OBSERVATOIRE — LANGUE ET AUDIOVISUEL 2026

40 % de chansons françaises à la radio, aucune obligation à la télévision

La loi impose le français à l'antenne depuis 1994. Elle n'impose ni le vocabulaire, ni un seul titre de chanson — et le régulateur ne peut sanctionner aucun anglicisme

Mis à jour en septembre 2026 — Sources : Légifrance, Arcom, Conseil constitutionnel

Loi de référence
1994
Loi du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française
Quota musical télévision
0 %
Aucune obligation de chansons francophones à l’antenne
Quota musical radio
40 %
Obligation légale sur les services hertziens
Exceptions légales
4
Versions originales, musique à texte étranger, langue étrangère, apprentissage

Une obligation forte, mal comprise

Le français est obligatoire à la télévision française. Ce n’est pas une figure de style : l’article 20-1 de la loi du 30 septembre 1986, issu de la loi du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française, impose son usage dans l’ensemble des émissions et des messages publicitaires, quel que soit le mode de diffusion. Mais cette obligation ne dit pas ce que la plupart des téléspectateurs croient qu’elle dit. Elle n’interdit pas les anglicismes. Elle n’impose aucune terminologie officielle aux chaînes privées. Elle ne fixe aucun quota de chansons francophones à l’antenne — alors que la radio, elle, en diffuse 40 % par obligation légale. Autrement dit : un groupe audiovisuel dont la radio doit compter quatre chansons françaises sur dix n’a, sur ses chaînes de télévision, strictement aucune obligation équivalente.

🇫🇷
Fondement constitutionnel
Article 2 de la Constitution
⚖️
Loi de référence
Loi du 4 août 1994
📺
Obligation à l’antenne
Article 20-1 de la loi de 1986
📝
Titres d’émissions
Recommandation du 18 janvier 2005
🛡️
Mission du régulateur
Article 3-1 : défense de la langue
🏛️
Autorité compétente
Arcom

Où le français est-il vraiment obligatoire ?

3/8

L'obligation d'emploi du français est générale, mais elle s'arrête à la porte de cinq catégories de contenus expressément exclues par le texte lui-même. Ces exceptions ne sont ni des tolérances ni des dérogations négociées : elles définissent la forme même de la règle.

Émissions produites et diffusées par la chaîneFrançais obligatoire
Plateaux, magazines, journaux, divertissements : l’usage du français s’impose à l’ensemble des émissions.
Messages publicitairesFrançais obligatoire
Les mentions en langue étrangère doivent être accompagnées d’une traduction aussi lisible, audible et intelligible que la mention d’origine.
Titres des émissions du service publicFrançais obligatoire
Les sociétés nationales de programme ne peuvent pas donner à leurs émissions un titre composé de termes étrangers, sous réserve de trois exceptions.
Œuvres cinématographiques en version originaleException légale
Un film diffusé en version originale sous-titrée ne contrevient à aucune obligation : l’exception est inscrite dans le texte lui-même.
Œuvres audiovisuelles en version originaleException légale
Même régime que pour le cinéma : les séries et téléfilms en version originale sont expressément hors du champ.
Œuvres musicales à texte étrangerException légale
Une chanson en anglais diffusée à l’antenne n’a jamais posé de difficulté juridique : les œuvres musicales sont exclues de l’obligation.
Programmes conçus pour être diffusés en langue étrangèreException légale
Les programmes intégralement pensés en langue étrangère, notamment à destination de publics non francophones, échappent à l’obligation.
Programmes d’apprentissage des languesException légale
L’objectif pédagogique justifie l’emploi de la langue enseignée : l’exception est expresse.

Lecture : 3 catégories sur 8 relèvent de l'obligation, 5 d'une exception écrite dans la loi. Ces 5 lignes correspondent à 4 exceptions au sens du texte : le cinéma et l'audiovisuel en version originale forment une seule et même exception, distinguée ici pour la lisibilité. Une soirée composée d'une série en version originale, d'un clip en anglais et d'un cours de langue peut donc se dérouler entièrement hors du champ de l'obligation, sans le moindre manquement.

