Le livre à la télévision : un genre en voie de raréfaction
La littérature à la télévision a connu son âge d'or entre 1975 et 1990 avec Apostrophes, où Bernard Pivot faisait et défaisait les succès de librairie le vendredi soir sur Antenne 2 devant 3 à 5 millions de téléspectateurs. L'« effet Pivot » est devenu proverbial : un auteur invité voyait ses ventes bondir dans les jours suivants. Depuis, le genre s'est raréfié : Bouillon de culture (1991-2001), puis La Grande Librairie sur France 5 depuis 2008, présentée par François Busnel puis par Augustin Trapenard, seule émission littéraire du prime time de la télévision française avec environ 450 000 téléspectateurs. Cet observatoire propose une vue d'ensemble chiffrée de ces émissions, de leurs formats, de leurs dates et de leurs audiences, dans une perspective utile aux journalistes, éditeurs et chercheurs en médias.
Les émissions qui ont marqué le genre
6Six émissions concentrent l'histoire de la télévision littéraire française. Les dates sont celles de diffusion rapportées par les références publiques ; les audiences sont données quand elles sont documentées.
Lectures pour tous
Lancée en 1953 par Pierre Dumayet et Pierre Desgraupes, c'est la première grande émission littéraire de la télévision française. Elle invente la rencontre entre un écrivain et la caméra.
Italiques
Marc Gilbert propose à l'ORTF un « talk-show à l'américaine » centré sur les livres : l'émission préfigure le format qui fera le succès d'Apostrophes.
Ouvrez les guillemets
Bernard Pivot débute à la télévision sur la première chaîne de l'ORTF avec cette émission de deux saisons, banc d'essai de son futur grand succès.
Apostrophes
724 émissions de 70 minutes, le vendredi soir sur Antenne 2, de quatre ou cinq auteurs réunis autour de Bernard Pivot ou d'un écrivain invité seul. Le record de longévité d'une émission culturelle de l'époque.
Bouillon de culture
Après Caractères (septembre 1990), Pivot lance Bouillon de culture sur France 2, qui élargit le propos à tous les arts (théâtre, cinéma, musique, essais) jusqu'en 2001.
La Grande Librairie
Lancée le 4 septembre 2008 sur France 5 par François Busnel, reprise par Augustin Trapenard le 7 septembre 2022. Elle hérite de l'esprit d'Apostrophes et reste « l'émission la plus influente sur les ventes de livres ».
Durées et audiences en chiffres
Les durées de vie sont calculées par TV.fr (2026 pour les émissions encore diffusées). Les audiences d'Apostrophes sont des fourchettes rapportées par les sources publiques, jamais des moyennes exactes ; nous les affichons donc comme telles.
Durée de vie des émissions littéraires (années)
Nombre d'années entre la première et la dernière diffusion (2026 pour La Grande Librairie, toujours à l'antenne).
Audience rapportée (milliers de téléspectateurs)
Apostrophes : fourchette de 3 à 5 millions et pic à 6 millions. La Grande Librairie : environ 450 000 téléspectateurs en moyenne. Les deux ne sont pas mesurées avec la même technologie : Médiamétrie a évolué, notamment avec l'intégration du replay.
Durée d'un numéro (minutes)
Les formats se sont allongés : La Grande Librairie est passée de 60 à 90 minutes en septembre 2014.
Années à la présentation (années)
Les trois visages de la télévision littéraire sur la durée.
Chronologie : de 1953 à aujourd’hui
13Sept décennies d'émissions littéraires, de Dumayet à Trapenard : une histoire qui tient en une dizaine de rendez-vous.
Lectures pour tous
Pierre Dumayet et Pierre Desgraupes inaugurent la littérature à la télévision : l'émission durera jusqu'en 1968.
Italiques
Marc Gilbert importe le talk-show à l'américaine sur les livres à l'ORTF, un an avant que le mot « talk-show » n'entre en français (1972, selon le lexicologue Jean Tournier).
Ouvrez les guillemets
Bernard Pivot présente deux saisons de cette émission sur la première chaîne de l'ORTF (1973-1974).
Apostrophes : le premier numéro
Le 10 janvier 1975, Pivot lance Apostrophes sur Antenne 2. Parmi les invités de la première année figure Vladimir Nabokov, assis à son bureau entouré de livres.
