« Les évaporés » : France 2 filme ceux qui disparaissent
France 2 lance « Les évaporés » ce 9 septembre avec Alexia Barlier. Une série policière franco-belge sur les disparitions volontaires, tournée à Nantes.
« Les évaporés » : France 2 filme ceux qui disparaissent
Il y a des séries policières qui commencent par un cadavre. Les évaporés, qui démarre ce mercredi 9 septembre à 21h10 sur France 2, commence par une absence. Portée par Alexia Barlier, cette fiction franco-belge s’attaque à un sujet que la télévision française n’avait jamais vraiment abordé de front : les disparitions volontaires, ces adultes qui choisissent de s’effacer de leur propre vie.
Un phénomène venu du Japon, une histoire très française
Le titre fait référence au terme japonais jouhatsu, littéralement « évaporation » : des milliers de personnes qui, chaque année au Japon, quittent tout — famille, travail, identité — pour recommencer ailleurs, sans laisser d’adresse. Le phénomène existe aussi en France, où plusieurs dizaines de milliers de disparitions d’adultes sont signalées chaque année, dont une majorité correspond à des départs volontaires.
C’est ce vertige que la série explore. Esther Bazin, commandante de police à Nantes, vient de boucler l’enquête d’une vie : l’arrestation d’un tueur qu’elle traquait sans relâche depuis des années. Au moment précis où elle devrait souffler, son compagnon disparaît. Pas d’enlèvement, pas de trace de lutte, pas de corps. Juste un homme qui a décidé de ne plus être là.
Alexia Barlier, une commandante sans armure
Le choix d’Alexia Barlier n’est pas anodin. L’actrice, vue notamment dans Falco et plusieurs productions internationales, a construit une image de comédienne physique, capable de porter des rôles d’autorité sans les caricaturer. Ici, elle joue à contre-emploi : une flic dont la compétence professionnelle ne sert à rien face à la seule affaire qui la concerne vraiment.
Autour d’elle, le casting privilégie les visages moins exposés. Foëd Amara incarne Douma, membre du GRDV, l’unité fictive dédiée aux disparitions volontaires ; Faustine Koziel joue Frankie. On retrouve également Vincent Garanger en Dominique Malherbe, Simon Zampieri, Charles Templon, Pierre Rochefort, Éric Pucheu, Bastien Ughetto et Catherine Arditi. Une distribution de théâtre et de cinéma plutôt que de fiction TV, choix révélateur des ambitions du projet.
Nantes comme personnage
Réalisée par Émilie Grandperret et David Morley, la série a été tournée en Loire-Atlantique, et la ville de Nantes y tient un vrai rôle. Ce n’est pas de la carte postale : les ponts, les zones portuaires, les quartiers en mutation offrent une géographie idéale pour raconter la disparition — une ville où l’on peut se fondre.
Cette attention au territoire s’inscrit dans une tendance de fond de la fiction française. Après des décennies de tournages parisiens, les séries hexagonales investissent la province : Montpellier pour Un si grand soleil sur France 3, Sète pour Demain nous appartient, Marseille pour Plus belle la vie. L’ancrage local n’est plus un argument budgétaire, c’est devenu un argument narratif.
Une coproduction franco-belge, modèle en expansion
Diffusée d’abord en Belgique sur la RTBF à partir du 27 août, la série arrive en France deux semaines plus tard. Ce décalage n’est plus une exception : la coproduction franco-belge est devenue l’un des modèles économiques dominants de la fiction francophone, permettant de mutualiser les coûts et d’accéder à des mécanismes de financement complémentaires.
« Le franco-belge a permis à la fiction française de retrouver de l’ambition sans exploser les budgets, observe Julien Rambert, consultant en stratégie de contenus audiovisuels. On y trouve aujourd’hui certaines des écritures les plus libres du paysage, précisément parce que la coproduction dilue la pression d’une chaîne unique. »
Une unité fictive, un vrai sujet de société
Le GRDV, l’unité dédiée aux disparitions volontaires imaginée par la série, n’existe pas telle quelle dans l’organigramme de la police française. Mais le problème qu’elle traite, lui, est parfaitement documenté. En France, la disparition d’un majeur ne constitue pas en soi une infraction : un adulte a le droit de partir sans prévenir personne. Les forces de l’ordre ne peuvent ouvrir une enquête que si un élément laisse craindre un danger, un crime ou une vulnérabilité particulière.
Il en résulte une zone grise cruelle pour les familles : des proches qui savent que la personne est probablement vivante, mais qui n’obtiendront jamais ni réponse, ni corps, ni dossier. La série s’installe précisément dans cet interstice juridique et émotionnel. C’est ce qui la distingue du policier standard, où l’élucidation finale répare toujours quelque chose.
Une écriture qui refuse la résolution
Sur les deux premiers épisodes, la construction assume ce parti pris : peu de cliffhangers spectaculaires, une progression par accumulation de détails, une place importante laissée aux silences et aux scènes de travail. C’est un choix risqué en prime time, où l’audience se décide souvent dans les dix premières minutes. Il suppose de faire confiance au public — ce qui, ces dernières saisons, a plutôt réussi au service public.
Le pari du service public
Programmer Les évaporés le mercredi soir, face à trois épisodes de Tracker sur TF1 et une soirée de Ligue des champions sur Canal+, relève du geste de confiance. France 2 aurait pu sécuriser la case avec un policier plus conventionnel ; la chaîne a préféré une fiction dont le moteur est psychologique plutôt que criminel.
Le calcul est cohérent avec la dynamique de la rentrée. Depuis le 1er septembre, les meilleures audiences françaises reviennent systématiquement à la fiction hexagonale : La cible à 3,91 millions, Le Mystère de la chambre jaune à près de 4 millions, La stagiaire à 3,71 millions. Le public est là. Reste à savoir s’il suivra une proposition moins balisée.
Faut-il regarder ?
Si vous cherchez un policier nerveux avec course-poursuite et résolution en cinquante-deux minutes, passez votre chemin : Tracker fera très bien l’affaire sur TF1. Si vous acceptez une fiction qui prend le temps d’installer un malaise, qui s’intéresse autant à ceux qui restent qu’à ceux qui partent, alors Les évaporés est la proposition la plus intéressante de la soirée — et probablement de la semaine.
Comment la suivre
Les deux premiers épisodes sont diffusés ce mercredi 9 septembre à partir de 21h10 sur France 2, avant une mise à disposition en replay. Retrouvez les horaires exacts sur notre page ce soir à la télé, le programme TV complet de la chaîne, la sélection replay gratuit et toute notre actualité séries dans la rubrique actualités.