Le quota de 40 % s'arrête à la porte de la télévision

Seuils juridiques, et non mesures d'antenne. Un même groupe audiovisuel peut être tenu de diffuser quatre chansons francophones sur dix sur ses radios hertziennes, et n'avoir strictement aucune obligation musicale sur ses chaînes de télévision. Le quota télévisé existe bien — mais il porte sur les œuvres, pas sur la musique.

Radio hertzienne — chansons d’expression française40 %
Obligation légale de diffusion, calculée sur le temps consacré à la musique de variétés aux heures d’écoute significative.
Radio hertzienne — nouveaux talents et nouvelles productions20 %
Sous-quota inclus dans le précédent : une partie de l’effort doit porter sur des artistes et des titres récents.
Radio — plafond anti-rotation50 %
Depuis 2016, si plus de la moitié des diffusions de chansons francophones se concentre sur les dix titres les plus programmés, les diffusions au-delà de ce seuil ne sont plus comptabilisées dans le quota.
Télévision — chansons d’expression française0 %
Aucun quota. Une chaîne de télévision peut diffuser exclusivement des chansons en langue étrangère sans manquer à la moindre obligation légale.
Télévision — œuvres d’expression originale française40 %
Le quota existe bien à la télévision, mais il porte sur les œuvres audiovisuelles et cinématographiques, pas sur la musique diffusée à l’antenne.

Lecture : la barre hachurée n'est pas un quota mais un plafond — le mécanisme anti-rotation introduit en 2016, qui neutralise les diffusions excédentaires concentrées sur les dix titres francophones les plus programmés. Le trait rouge, à zéro, est la valeur la plus commentée de ce graphique : c'est la seule ligne où le droit ne demande rien.

Six degrés de contrainte, du plus strict au plus libre

Indice éditorial TV.fr, en base 100. Il ordonne six situations selon la nature du texte applicable — interdiction, quota chiffré, obligation générale, recommandation, absence de règle. Ce n'est pas une mesure quantitative, mais une hiérarchie juridique rendue lisible.

1Télévision publique — titres d’émissions100
Interdiction de principe des titres composés de termes étrangers, assortie de trois exceptions limitativement énumérées.
2Radio hertzienne — programmation musicale88
Quota chiffré, contrôlé, assorti d’un mécanisme anti-contournement et susceptible de sanctions.
3Télévision — emploi du français à l’antenne70
Obligation générale d’emploi du français dans les émissions et messages publicitaires, mais sans seuil chiffré ni terminologie imposée.
4Télévision privée — titres d’émissions45
Simple recommandation d’effort, avec suggestion d’une traduction verbale ou visuelle du titre étranger pour la bonne compréhension du public.
5Télévision — vocabulaire et anglicismes25
Aucune obligation d’employer la terminologie officielle : le Conseil constitutionnel a écarté en 1994 son imposition aux personnes privées.
6Plateformes et services à la demande15
Le catalogue est soumis à des obligations d’exposition des œuvres européennes et francophones, mais la langue de l’interface et des contenus originaux relève très largement de l’éditeur.

Lecture : la situation la plus encadrée de tout le paysage n'est pas le contenu des programmes, mais leur nom — les titres d'émissions du service public, seul cas où le droit pose une interdiction. À l'autre extrémité, le vocabulaire employé à l'antenne, sur lequel aucune contrainte ne pèse : c'est pourtant le sujet qui suscite le plus de courriers du public.

Ce que la loi demande concrètement aux chaînes

6
L’emploi du français dans les émissions
Article 20-1 de la loi de 1986

L’usage du français est obligatoire dans l’ensemble des émissions et des messages publicitaires des services de radio et de télévision, quel que soit leur mode de diffusion. C’est la règle générale, et elle ne comporte que quelques exceptions expresses : versions originales, œuvres musicales à texte étranger, programmes conçus en langue étrangère et apprentissage des langues.

La traduction des mentions publicitaires
Loi du 4 août 1994

Une mention rédigée en langue étrangère dans un message publicitaire doit être accompagnée d’une traduction. Celle-ci doit être aussi lisible, audible et intelligible que la mention d’origine : une traduction reléguée en petits caractères ou prononcée à toute vitesse ne satisfait pas à l’obligation.

