PEOPLE

Faustine Bollaert, l'écoute comme méthode sur France 2

Par Rédaction TV.fr

Portrait de Faustine Bollaert, qui installe depuis des années Ça commence aujourd'hui dans l'après-midi de France 2. Une animatrice qui a fait de l'écoute un format.

Faustine Bollaert, l'écoute comme méthode sur France 2

Il existe à la télévision française une poignée de rendez-vous dont on ne parle jamais dans les dîners en ville et qui structurent pourtant les journées de millions de foyers. Ça commence aujourd'hui, diffusé chaque après-midi à 13h50 sur France 2, en fait partie. Aux commandes depuis son lancement, Faustine Bollaert y pratique un exercice bien plus difficile qu'il n'y paraît : écouter des inconnus raconter le moment où leur vie a basculé, sans jamais transformer le récit en spectacle.

Un format sans filet

Le principe du programme tient en une phrase : des femmes et des hommes viennent raconter un événement marquant de leur existence pour aider d'autres personnes à avancer. Autour d'eux, des experts — avocats, psychiatres, psychologues, nutritionnistes — apportent un cadre et des repères concrets. Il n'y a ni jury, ni classement, ni élimination.

Cette absence de mécanique de jeu est précisément ce qui rend l'émission redoutable à animer. Un télécrochet se tient par son règlement ; un talk-show se tient par son rythme. Ici, rien ne tient l'antenne sauf la qualité de la relation établie en plateau. Si l'animatrice va trop vite, le témoignage s'assèche ; si elle appuie trop, le programme verse dans l'exploitation de la détresse.

Faustine Bollaert a trouvé un point d'équilibre qui repose sur une technique identifiable : elle relance rarement par une question, plus souvent par un silence. C'est l'inverse de la formation classique de l'animation télévisée, qui enseigne à ne jamais laisser un blanc.

Des sujets qui ne font pas la une

La force du programme tient aussi à son choix de thématiques. Le 21 septembre 2026, l'émission donnait la parole à des personnes souhaitant alerter sur les effets secondaires de certains médicaments et racontant leur parcours et leur volonté de sensibiliser le public. Trois jours plus tôt, le 18 septembre, le sujet était nettement plus léger : « Bons plans, promos : ils sont les rois des économies ! »

Cette amplitude est délibérée. Une émission quotidienne ne peut pas vivre uniquement de sujets graves — le public décroche — ni uniquement de sujets légers, sous peine de perdre sa raison d'être. L'alternance est le vrai savoir-faire de la production, et elle explique la longévité du rendez-vous.

Le format a par ailleurs trouvé une seconde vie en podcast, où les témoignages sont réécoutés massivement hors de leur créneau de diffusion. C'est un cas d'école de ce que la télévision de l'après-midi peut devenir lorsqu'elle est pensée pour durer au-delà de sa case.

Une trajectoire construite à rebours des modes

Faustine Bollaert appartient à cette génération d'animatrices passées par la télévision de la jeunesse et du divertissement avant de bifurquer vers des formats plus exigeants. Ce parcours, longtemps considéré comme un handicap par les directions de l'information, s'est révélé être un atout : il donne le sens du rythme et l'habitude du direct, deux qualités dont une émission de témoignages a besoin plus que d'une légitimité académique.

Son installation sur France 2 a également accompagné une évolution de fond du service public : la reconquête de l'après-midi. Longtemps abandonnée aux rediffusions et aux magazines de complément, cette tranche est redevenue un terrain d'investissement éditorial, avec des programmes originaux produits spécifiquement pour elle.

Ce que ce type de programme dit de la télévision

« On sous-estime massivement le rôle social des émissions de témoignages », observe Camille Deforges, analyste des usages audiovisuels. « Ce sont souvent les seuls espaces médiatiques où des personnes sans notoriété parlent en leur nom propre, sans passer par un porte-parole ou une association. Cela ne produit pas de buzz, donc cela n'existe pas dans le commentaire — mais cela existe très fortement dans la vie des téléspectateurs. »

L'analyse rejoint une réalité économique : les programmes de témoignages coûtent une fraction du prix d'une fiction et fidélisent un public quotidien. Leur rentabilité n'a jamais été contestée. Leur reconnaissance, en revanche, reste faible — aucun prix majeur de la télévision française ne distingue ce registre.

L'après-midi, angle mort de la critique

Il y a là un angle mort persistant. La critique télévisuelle française se concentre presque exclusivement sur le prime time et sur les séries. L'après-midi, qui représente pourtant une part considérable de la consommation, n'est commenté que lorsqu'un incident s'y produit. Résultat : des programmes installés depuis des années, portés par des animateurs aguerris, restent invisibles dans le débat public.

Le paradoxe est d'autant plus marqué que ces émissions abordent frontalement des sujets — santé, argent, famille, travail — que le prime time contourne soigneusement, parce qu'ils sont moins spectaculaires.

Une place difficile à remplacer

La question qui se pose aujourd'hui à France Télévisions est celle de la transmission. Les formats de témoignages reposent presque entièrement sur la personne qui les incarne : changer d'animateur revient à changer d'émission. Peu de programmes ont survécu au départ de leur figure centrale.

En attendant, le rendez-vous de 13h50 continue de faire ce qu'il fait depuis ses débuts : donner la parole, poser peu de questions, et laisser le temps faire son travail. C'est modeste, et c'est probablement pour cela que cela dure.

La place des experts, clé de voûte du dispositif

Un élément distingue nettement Ça commence aujourd'hui des talk-shows de témoignages dont la télévision française a abusé dans les années 1990 : la présence systématique d'experts en plateau. Avocats, psychiatres, psychologues et nutritionnistes n'y sont pas des cautions décoratives mais des interlocuteurs qui interviennent sur le fond.

Ce choix change la nature du programme. Un témoignage seul produit de l'émotion ; un témoignage suivi d'un cadrage professionnel produit de l'information utilisable. C'est la différence entre un dispositif qui expose des personnes et un dispositif qui leur apporte quelque chose — et c'est aussi ce qui protège l'émission du reproche d'exploitation de la détresse.

Un modèle difficile à copier

Plusieurs chaînes ont tenté de reproduire ce format. Peu y sont parvenues durablement. La raison est prosaïque : une émission de témoignages quotidienne exige un travail de recherche et de préparation considérable, très en amont de l'antenne. Trouver chaque jour des intervenants crédibles, prêts à parler à visage découvert de sujets intimes, et capables de le faire sans s'effondrer suppose une équipe de production expérimentée.

C'est un savoir-faire invisible à l'écran, qui ne se voit que le jour où il manque. Les téléspectateurs perçoivent immédiatement une émission de témoignages mal préparée : les récits sonnent faux, les silences deviennent gênants, l'animateur comble le vide. Rien de tel ici, et c'est le meilleur compliment que l'on puisse faire à une équipe.

Retrouvez toute la grille de France 2 et des autres chaînes sur notre programme TV, la sélection du soir dans ce soir à la télé, les programmes de France 5, et l'ensemble de nos portraits dans la rubrique actualités TV.

Toutes les chaînes

Voir toutes les chaînes →