Soljenitsyne
L'écrivain est interrogé depuis son domicile du Vermont sur son expérience du goulag : un des plus grands moments de la télévision littéraire.
Le Bukowski d'Apostrophes
Charles Bukowski, visiblement ivre, insulte l'animateur et quitte le plateau : l'épisode devient un classique de l'histoire de la télévision.
Marguerite Duras
Un numéro spécial consacré à L'Amant est rediffusé lorsque Duras obtient le prix Goncourt.
Dernier numéro, 724 émissions
Apostrophes s'arrête en 1990 après 15 ans d'antenne, remplacée par Caractères en septembre 1990.
Bouillon de culture
Pivot présente le magazine culturel de France 2 jusqu'en 2001, élargissant le propos aux autres arts.
La Grande Librairie
Le 4 septembre 2008, François Busnel lance l'émission sur France 5 ; le dessinateur Jul réalise des caricatures en direct pendant les quatre premières saisons (2008-2012).
Passage à 90 minutes
En septembre 2014, la durée de l'émission passe de 60 à 90 minutes ; elle migre vers le mercredi à 20 h 55 à partir de 2018.
500e numéro et passage de relais
Le 7 septembre 2022, Augustin Trapenard succède à François Busnel pour le 500e numéro.
Disparition de Bernard Pivot
Bernard Pivot meurt le 6 mai 2024 à 89 ans, ce qui ravive le débat sur la place des livres à la télévision.
Les moments qui ont fait date à l’antenne
Quatre épisodes illustrent la puissance du livre à l'écran, de la poésie aux scandales : ils sont devenus des références pour les historiens de la télévision.
Nabokov, 1975
Vladimir Nabokov est reçu à son bureau entouré de livres ; ses questions lui sont communiquées à l'avance en raison de la contrainte de langue. L'émission installe d'emblée le style d'Apostrophes : un face-à-face lent, sans artifice.
Soljenitsyne, 1976
Interrogé à son domicile du Vermont, l'auteur de L'Archipel du Goulag s'exprime longuement sur l'expérience des camps. Ce numéro est resté un temps fort de l'information culturelle à la télévision.
Bukowski, 1978
Charles Bukowski arrive ivre, insulte Pivot et quitte la scène en cours d'émission. L'épisode, entré dans la légende, rappelle que le direct comporte une part d'imprévu.
Duras, 1984
Le numéro consacré à L'Amant est rediffusé lorsque Marguerite Duras reçoit le prix Goncourt : preuve que la télévision accompagne la consécration littéraire.
Deux âges, deux modèles : Apostrophes et La Grande Librairie
4Entre Apostrophes (1975-1990) et La Grande Librairie (depuis 2008), la télévision littéraire a changé d'échelle : l'audience a été divisée par plus de six tout en conservant une influence éditoriale majeure.
Apostrophes
70 minutes, 3 à 5 millions de téléspectateurs (pic à 6 millions) : la littérature en prime time d'une chaîne généraliste, avec la figure tutélaire de Bernard Pivot.
La Grande Librairie
90 minutes, environ 450 000 téléspectateurs : audience plus modeste, mais influence éditoriale reconnue comme la plus forte sur les ventes de livres.
Un animateur, puis plusieurs
Apostrophes reposait sur un seul animateur, après le départ d'un coprésentateur ; La Grande Librairie a connu deux présentateurs en dix-huit ans.
Émissions décentralisées
La Grande Librairie a organisé des numéros hors plateau : Dakar (2009), New York (2010), Lyon, Rouen et Le Somail, une mise en scène absente d'Apostrophes.
Idées reçues et réalités
6L'« effet Pivot » est réel
Les sources décrivent une hausse rapide des ventes après un passage à Apostrophes, au point d'influencer les décisions des éditeurs. L'effet est plus difficile à mesurer aujourd'hui.
L'audience a été divisée par plus de six
De 3 à 5 millions de téléspectateurs à environ 450 000 : l'écart reflète la fragmentation de l'offre autant qu'un désintérêt pour la lecture.
La Grande Librairie est unique en prime time
Elle est présentée comme la seule émission littéraire du prime time de la télévision française.