Les titres d’émissions du service public
Recommandation du 18 janvier 2005

Les sociétés nationales de programme ne peuvent pas attribuer à leurs émissions un titre composé de termes étrangers. Trois exceptions sont prévues : les titres de programmes dont elles ont acquis les droits de diffusion et dont la conception leur échappe, ceux composés d’un terme étranger sans équivalent français, et ceux déposés comme marque avant le 7 août 1994.

L’effort demandé aux chaînes privées
Recommandation du 18 janvier 2005

Pour les éditeurs privés, le régulateur ne pose pas d’interdiction mais demande un effort d’emploi du français dans les titres. Lorsqu’un titre étranger est retenu, il recommande une traduction verbale ou visuelle, afin que le public comprenne de quoi il s’agit.

La mission générale du régulateur
Article 3-1 de la loi de 1986

L’autorité de régulation veille à la défense et à l’illustration de la langue et de la culture françaises. Cette mission générale sert de fondement à ses interventions pédagogiques — courriers aux éditeurs, bilans annuels, échanges avec les instances de la francophonie — davantage qu’à une politique de sanction.

La place des langues régionales
Cahiers des charges et conventions

L’obligation d’emploi du français n’exclut pas les langues régionales : leur expression à l’antenne est prévue par les textes applicables au service public et figure dans les engagements de plusieurs éditeurs, en particulier dans les antennes régionales et ultramarines.

Cinq siècles de politique linguistique, en huit textes

8
TexteDateObjetPortée
Ordonnance de Villers-Cotterêts1539Le français langue des actes officielsPoint de départ symbolique d’une politique linguistique d’État, bien antérieure à tout média audiovisuel.
Loi n° 75-1349 dite loi Bas-Lauriol31 déc. 1975Premier texte général sur l’emploi du françaisImpose le français dans la publicité et l’information du consommateur ; contrôle jugé peu efficace.
Révision constitutionnelle25 juin 1992Article 2 : « La langue de la République est le français »Donne un fondement constitutionnel à la législation linguistique ultérieure.
Loi n° 94-665 dite loi Toubon4 août 1994Emploi de la langue françaiseTexte de référence : publicité, information du consommateur, travail, enseignement et audiovisuel.
Décision du Conseil constitutionnel n° 94-345 DC29 juil. 1994Contrôle de la loi ToubonValide l’essentiel du texte mais écarte l’obligation, pour les personnes privées, d’employer la terminologie officielle.
Article 20-1 de la loi du 30 septembre 1986En vigueurEmploi du français dans les émissions et la publicitéObligation générale, assortie d’exceptions expresses pour les versions originales et les œuvres musicales.
Recommandation n° 2005-2 du 18 janvier 200518 janv. 2005Emploi de la langue française par voie audiovisuelleTitres d’émissions : interdiction pour le service public, effort recommandé et traduction pour le secteur privé.
Loi n° 2016-925 du 7 juillet 20167 juil. 2016Plafond anti-rotation des quotas radioNeutralise les diffusions concentrées sur les dix titres francophones les plus programmés au-delà de la moitié du total.

Lecture : une seule ligne de ce tableau explique pourquoi aucune chaîne n'a jamais été sanctionnée pour un anglicisme — la décision du 29 juillet 1994, qui a écarté l'obligation d'employer la terminologie officielle pour les personnes privées.

De Villers-Cotterêts au flux mondialisé

12
1539

Villers-Cotterêts, l’acte fondateur

L’ordonnance de Villers-Cotterêts impose le français dans les actes de justice et d’administration. Quatre siècles et demi avant la télévision, la France inaugure une tradition singulière : la langue y est un objet de droit, pas seulement un usage.

1975

La loi Bas-Lauriol, un premier essai

La loi du 31 décembre 1975 impose l’emploi du français dans la publicité et l’information du consommateur. Son application se révèle décevante, faute de mécanismes de contrôle véritablement dissuasifs. Elle prépare pourtant le terrain juridique de 1994.

1986

La loi sur la liberté de communication

La loi du 30 septembre 1986 confie au régulateur de l’audiovisuel une mission qui deviendra le fondement de toute son action linguistique : veiller à la défense et à l’illustration de la langue et de la culture françaises. Une mission large, générale, sans seuil chiffré.

