposition : un sujet ultramarin dans le journal de vingt heures atteint un public sans commune mesure avec celui de France Ô. Mais un indicateur de présence n'est pas une part d'audience, et il n'existe aucune série antérieure permettant de comparer l'avant et l'après sur la même grandeur.
L’audience ultramarine se mesure séparément
À nuancerLes parts d'audience des territoires ne sont pas incluses dans la mesure nationale quotidienne : elles font l'objet de vagues d'enquête spécifiques, publiées à une fréquence bien moindre. Une conséquence pratique en découle : une station peut réaliser trente pour cent de part d'audience sur son territoire sans jamais apparaître dans les classements quotidiens commentés dans la presse nationale. La visibilité statistique suit la même logique que la visibilité éditoriale.
Six idées reçues sur la télévision ultramarine
6« Les Outre-mer reçoivent la même télévision que la métropole »
Non, et à deux titres. L'offre de chaînes gratuites reçues par l'antenne y est sensiblement plus réduite qu'en métropole depuis le passage au numérique de 2010-2011. Et la chaîne de référence n'est pas une antenne nationale mais la station La 1ère du territoire, avec sa propre grille, son propre journal et ses propres horaires — calés sur l'heure locale, pas sur celle de Paris.
« France Ô a été supprimée faute d’audience »
L'audience était effectivement très faible, de l'ordre de trois dixièmes de point. Mais ce n'est pas la justification officielle retenue : la suppression a été présentée comme la contrepartie d'un pacte pour la visibilité des Outre-mer signé en juillet 2019, censé faire apparaître les territoires sur l'ensemble des antennes du groupe plutôt que sur une seule. La formulation mérite d'être citée exactement, parce qu'elle inverse l'intuition : la chaîne a été fermée au nom d'une visibilité accrue.
« La 1ère est un décrochage de France 3 »
Historiquement, les stations ultramarines ont bien été rattachées à FR3 en 1975 sous l'appellation FR3 DOM-TOM. Mais depuis la création de RFO en 1982, le réseau constitue une entité propre, intégrée à France Télévisions en 2004 et rebaptisée en 2010. Chaque station est une antenne généraliste de plein exercice, pas un décrochage régional inséré dans une grille nationale.
« Le journal de 20 heures est regardé à 20 heures partout en France »
Il est diffusé à quinze heures en Guadeloupe et en Martinique, à seize heures en Guyane et à Saint-Pierre-et-Miquelon, à vingt-deux heures à Mayotte, à vingt-trois heures à La Réunion, à neuf heures du matin en Polynésie française, et à six ou sept heures du matin du lendemain en Nouvelle-Calédonie et à Wallis-et-Futuna. L'expression « journal de vingt heures » ne désigne une heure de diffusion que dans un seul fuseau du pays.
« Il n’existe pas de télévision privée outre-mer »
Antenne Réunion diffuse depuis 1991, ATV Martinique depuis 1993, leurs déclinaisons guadeloupéenne et guyanaise depuis 2014 et 2015, et Saint-Martin comme Saint-Barthélemy reposent essentiellement sur des chaînes privées locales. Le groupe Canal+ y opère par ailleurs des offres payantes dédiées. La concurrence privée est ancienne dans l'océan Indien et aux Antilles, plus récente ailleurs.
« Un réseau de neuf stations, c’est neuf fois la même chose »
Les neuf territoires relèvent de statuts juridiques différents — départements, collectivités, pays d'outre-mer —, de quatre bassins géographiques, de neuf environnements linguistiques distincts et de bassins de population allant de cinq mille neuf cents à près de neuf cent mille habitants. Les grilles, les langues de diffusion et les partenariats sportifs n'ont pas de commune mesure d'un territoire à l'autre.
Six modèles pour des territoires lointains
6Les configurations sont trop différentes pour autoriser un classement : elles dépendent du statut constitutionnel des territoires autant que de la politique audiovisuelle. Cette section est descriptive et ne compare pas des grandeurs chiffrées.
