Portrait : Anne-Sophie Lapix prend ses marques sur M6
Trois mois après son arrivée sur M6, Anne-Sophie Lapix décroche Le procès, et si vous étiez juré ? Portrait d'une journaliste qui réussit sa reconversion.
Portrait : Anne-Sophie Lapix prend ses marques sur M6
On la disait indissociable du 20 heures de France 2. Trois mois après son arrivée sur M6, Anne-Sophie Lapix vient de décrocher l'animation de l'un des formats les plus ambitieux de la rentrée de la chaîne : Le procès, et si vous étiez juré ?. L'annonce, faite lors de la présentation à la presse du 8 septembre, confirme que le transfert n'était pas un placard doré mais un vrai projet éditorial. Portrait d'une journaliste qui a changé de maison sans changer de métier.
D'un journal de 20 heures à un magazine de prime time
Le parcours d'Anne-Sophie Lapix appartient à une catégorie devenue rare : celle des journalistes qui ont fait toute leur carrière dans l'information avant de basculer vers des formats plus larges. Passée par plusieurs rédactions et par la présentation de magazines d'entretien avant de prendre le journal du soir de la deuxième chaîne, elle a construit une image de rigueur et d'indépendance qui ne doit rien au divertissement.
Ce capital est précisément ce que M6 est venu chercher. La chaîne dispose d'une force de frappe considérable sur le factual et le divertissement, mais elle a toujours manqué d'une figure d'autorité journalistique capable de porter un format long en prime time. L'arrivée de la journaliste comble ce trou dans l'organigramme.
Le procès : un format immersif à haut risque
Le concept du programme mérite qu'on s'y arrêter, car il n'existe pas d'équivalent récent dans le paysage français. Le téléspectateur assiste à toutes les étapes d'un procès comme s'il siégeait sur les bancs des jurés. Deux jurys composés chacun de douze Français ordinaires suivent les débats, les caméras captent leurs réactions, puis s'invitent dans la salle de délibération. Chaque juré doit alors se prononcer : coupable ou non coupable, selon son intime conviction.
M6 avait teasé le programme dès le mois de juillet, pendant le Mondial de football. Ni la date de diffusion ni le nombre d'épisodes n'ont encore été communiqués. Le dispositif soulève évidemment dès questions délicates sur la mise en scène de la justice, et c'est exactement pour cette raison que le choix de la présentatrice compte autant que le format lui-même.
Pourquoi son nom rassure sur un tel projet
Un programme qui reconstitue un procès criminel à partir de retranscriptions officielles marche en permanence sur une ligne de crête. Mal tenu, il dérive vers le spectacle judiciaire. Bien tenu, il devient un exercice de pédagogie civique sur le fonctionnement d'une cour d'assises, sujet que la télévision française n'aborde presque jamais autrement que par la fiction.
"Sur ce type de format, le présentateur n'est pas un animateur, c'est une garantie", analyse Claire Vasseur, analyste des comportements téléspectateurs. "Le public accepté de suivre un dispositif immersif à condition d'avoir la certitude que quelqu'un, sur le plateau, tiendra la ligne. Une signature journalistique forte fait office de contrat de confiance."
Trois mois pour s'installer
L'intégration n'était pas gagnée d'avance. Passer d'une chaîne publique à un groupe privé suppose de s'adapter à une culture de production différente, à des rythmes différents et à un public qui n'a pas les mêmes attentes. Les exemples de transferts ratés ne manquent pas dans l'histoire de la télévision française.
Trois mois après son arrivée, la présentatrice s'est vue confier de nouveaux rendez-vous, signe que la chaîne ne se contente pas d'exploiter sa notoriété mais construit une place durable. C'est d'ailleurs cohérent avec la stratégie globale du groupe cette saison, qui consiste à sécuriser ses visages par des contrats longs plutôt qu'à multiplier les paris ponctuels.
Une saison M6 particulièrement chargée
Le programme s'inscrit dans une rentrée dense pour la chaîne, qui fête ses quarante ans. Au menu : la traque grandeur nature Wanted : attrape-moi si tu peux !, le nouveau format de rénovation La maison de tous les défis, le retour du Pensionnat, la relance de Maison à vendre, plusieurs directs d'Incroyable talent et l'arrivée de Cyril Hanouna sur des primes de divertissement.
Dans cet ensemble très orienté divertissement, Le procès occupe une place à part : c'est le programme qui donne au groupe une crédibilité éditoriale que la télé-réalité ne procure pas. Les performances de la chaîne sont suivies quotidiennement sur notre page audiences TV.
Une carrière bâtie sur l'entretien plus que sur le journal
On résume souvent son parcours à la présentation du journal de 20 heures, ce qui en donne une image incomplète. Avant cela, elle s'était fait un nom dans un exercice bien plus difficile à maîtriser : l'entretien long, en plateau, face à des invités politiques ou culturels. C'est dans ce format qu'elle a construit sa réputation de journaliste capable de relancer sans agresser et de tenir une contradiction sans la transformer en affrontement.
Cette compétence explique le pari de M6. Un dispositif comme Le procès ne demande pas une présence d'animatrice de flux : il demande quelqu'un capable de poser un cadre en quelques phrases, de laisser vivre les temps de silence et d'intervenir uniquement quand le dispositif menace de déraper. Ce sont exactement les réflexes de l'entretien télévisé.
Le pari du prime time journalistique sur une chaîne privée
Il faut mesurer ce que représente ce format dans la grille d'une chaîne privée. Un magazine judiciaire en prime time coûte cher, mobilise des équipes pendant des mois et ne garantit aucun score. La plupart des diffuseurs privés ont progressivement abandonné ce terrain au profit de formats factuels moins risqués.
Le groupe fait donc un choix à contre-courant, au moment précis où il muscle par ailleurs son offre de divertissement. Cette double stratégie n'est pas contradictoire : elle vise à élargir le spectre de la chaîne, en conservant la puissance commerciale du divertissement tout en regagnant une légitimité éditoriale sur les sujets de société.
Ce qu'il faut retenir
Anne-Sophie Lapix réussit pour l'instant l'exercice le plus difficile du métier : changer d'employeur sans perdre son identité professionnelle. Elle n'est pas devenue animatrice de divertissement, elle a apporté son format à une chaîne qui n'en avait pas. Reste à voir comment le public réagira à un dispositif aussi inhabituel.
La date de diffusion sera annoncée dans les prochaines semaines. En attendant, retrouvez la grille quotidienne de la chaîne sur programme TV, la sélection du soir sur ce soir à la TV, et tous nos portraits d'animateurs dans la rubrique actualités. Pour situer les acteurs du secteur, notre page paysage audiovisuel français fait le point sur les groupes et leurs stratégies.