1992

Le français entre dans la Constitution

La révision constitutionnelle du 25 juin 1992 ajoute à l’article 2 une phrase appelée à être abondamment citée : « La langue de la République est le français. » Elle donne un socle constitutionnel à la loi qui viendra deux ans plus tard.

1994

La loi Toubon et sa date-butoir

La loi du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française devient le texte de référence. Elle fixe aussi, sans qu’on y prête attention, une date qui restera dans le droit audiovisuel : les titres déposés comme marque avant le 7 août 1994 échappent à l’interdiction des titres étrangers pour le service public.

1994

Le Conseil constitutionnel pose une limite décisive

Par sa décision du 29 juillet 1994, le Conseil constitutionnel valide l’essentiel de la loi mais écarte l’obligation faite aux personnes privées d’employer la terminologie officielle. Cette réserve explique à elle seule pourquoi aucune chaîne ne peut être sanctionnée pour un anglicisme : la liberté d’expression protège le choix des mots.

1996

Le dispositif d’enrichissement de la langue

Un dispositif interministériel organise la création et la publication d’équivalents français pour les termes techniques étrangers. Ces termes s’imposent aux services de l’État ; ils sont proposés, et non imposés, aux médias privés. La distinction est au cœur de tous les malentendus sur le sujet.

2005

La recommandation du 18 janvier sur les titres

Le régulateur précise ce que l’obligation signifie concrètement pour les noms d’émissions. Interdiction pour les sociétés nationales de programme, sauf droits acquis, absence d’équivalent français ou marque antérieure au 7 août 1994. Pour le privé : un effort recommandé et, à défaut, une traduction verbale ou visuelle du titre.

2016

Le plafond anti-rotation, ou le quota du quota

La loi du 7 juillet 2016 corrige un contournement bien connu des quotas radio : diffuser en boucle une poignée de titres francophones. Si plus de la moitié des diffusions se concentre sur les dix chansons les plus programmées, les diffusions excédentaires cessent d’être comptabilisées. Rien de comparable n’existe à la télévision, faute de quota à contourner.

2018-2021

Le régulateur ajuste le régime radiophonique

Deux délibérations successives précisent les engagements des services de radio en matière de chansons d’expression française et de nouveaux talents. Le contraste avec la télévision, où aucun engagement musical de ce type n’existe, devient plus visible à mesure que les plateformes musicales redistribuent les usages.

2022

L’Arcom hérite de la mission linguistique

La fusion du régulateur de l’audiovisuel et de l’autorité chargée des droits sur internet transfère à l’Arcom la mission de défense de la langue française, désormais exercée sur un périmètre élargi aux plateformes. Les courriers du public sur le sujet portent très majoritairement sur les emprunts jugés inutiles à l’anglais.

2026

Une obligation générale dans un paysage éclaté

Trente ans après la loi Toubon, l’obligation d’emploi du français reste inchangée à l’antenne, tandis que l’essentiel de l’exposition musicale et d’une partie de l’offre audiovisuelle s’est déplacé vers des services où elle ne s’applique pas de la même manière. Le droit vise toujours le même écran ; le public, lui, en a changé.

Six mécanismes pour comprendre le dispositif

6

Une obligation de langue, pas une obligation de vocabulaire

Mécanisme structurel

La loi impose que l’on parle français à la télévision. Elle n’impose pas de parler un certain français. Le Conseil constitutionnel a écarté en 1994 l’obligation, pour les personnes privées, d’employer la terminologie officielle : les équivalents publiés sont donc proposés aux chaînes, pas prescrits. C’est la raison pour laquelle un anglicisme, si répandu soit-il, ne constitue pas un manquement.

Le grand écart entre la radio et la télévision

Idée reçue tenace

Sur la musique, les deux médias relèvent de logiques opposées. La radio hertzienne est soumise à un quota chiffré de chansons d’expression française, contrôlé et sanctionnable, complété depuis 2016 par un plafond anti-rotation. La télévision, elle, n’a aucune obligation musicale de ce type. Un même groupe peut donc être tenu à 40 % de chansons françaises sur ses radios et à rien du tout sur ses chaînes.