Un réseau de neuf antennes généralistes de plein exercice, intégrées au groupe public national, chacune avec sa grille et son journal. La chaîne nationale consacrée aux Outre-mer a existé de 1998 à 2020 avant d'être supprimée au profit d'un pacte de visibilité transversal. Aucun autre pays européen ne gère un réseau audiovisuel public réparti sur autant de fuseaux horaires.
Le diffuseur public portugais opère des antennes dédiées à Madère et aux Açores, avec production locale et décalage horaire — d'une heure pour Madère, de deux pour les Açores. L'échelle est sans commune mesure avec le cas français : deux régions insulaires proches, contre neuf territoires répartis sur trois océans.
Les Canaries disposent d'une antenne du diffuseur public national et d'une chaîne de la communauté autonome. Le décalage avec la péninsule est d'une heure, ce qui permet des grilles largement alignées. Le modèle espagnol repose surtout sur les chaînes des communautés autonomes, une catégorie sans équivalent français.
Le Groenland et les îles Féroé disposent de diffuseurs publics propres, distincts du diffuseur danois, avec leurs langues et leurs grilles. C'est le contraire du choix français : plutôt qu'un réseau intégré au groupe national, des institutions audiovisuelles séparées pour des territoires autonomes.
Les territoires britanniques d'outre-mer ne relèvent pas du périmètre de service public du diffuseur national : leurs paysages audiovisuels reposent sur des opérateurs locaux et sur la reprise de chaînes internationales. Le contraste avec la France est frontal, et il découle des statuts constitutionnels : les territoires ultramarins français font partie de la République, et plusieurs sont des départements.
Hawaï, Porto Rico, Guam ou les Samoa américaines sont desservis par des stations affiliées aux grands réseaux, selon le modèle général du pays : les réseaux nationaux ne diffusent pas directement mais par l'intermédiaire de stations locales, qui ajustent leurs grilles à leur fuseau. Le décalage n'y est pas un problème d'exception mais le principe même d'organisation du marché.
Cette page est mise à disposition sous licence Creative Commons BY-SA 4.0. Journalistes, enseignants, étudiants et chercheurs peuvent en reprendre les tableaux et les graphiques en citant la source, en renvoyant à Médiamétrie pour les parts d'audience et aux recensements pour les populations, et en rappelant que l'indice de portée nationale de l'offre dédiée est un indicateur construit par TV.fr et non une mesure externe.
Méthodologie et sources
Cette page porte sur la télévision dans les neuf territoires ultramarins desservis par une station du réseau La 1ère de France Télévisions : Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna et Saint-Pierre-et-Miquelon. Elle traite de l'organisation du réseau public, de la contrainte des fuseaux horaires, des parts d'audience locales, de l'offre privée locale et de la trajectoire de la chaîne nationale consacrée aux Outre-mer, de 1998 à 2020. Elle ne traite pas de la radio, ni de la télévision régionale métropolitaine, ni de l'audiovisuel extérieur français, qui font l'objet de pages distinctes de l'Observatoire.
Les dates institutionnelles — création de la Radiodiffusion de la France d'outre-mer le 14 septembre 1954, création de RFO le 17 septembre 1982, lancement de RFO Sat le 25 mars 1998, intégration à France Télévisions par la loi du 9 juillet 2004, passage à France Ô le 25 février 2005, accès à la TNT nationale le 14 juillet 2010, annonce du nom Outre-mer 1ère le 12 octobre 2010 et entrée en vigueur le 30 novembre 2010, arrêt de la diffusion le 23 août 2020 — sont issues des communications de France Télévisions, du ministère de la Culture et des textes cités. Les parts d'audience proviennent des vagues d'enquête Métridom de Médiamétrie consacrées aux territoires ultramarins. Les effectifs du réseau — 1 295 équivalents temps plein en 2019 contre 1 437 en 2012 — sont ceux du rapport de la délégation sénatoriale aux Outre-mer adopté le 9 avril 2019. Les populations sont des populations légales issues des recensements, avec l'année de référence propre à chaque territoire.