Les formats s'allongent
De 60 à 90 minutes pour La Grande Librairie depuis septembre 2014, quand Apostrophes tenait en 70.
Le talk-show littéraire est une invention française
Italiques (1971) puis Apostrophes (1975) adaptent à la littérature le format importé des États-Unis ; le mot « talk-show » n'entre en français qu'en 1972.
Les mesures d'audience ne sont pas comparables
Entre 1975 et 2026, la mesure de l'audience a changé (audimat, Médiamétrie, replay). Les comparaisons doivent rester prudentes.
Comment citer ces données
Citation recommandée
Les données de cet observatoire, synthétisées à partir de sources publiques, peuvent être reprises et citées librement, sous réserve de mention de la source (TV.fr). Licence Creative Commons BY-SA 4.0.
Méthodologie et sources
5Cet observatoire synthétise des données publiques sur les émissions littéraires de la télévision française. Les dates et durées viennent de Wikipédia (Apostrophes, La Grande Librairie, « Talk-show ») et des références de l'INA ; les durées de vie sont calculées par TV.fr (2026 pour les émissions encore diffusées). Les audiences d'Apostrophes sont des fourchettes rapportées (3 à 5 millions, pic à 6 millions) et non des moyennes exactes ; celles de La Grande Librairie sont des ordres de grandeur. Médiamétrie n'a pas publié de séries comparables sur cinquante ans : les comparaisons entre 1975 et 2026 doivent rester prudentes. Les dates exactes de fin de certaines émissions (Lectures pour tous, Bouillon de culture) sont arrondies à l'année.
Contact presse : journalistes, chercheurs et étudiants souhaitant des éléments complémentaires peuvent contacter presse@tv.fr.
Questions fréquentes
7Combien d'émissions d'Apostrophes y a-t-il eu ?+
Apostrophes a compté 724 émissions entre le 10 janvier 1975 et 1990, diffusées le vendredi soir sur Antenne 2 (devenue France 2). Elle était présentée par Bernard Pivot et durait environ 70 minutes. Elle est restée comme un record de longévité pour une émission culturelle de l'époque.
Quelle était l'audience d'Apostrophes ?+
Les sources rapportent une audience de 3 à 5 millions de téléspectateurs, avec un pic à 6 millions. Ces chiffres sont des fourchettes publiées, pas des moyennes mesurées de façon comparable à celles d'aujourd'hui. La part d'audience dépassait 12 % en 1983 selon une source, un chiffre à manier avec prudence.
Qu'est-ce que l'« effet Pivot » ?+
C'est l'envolée des ventes d'un livre après le passage de son auteur à Apostrophes. Les éditeurs en tenaient compte dans leurs décisions. L'expression est restée pour désigner l'influence d'une émission télévisée sur les ventes de livres, que La Grande Librairie perpétue aujourd'hui à une échelle plus modeste.
Quand La Grande Librairie a-t-elle été lancée ?+
Le 4 septembre 2008 sur France 5, à l'initiative de François Busnel, qui l'a présentée jusqu'en 2022. Augustin Trapenard lui a succédé le 7 septembre 2022, pour le 500e numéro. L'émission, d'abord diffusée le jeudi pendant 60 minutes, passe à 90 minutes en septembre 2014 et au mercredi à 20 h 55 depuis 2018.
Combien de téléspectateurs regarde La Grande Librairie ?+
Environ 450 000 en moyenne selon les références publiques. Elle est présentée comme la seule émission littéraire du prime time de la télévision française et comme l'émission la plus influente sur les ventes de livres.
Quelle a été la première émission littéraire de la télévision française ?+
Lectures pour tous, lancée en 1953 par Pierre Dumayet et Pierre Desgraupes, est généralement citée comme la première grande émission littéraire. Elle a duré jusqu'en 1968. Apostrophes en a repris l'ambition dans un format de talk-show à partir de 1975.
Pourquoi l'épisode Bukowski est-il célèbre ?+
Le 22 septembre 1978, Charles Bukowski est apparu visiblement ivre sur le plateau d'Apostrophes, a insulté Bernard Pivot et a quitté l'émission en cours de route. L'épisode est devenu un classique des archives télévisées françaises et l'un des plus cités quand on évoque Apostrophes.