Le service public est plus contraint que le privé

Mécanisme structurel

Sur les titres d’émissions, la règle n’est pas la même selon l’éditeur. Les sociétés nationales de programme ont interdiction de recourir à des termes étrangers, sauf trois exceptions précises. Les chaînes privées ne se voient adresser qu’une recommandation d’effort, assortie d’une suggestion de traduction. La contrainte suit ici le financement public, pas l’audience.

La version originale n’a jamais été menacée

À nuancer

L’exception en faveur des œuvres cinématographiques et audiovisuelles en version originale figure dans le texte lui-même. Elle n’est ni une tolérance ni une dérogation négociée : c’est une limite intrinsèque de l’obligation. La diffusion d’un film en version sous-titrée n’a donc jamais posé de difficulté au regard de la législation linguistique.

La publicité, terrain le plus opérationnel

À nuancer

C’est en publicité que l’obligation produit ses effets les plus tangibles : toute mention en langue étrangère doit être accompagnée d’une traduction aussi lisible, audible et intelligible que l’original. Cette exigence de qualité de la traduction, et non seulement de son existence, rend la règle contrôlable — contrairement à l’obligation générale d’emploi du français, difficile à mesurer.

Une régulation pédagogique plutôt que répressive

À nuancer

Sur ce sujet, le régulateur agit surtout par la recommandation, le rappel et le bilan public. Le contentieux linguistique est rare, alors que le courrier du public est abondant et porte massivement sur les emprunts à l’anglais. Cet écart entre l’attente sociale et l’outil juridique disponible est la caractéristique la plus constante du dossier depuis trente ans.

Six idées reçues sur le français à l'antenne

6
Idée reçue tenace

« L’Arcom peut sanctionner une chaîne pour un anglicisme »

Non. L’obligation porte sur l’emploi du français, pas sur la pureté du vocabulaire. Le Conseil constitutionnel a écarté en 1994 l’obligation, pour les personnes privées, d’employer la terminologie officielle : les équivalents publiés par les instances compétentes s’imposent aux services de l’État, pas aux éditeurs privés. Le régulateur peut écrire, alerter, publier un bilan ; il ne peut pas sanctionner un mot.

Idée reçue tenace

« Il existe un quota de chansons françaises à la télévision »

Il n’en existe aucun. Le quota de 40 % de chansons d’expression française, dont une part réservée aux nouveaux talents, s’applique aux radios hertziennes. Une chaîne de télévision peut consacrer l’intégralité de sa programmation musicale à des titres en langue étrangère sans manquer à la moindre obligation. Les quotas télévisés existent bien, mais ils portent sur les œuvres audiovisuelles et cinématographiques, pas sur la musique.

À nuancer

« Diffuser un film en version originale est contraire à la loi »

L’exception est écrite noir sur blanc. Les œuvres cinématographiques et audiovisuelles en version originale sont expressément exclues de l’obligation d’emploi du français, au même titre que les œuvres musicales à texte étranger, les programmes conçus pour être diffusés en langue étrangère et les programmes d’apprentissage des langues.

Mécanisme structurel

« Une chaîne publique peut appeler son émission comme elle veut »

C’est le cas le plus contraint de tout le dispositif. Les sociétés nationales de programme ne peuvent pas donner à leurs émissions un titre composé de termes étrangers. Trois exceptions seulement : les programmes dont elles ont acheté les droits et dont la conception leur échappe, les termes sans équivalent français, et les titres déposés comme marque avant le 7 août 1994.

À nuancer

« La loi Toubon vise surtout la télévision »

L’audiovisuel n’en est qu’un volet. La loi du 4 août 1994 organise l’emploi du français dans la publicité et l’information du consommateur, dans le monde du travail, dans l’enseignement, dans les colloques et les publications scientifiques financés sur fonds publics. Pour la télévision, l’essentiel du dispositif passe par l’article 20-1 de la loi de 1986 et par la recommandation de 2005.