Les décalages horaires sont calculés par TV.fr à partir des fuseaux officiels de chaque territoire, par rapport à l'heure de Paris en période d'heure d'hiver ; l'écart maximal de vingt-deux heures est la différence entre le territoire le plus en avance, Wallis-et-Futuna à onze heures, et le plus en retard, la Polynésie française à onze heures. Les heures locales correspondant à vingt heures à Paris en découlent directement. Le rapport d'environ un à cent trois entre la meilleure part d'audience locale et celle de France Ô en métropole, et le rapport d'environ un à cent cinquante-deux entre le plus grand et le plus petit bassin de population — La Réunion contre Saint-Pierre-et-Miquelon —, sont des calculs TV.fr. L'indice de portée nationale de l'offre dédiée est une construction TV.fr en base 100 sur la période de diffusion par la TNT nationale : il traduit la possibilité matérielle de recevoir la chaîne en métropole selon son mode de diffusion, ne provient d'aucune source externe, ne mesure aucune grandeur observable et ne doit pas être cité comme une donnée — seul l'ordre de ses valeurs, et son retour à zéro en 2020, portent de l'information.
Trois précautions de lecture. D'abord, les années de référence des populations diffèrent d'un territoire à l'autre : le total d'environ deux millions huit cent mille habitants agrège donc des millésimes hétérogènes, et le chiffre retenu pour Mayotte est celui du dernier recensement complet publié, antérieur à celui engagé fin 2025, ce qui sous-estime la population actuelle. Ensuite, les parts d'audience locales proviennent de vagues d'enquête distinctes, dont les périodes ne coïncident pas : elles ne constituent pas une photographie simultanée des trois territoires mesurés, et deux valeurs légèrement différentes circulent pour la Martinique selon les vagues citées. Enfin, aucun montant budgétaire isolé n'a pu être établi pour le pôle Outre-mer de France Télévisions à partir de sources publiques : la page s'en tient donc aux effectifs, qui sont documentés, et ne publie aucun budget. Les dates de création des offres payantes de Canal+ dans les bassins ultramarins n'ont pas non plus pu être vérifiées et ne sont pas indiquées.
Contact presse : journalistes, enseignants et chercheurs souhaitant le détail des références, les séries d'audience par vague ou la composition de l'indice de portée peuvent contacter presse@tv.fr.
Questions fréquentes
9Combien de stations La 1ère existe-t-il dans les Outre-mer ?+
Neuf : Guadeloupe La 1ère, Martinique La 1ère, Guyane La 1ère, Réunion La 1ère, Mayotte La 1ère, Nouvelle-Calédonie La 1ère, Polynésie La 1ère, Wallis-et-Futuna La 1ère et Saint-Pierre-et-Miquelon La 1ère. Saint-Barthélemy et Saint-Martin n'ont pas de station propre : ces deux collectivités sont couvertes par le signal de Guadeloupe La 1ère et disposent de chaînes privées locales. Le réseau a pris ce nom le 30 novembre 2010, en remplacement de l'appellation RFO.
Pourquoi France Ô a-t-elle été supprimée ?+
La suppression a été décidée dans le cadre de la réforme de l'audiovisuel public engagée en 2018-2019 et confirmée par le ministère de la Culture, pour une extinction effective dans la nuit du 23 août 2020. La justification officielle repose sur le pacte pour la visibilité des Outre-mer signé en juillet 2019 : plutôt qu'une chaîne unique regardée par environ trois dixièmes de point de part d'audience, faire apparaître les territoires sur l'ensemble des antennes du groupe, avec vingt-cinq engagements et onze indicateurs chiffrés, ainsi qu'un portail numérique dédié lancé en juin 2020. La faiblesse de l'audience de la chaîne est un fait établi, mais la décision a été présentée comme une stratégie de visibilité accrue, non comme un renoncement.
À quelle heure le journal de 20 heures est-il diffusé dans les Outre-mer ?+
À l'heure locale correspondant à vingt heures à Paris, ce qui donne, en période d'heure d'hiver métropolitaine : quinze heures en Guadeloupe et en Martinique, seize heures en Guyane et à Saint-Pierre-et-Miquelon, vingt-deux heures à Mayotte, vingt-trois heures à La Réunion, neuf heures du matin en Polynésie française, six heures du matin du lendemain en Nouvelle-Calédonie et sept heures du matin du lendemain à Wallis-et-Futuna. En pratique, les stations construisent leur propre grille autour de leur propre heure de grande écoute, et le journal national n'y occupe pas la place qu'il occupe en métropole.
