Regarder la TV, quel impact ?
Regarder la télévision et le streaming a un coût environnemental. Selon l'étude de référence menée par l'ADEME et l'Arcom, le numérique représente de l'ordre de 2,5 % de l'empreinte carbone de la France, une part appelée à croître. La vidéo — TV linéaire, replay, streaming — concentre l'essentiel des usages et du trafic de données. Mais contrairement à une idée reçue, l'essentiel de l'impact ne vient pas du visionnage lui-même : il provient de la fabrication des équipements (téléviseurs, box, smartphones). Cet observatoire décrypte, chiffres à l'appui, l'empreinte carbone de la télévision et du streaming, compare les modes de diffusion et présente les leviers de sobriété.
Les trois postes d'impact
3La fabrication des terminaux
Téléviseurs, box, smartphones, ordinateurs, tablettes : leur fabrication (extraction de métaux, énergie, transport) est de loin le premier poste d'impact du numérique, avant même leur utilisation.
Les réseaux
Réseaux fixes (fibre, ADSL) et mobiles (4G/5G) qui acheminent les données. La fibre est nettement plus sobre par gigaoctet que le mobile, qui reste le mode d'accès le plus énergivore.
Les centres de données
Serveurs, stockage et diffusion (CDN) des plateformes de streaming. Leur poids augmente avec l'essor de la VOD et de la haute définition, mais reste minoritaire face aux terminaux.
Comparatif des modes de diffusion
Ordre de grandeur de l'empreinte par heure de visionnage (gCO2e/h), hors fabrication du terminal. Ces valeurs servent à comparer les modes entre eux, non à donner un chiffre absolu.
D'où vient l'empreinte du numérique ?
Répartition de l'empreinte carbone du numérique en France selon l'étude ADEME-Arcom. La fabrication des terminaux domine très largement.
Repères : études et régulation
6Le rapport « Climat : l'insoutenable usage de la vidéo »
The Shift Project publie une étude très commentée alertant sur l'empreinte de la vidéo en ligne. Ses chiffres, ensuite discutés et révisés, lancent le débat public sur l'impact du streaming.
Le débat sur les méthodologies
Chercheurs et agences (IEA, Carbon Trust) recadrent certaines estimations jugées trop élevées : l'impact du visionnage par heure est plus faible qu'annoncé, mais reste réel et croissant avec les usages.
La loi REEN
La loi visant à réduire l'empreinte environnementale du numérique (REEN) est promulguée en France, avec des obligations d'écoconception, de sensibilisation et de sobriété numérique.
L'étude ADEME-Arcom
L'ADEME et l'Arcom publient l'évaluation de référence de l'empreinte environnementale du numérique en France, confirmant la prépondérance de la fabrication des terminaux.
Trajectoire de référence 2030-2050
Les volets suivants de l'étude ADEME-Arcom projettent l'évolution de l'empreinte à 2030 et 2050, avec des scénarios de sobriété pour contenir la croissance des impacts.
Écoconception et affichage environnemental
Référentiel général d'écoconception des services numériques (RGESN) et travaux sur l'affichage environnemental des contenus : la sobriété devient un critère de conception des plateformes.
Les leviers de sobriété
Classés du plus au moins efficace : les gestes qui réduisent réellement l'empreinte de la télévision et du streaming.
Garder ses appareils plus longtemps
Puisque la fabrication domine l'impact, allonger la durée de vie d'un téléviseur ou d'une box (réparation, réemploi) est le geste le plus efficace, loin devant le choix du mode de visionnage.
Privilégier le réseau fixe (fibre)
Regarder via la fibre plutôt qu'en 4G/5G réduit fortement la consommation d'énergie du réseau. Le Wi-Fi domestique est plus sobre que le mobile pour une même vidéo.
Adapter la qualité et l'écran
Choisir une définition proportionnée à l'écran (inutile de streamer en 4K sur un smartphone), désactiver la lecture automatique et éviter la vidéo quand seul le son est utile.
Mutualiser la diffusion
Pour les grands rendez-vous, la TNT hertzienne et le satellite diffusent une même image à des millions de foyers sans coût marginal par spectateur, contrairement au streaming unicast.
Idées reçues et réalités
6L'impact vient surtout de la fabrication
Idée reçue : « c'est le visionnage qui pollue ». En réalité, environ 79 % de l'empreinte du numérique provient de la fabrication des terminaux, avant même leur première utilisation.
Le mobile pollue plus que la fibre
Regarder une vidéo en 4G/5G consomme sensiblement plus d'énergie réseau que la même vidéo en Wi-Fi sur la fibre. Le mode d'accès compte plus que la plateforme choisie.
La taille de l'écran est déterminante
Un très grand téléviseur ou un écran OLED consomme davantage à l'usage qu'un petit écran. La sobriété passe aussi par un équipement dimensionné à ses besoins réels.
La diffusion mutualisée est efficace
Pour une audience de masse, la TNT et le satellite envoient un seul signal partagé, quand le streaming duplique le flux pour chaque spectateur. Le meilleur mode dépend du nombre de spectateurs.
La 4K et l'autoplay pèsent
Ultra haute définition, lecture automatique et vidéos d'ambiance en fond augmentent le volume de données transféré. Des réglages de sobriété permettent de le réduire simplement.