À nuancer

« Les plateformes sont soumises exactement aux mêmes règles »

Les services de médias audiovisuels à la demande établis en France relèvent d’obligations d’exposition des œuvres européennes et d’expression originale française, et le régulateur a vu son périmètre s’élargir. Mais l’architecture n’est pas identique à celle de l’antenne : la langue de l’interface, celle des contenus originaux et les modalités de mise en avant relèvent très largement de choix éditoriaux, sans équivalent du régime des titres d’émissions.

Six politiques linguistiques comparées

6

La France n'est ni le pays le plus strict ni le plus permissif. Le Québec va plus loin sur l'ensemble de la vie publique ; l'Islande obtient des résultats sans contrainte, par la fabrication continue de mots disponibles. Deux stratégies opposées pour un même objectif.

🇫🇷
France
Obligation générale, quota musical réservé à la radio

Emploi du français obligatoire dans les émissions et la publicité, avec exceptions pour les versions originales. Quota de 40 % de chansons francophones à la radio, aucun équivalent à la télévision. Régime plus strict pour les titres d’émissions du service public.

🇨🇦
Québec
Charte de la langue française

La politique linguistique québécoise est la plus complète de l’espace francophone : elle couvre l’affichage, le travail, le commerce et la vie publique, et a été renforcée en 2022. La radiodiffusion relève toutefois du régulateur fédéral, ce qui crée une articulation particulière entre les deux niveaux de règles.

🇧🇪
Belgique
Compétence des Communautés

La régulation audiovisuelle est exercée par chaque Communauté linguistique, avec pour la Communauté française des obligations de diffusion d’œuvres et de musique francophones inscrites dans les conventions des éditeurs.

🇪🇸
Espagne
Langues co-officielles et quotas régionaux

Aux obligations nationales s’ajoutent celles des communautés autonomes, qui imposent la présence des langues co-officielles — catalan, basque, galicien — dans les médias audiovisuels de leur territoire, avec des seuils chiffrés dans plusieurs cas.

🇵🇱
Pologne
Loi sur la langue polonaise

Une loi générale sur la protection de la langue nationale encadre l’emploi du polonais dans la vie économique et la publicité, sur un modèle proche de la logique française d’obligation générale assortie d’exceptions.

🇮🇸
Islande
Politique de néologie systématique

Le pays est réputé pour la création méthodique d’équivalents nationaux plutôt que l’emprunt, portée par des institutions dédiées et fortement relayée par les médias publics. Le levier n’est pas la sanction mais la fabrication permanente de mots disponibles.

Citer cette page

Cette page est mise à disposition sous licence Creative Commons BY-SA 4.0. Journalistes, chercheurs, enseignants, étudiants en droit des médias, linguistes et professionnels de l'audiovisuel peuvent en reprendre les données et les graphiques en citant la source.

TV.fr, « La langue française à la télévision : obligations, exceptions et le quota qui n'existe pas », Observatoire TV.fr, septembre 2026. https://www.tv.fr/observatoire/langue-francaise-television

Méthodologie et sources

Périmètre

Cette page porte sur le régime juridique de la langue à la télévision française : obligation d’emploi du français, exceptions légales, régime des titres d’émissions, et comparaison avec le régime musical applicable à la radio. Elle ne traite ni du doublage et du sous-titrage comme industrie, ni de l’accessibilité des programmes aux personnes sourdes ou malentendantes, qui font l’objet de pages distinctes de l’Observatoire.

Origine des données

L’obligation d’emploi du français à l’antenne est celle de l’article 20-1 de la loi du 30 septembre 1986, dans sa rédaction issue de la loi du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française. La mission de défense et d’illustration de la langue et de la culture françaises figure à l’article 3-1 de la même loi. Le régime des titres d’émissions est celui de la recommandation n° 2005-2 du 18 janvier 2005. Les quotas radiophoniques et le plafond anti-rotation relèvent de l’article 28 de la loi de 1986, modifié par la loi du 7 juillet 2016, et des délibérations du régulateur des 25 avril 2018 et 8 décembre 2021. La limite posée à l’imposition de la terminologie officielle aux personnes privées résulte de la décision du Conseil constitutionnel du 29 juillet 1994.