Quelle est la part d’audience des stations La 1ère ?+
Elle se mesure territoire par territoire et atteint des niveaux sans équivalent métropolitain. Guadeloupe La 1ère a mesuré 30,8 % de part d'audience, son meilleur niveau en douze ans, avec 75,4 % sur le journal du soir. Martinique La 1ère a mesuré 21,9 % sur la vague de septembre à novembre 2024, Réunion La 1ère 14,5 %. Ces chiffres proviennent des vagues Métridom de Médiamétrie, dont les périodes ne coïncident pas exactement : ils ne constituent pas une photographie simultanée des trois territoires.
Les Outre-mer reçoivent-ils les mêmes chaînes gratuites que la métropole ?+
Non. Depuis le lancement de la télévision numérique terrestre ultramarine le 30 novembre 2010 et l'extinction de l'analogique en 2011, l'offre gratuite reçue par l'antenne y est sensiblement plus réduite qu'en métropole : elle associe la station La 1ère du territoire, plusieurs chaînes nationales du service public, Arte, une chaîne d'information internationale et, selon le territoire, une ou deux chaînes locales privées. Le nombre exact varie d'un bassin à l'autre, et l'écart avec les vingt-cinq chaînes nationales gratuites de la métropole reste substantiel.
Existe-t-il des chaînes privées dans les Outre-mer ?+
Oui, et certaines sont anciennes. Antenne Réunion a été autorisée le 2 mars 1990 et a diffusé son premier journal le 18 mars 1991 : c'est la plus ancienne chaîne commerciale privée d'outre-mer, et la seule à disputer durablement la première place à une station publique. ATV Martinique a été autorisée le 5 juin 1992 et mise à l'antenne le 11 février 1993, avec des déclinaisons guadeloupéenne en 2014 et guyanaise en 2015, toutes trois rachetées par Médias du Sud en mai 2018 et intégrées au réseau Vià. Le groupe Canal+ opère par ailleurs des offres payantes dédiées dans les trois bassins.
Pourquoi le décalage horaire varie-t-il entre l’hiver et l’été ?+
Parce que huit des neuf territoires n'appliquent pas le changement d'heure, contrairement à la métropole. Leur heure locale ne bouge pas, mais celle de Paris avance d'une heure au printemps : leur écart avec la métropole varie donc d'une heure selon la saison, sans qu'ils aient rien changé. Saint-Pierre-et-Miquelon est la seule exception : il change d'heure selon le même calendrier que la métropole, et son décalage avec Paris reste constant à quatre heures toute l'année.
Combien de personnes travaillent dans le réseau ultramarin ?+
Le rapport de la délégation sénatoriale aux Outre-mer adopté le 9 avril 2019 recense 1 295 équivalents temps plein pour le réseau, contre 1 437 en 2012, soit un recul d'environ dix pour cent en sept ans. Aucun montant budgétaire isolé pour le pôle Outre-mer n'a pu être établi à partir de sources publiques : le rapport de la Cour des comptes du 23 septembre 2025 décrit le pôle comme une variable d'ajustement budgétaire sans publier de chiffre consolidé.
D’autres pays ont-ils une chaîne publique consacrée à leurs territoires lointains ?+
Les configurations diffèrent trop pour qu'une comparaison directe soit possible. Le Portugal et l'Espagne disposent d'antennes publiques insulaires — Madère, les Açores, les Canaries — mais avec un ou deux fuseaux d'écart seulement. Le Danemark a fait le choix inverse du modèle français : des diffuseurs publics distincts au Groenland et aux îles Féroé, et non un réseau intégré au groupe national. Les territoires britanniques d'outre-mer ne relèvent pas du périmètre de service public du diffuseur national. Aux États-Unis, Hawaï, Porto Rico ou Guam sont desservis par des stations affiliées locales, selon le principe général d'organisation du marché américain. Aucun pays ne gère un réseau audiovisuel public réparti sur autant de fuseaux horaires que la France.