L'écoconception des plateformes progresse
Compression plus efficace (codecs), pilotage de la qualité, sobriété des interfaces : les diffuseurs et plateformes intègrent progressivement l'impact environnemental dès la conception.
Comment citer ces données
Citation recommandée
Les données de cet observatoire, synthétisées à partir de sources publiques (ADEME, Arcom, The Shift Project), peuvent être reprises et citées librement, sous réserve de mention de la source (TV.fr). Licence Creative Commons BY-SA 4.0.
Méthodologie et sources
6Cet observatoire synthétise les travaux publics de référence sur l'empreinte environnementale du numérique et de la vidéo : l'évaluation ADEME-Arcom de l'impact environnemental du numérique en France, les rapports de The Shift Project, les analyses de l'Agence internationale de l'énergie (IEA) et du Carbon Trust, ainsi que les ressources de GreenIT.fr. Les valeurs de grammes de CO2 équivalent (gCO2e) par heure sont des ordres de grandeur : les études du secteur produisent des fourchettes larges selon les hypothèses de réseau, de terminal, d'allocation des centres de données et de mix électrique. Ces chiffres servent à comparer les modes de diffusion entre eux, non à fournir une valeur absolue. La part de 79 % attribuée à la fabrication des terminaux et la part de ≈ 2,5 % du numérique dans l'empreinte nationale sont issues de l'étude ADEME-Arcom.
Contact presse : journalistes, chercheurs et étudiants souhaitant des éléments complémentaires sur l'empreinte environnementale de l'audiovisuel peuvent contacter presse@tv.fr.
Questions fréquentes
8Quelle est l'empreinte carbone du numérique en France ?+
Selon l'étude de référence de l'ADEME et de l'Arcom, le numérique représente de l'ordre de 2,5 % de l'empreinte carbone de la France (environ 4 % des émissions de gaz à effet de serre nationales selon les périmètres). La vidéo, qui englobe la TV, le replay et le streaming, en constitue une part majeure car elle concentre l'essentiel du trafic de données.
Regarder la télévision ou le streaming, qu'est-ce qui pollue le plus ?+
Pour un même contenu et une audience de masse, la diffusion hertzienne (TNT) et le satellite sont très efficaces car un seul signal est partagé par des millions de foyers. Le streaming, lui, envoie un flux individuel à chaque spectateur : il devient comparativement plus intensif quand l'audience est faible ou fragmentée. Mais dans tous les cas, l'impact par heure de visionnage reste modéré face à celui de la fabrication des appareils.
D'où vient l'essentiel de l'impact environnemental ?+
Contrairement à une idée répandue, l'essentiel de l'empreinte ne vient pas du visionnage mais de la fabrication des terminaux : environ 79 % de l'empreinte du numérique provient de la production des téléviseurs, box, smartphones et ordinateurs. Le geste le plus efficace consiste donc à garder ses appareils plus longtemps et à les réparer plutôt qu'à les remplacer.
Le streaming en 4G ou 5G pollue-t-il plus qu'en Wi-Fi ?+
Oui. À contenu identique, le visionnage via un réseau mobile (4G/5G) consomme davantage d'énergie que via une connexion fixe en fibre et Wi-Fi. Pour réduire son impact, il est préférable de regarder les vidéos longues sur une connexion fixe plutôt qu'en mobile, et d'adapter la qualité à la taille de l'écran.
La 4K et la haute définition augmentent-elles l'empreinte ?+
Oui, mécaniquement : plus la définition est élevée, plus le volume de données transférées est important, ce qui sollicite davantage les réseaux et les serveurs. Regarder en 4K sur un petit écran de smartphone n'apporte aucun gain visuel mais augmente la consommation. Choisir une définition proportionnée à son écran est un geste de sobriété simple.
Quels gestes réduisent l'empreinte de la télévision et du streaming ?+
Les leviers les plus efficaces sont : allonger la durée de vie de ses appareils (réparation, réemploi), privilégier la fibre et le Wi-Fi plutôt que le mobile, adapter la qualité vidéo à l'écran, désactiver la lecture automatique, éviter la vidéo quand seul le son suffit, et mutualiser la diffusion (TNT, satellite) pour les grands rendez-vous. Le choix de l'équipement pèse davantage que celui de la plateforme.
Pourquoi les chiffres sur l'impact du streaming varient-ils autant ?+
Les estimations dépendent fortement des hypothèses retenues : type de réseau, taille de l'écran, façon d'allouer l'énergie des centres de données, mix électrique du pays. Certaines études anciennes ont surestimé l'impact par heure de vidéo, avant d'être révisées. C'est pourquoi les valeurs sont présentées ici en ordres de grandeur, pour situer les écarts entre modes plutôt que comme des chiffres absolus.
La télévision est-elle concernée par la loi REEN ?+
Oui. La loi de 2021 visant à réduire l'empreinte environnementale du numérique (REEN) et les travaux de l'ADEME et de l'Arcom s'appliquent à l'ensemble de la chaîne audiovisuelle numérique : fabrication et durée de vie des équipements, écoconception des services de streaming et de replay, sensibilisation des utilisateurs à la sobriété.