Indicateurs construits

Deux indicateurs sont construits par TV.fr et signalés comme tels. Le premier est un indice binaire d’obligation par catégorie de contenu, qui vaut 100 lorsque le français est requis et 0 lorsqu’une exception légale s’applique ; il sert à visualiser d’un coup d’œil qu’une majorité des catégories examinées relève d’exceptions. Le second est un indice de contrainte linguistique en base 100, qui ordonne six situations de la plus encadrée à la moins encadrée : c’est une appréciation éditoriale fondée sur la nature des textes applicables — interdiction, quota chiffré, obligation générale, recommandation, absence de règle — et non une mesure quantitative. Les pourcentages du graphique consacré aux quotas sont, eux, des seuils juridiques et non des mesures d’antenne. Précision de comptage : le texte prévoit quatre exceptions, mais le graphique en affiche cinq lignes, le cinéma et l’audiovisuel en version originale relevant d’une même exception qui a été dédoublée pour la lisibilité.

Précautions de lecture

Les seuils radiophoniques cités correspondent au régime général applicable aux services hertziens ; des modulations existent selon les catégories de radios et les engagements souscrits par chaque éditeur. Le régime des titres d’émissions distingue les sociétés nationales de programme des autres éditeurs : les règles décrites ne sont pas transposables d’une catégorie à l’autre. Enfin, l’absence de quota musical à la télévision ne signifie pas absence de toute obligation de création : les quotas d’œuvres européennes et d’expression originale française existent bien, mais portent sur les œuvres audiovisuelles et cinématographiques.

Sources mobilisées
1
Article 2 de la Constitution
« La langue de la République est le français », phrase introduite par la révision constitutionnelle du 25 juin 1992, socle de la législation linguistique postérieure.
2
Loi n° 94-665 du 4 août 1994
Loi relative à l’emploi de la langue française, dite loi Toubon : publicité, information du consommateur, travail, enseignement et audiovisuel ; obligation de traduction des mentions étrangères.
3
Loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986, articles 3-1, 20-1 et 28
Mission de défense et d’illustration de la langue et de la culture françaises confiée au régulateur ; obligation d’emploi du français dans les émissions et les messages publicitaires ; régime des quotas de chansons à la radio.
4
Recommandation n° 2005-2 du 18 janvier 2005
Recommandation relative à l’emploi de la langue française par voie audiovisuelle : interdiction des titres composés de termes étrangers pour les sociétés nationales de programme, avec trois exceptions ; effort et traduction recommandés pour les éditeurs privés.
5
Décision du Conseil constitutionnel n° 94-345 DC du 29 juillet 1994
Décision validant la loi du 4 août 1994 tout en écartant l’obligation, pour les personnes privées, d’employer la terminologie officielle : fondement de l’impossibilité de sanctionner un anglicisme.
6
Loi n° 2016-925 du 7 juillet 2016 et délibérations Arcom
Introduction du plafond anti-rotation des quotas de chansons francophones à la radio ; délibérations des 25 avril 2018 et 8 décembre 2021 relatives aux engagements des services de radio.
Mise à jour
Septembre 2026
Couverture
France — 1539-2026
Licence
CC BY-SA 4.0

Contact presse : journalistes, chercheurs, enseignants et étudiants souhaitant des éléments complémentaires sur les obligations linguistiques applicables à l'audiovisuel peuvent contacter presse@tv.fr.

Questions fréquentes

9
Le français est-il obligatoire à la télévision française ?+

Oui. L’article 20-1 de la loi du 30 septembre 1986, issu de la loi du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française, impose l’usage du français dans l’ensemble des émissions et des messages publicitaires des services de radio et de télévision, quel que soit leur mode de diffusion. Cette obligation comporte des exceptions expresses : œuvres cinématographiques et audiovisuelles en version originale, œuvres musicales à texte étranger, programmes conçus pour être diffusés en langue étrangère et programmes d’apprentissage des langues.

Une chaîne peut-elle être sanctionnée pour avoir employé des anglicismes ?+

Non. L’obligation porte sur l’emploi du français, pas sur le choix des mots. Le Conseil constitutionnel a jugé le 29 juillet 1994 que l’on ne pouvait pas imposer aux personnes privées l’usage de la terminologie officielle : les équivalents français publiés par les instances compétentes s’imposent aux services de l’État, mais sont seulement proposés aux éditeurs privés. Le régulateur peut alerter et publier des bilans ; il ne peut pas transformer un emprunt à l’anglais en manquement.

Existe-t-il un quota de chansons françaises à la télévision ?+

Non, et c’est l’asymétrie la plus méconnue du droit audiovisuel français. Le quota de 40 % de chansons d’expression française, dont au moins la moitié consacrée à des nouveaux talents ou de nouvelles productions, s’applique aux radios diffusées par voie hertzienne. Aucune obligation équivalente ne pèse sur les chaînes de télévision, qui peuvent programmer exclusivement des titres en langue étrangère.

Qu’est-ce que le plafond anti-rotation ?+

C’est un correctif introduit par la loi du 7 juillet 2016 pour empêcher qu’un quota soit satisfait en diffusant en boucle une poignée de titres. Si plus de la moitié du total des diffusions de chansons francophones d’une radio se concentre sur les dix titres qu’elle programme le plus, les diffusions au-delà de ce seuil ne sont plus comptabilisées dans le quota. Ce mécanisme n’a pas d’équivalent à la télévision, faute de quota musical à protéger.

Pourquoi certaines émissions ont-elles des titres en anglais ?+

Parce que la règle diffère selon l’éditeur. Les sociétés nationales de programme ne peuvent pas donner à leurs émissions un titre composé de termes étrangers, sauf dans trois cas : programme dont elles ont acquis les droits et dont la conception leur échappe, terme étranger sans équivalent français, ou titre déposé comme marque avant le 7 août 1994. Les chaînes privées, elles, ne font l’objet que d’une recommandation d’effort, avec la suggestion de traduire verbalement ou visuellement le titre retenu.

La diffusion en version originale est-elle concernée ?+

Non. Les œuvres cinématographiques et audiovisuelles diffusées en version originale sont expressément exclues de l’obligation par le texte lui-même. Il ne s’agit pas d’une tolérance mais d’une limite intrinsèque de la règle. Il en va de même pour les œuvres musicales dont le texte est en tout ou partie en langue étrangère.

Quelles sont les obligations en matière de publicité ?+

C’est le terrain le plus concret. Une mention rédigée en langue étrangère dans un message publicitaire doit être accompagnée d’une traduction, et cette traduction doit être aussi lisible, audible et intelligible que la mention d’origine. L’exigence porte donc sur la qualité de l’information et pas seulement sur son existence formelle : une traduction illisible ou inaudible ne satisfait pas à l’obligation.

Les langues régionales ont-elles leur place à l’antenne ?+

Oui. L’obligation d’emploi du français ne s’oppose pas à l’expression des langues régionales, dont la présence est prévue par les textes applicables au service public et figure dans les engagements de plusieurs éditeurs, notamment dans les antennes régionales et ultramarines. Les deux logiques ne sont pas concurrentes : l’une fixe une langue commune, l’autre reconnaît une diversité de langues du territoire.

Les plateformes de vidéo à la demande sont-elles soumises aux mêmes règles ?+

Partiellement. Les services établis en France sont soumis à des obligations d’investissement et d’exposition des œuvres européennes et d’expression originale française, et le périmètre du régulateur s’est élargi aux services numériques. Mais le régime n’est pas identique à celui de l’antenne : il n’existe pas d’équivalent des règles applicables aux titres d’émissions, et la langue des contenus originaux relève largement de choix éditoriaux propres à chaque service.

Explorer aussi

Le doublage à la française
L’industrie qui fabrique la version française des programmes étrangers
Les quotas de production
60 % d’œuvres européennes, 40 % d’expression originale française
L’audiovisuel extérieur
France 24, RFI, TV5Monde : la francophonie à l’écran dans le monde
La télévision régionale
Antennes locales, décrochages et langues régionales à l’antenne
L’Arcom, le régulateur
Missions, pouvoirs de sanction et limites de l’autorité
L’accessibilité de la TV
Sous-titrage, audiodescription et langue des signes française

Toutes les chaînes

Voir toutes les chaînes →