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Anne-Sophie Lapix, le pari information de M6

Par Rédaction TV.fr

Portrait d'Anne-Sophie Lapix, passée du 20 heures de France 2 à M6 : le journal quotidien, le grand entretien du dimanche et une méthode singulière.

Anne-Sophie Lapix, le pari information de M6

Personne, il y a deux ans, n'aurait parié sur ce transfert. Anne-Sophie Lapix, visage du 20 heures de France 2 pendant sept saisons, est aujourd'hui l'un des piliers de la stratégie d'information de M6. Journal quotidien à 20 heures, grand entretien du dimanche soir à 20h10 : la journaliste a pris en quelques mois une place que la chaîne n'avait jamais accordée à une figure d'information. Portrait d'une reconversion qui en dit long sur la recomposition du paysage audiovisuel français.

D'une rédaction à l'autre

Le parcours est atypique et cohérent à la fois. Formée dans la presse économique avant de rejoindre l'audiovisuel, Anne-Sophie Lapix a fait ses armes sur plusieurs chaînes avant d'accéder aux formats les plus exposés du service public : l'entretien politique, le magazine culturel, puis le journal de 20 heures de France 2, poste le plus scruté de la télévision française.

Sept années à cette place laissent des traces — une notoriété considérable, mais aussi une image très associée à une chaîne et à un format. Le pari de M6 consistait précisément à récupérer la notoriété sans hériter du format.

Le « 20 20 », un lancement sans facilité

Le premier chantier est le journal quotidien de M6. Les débuts ont été mesurés : un démarrage prudent, une deuxième semaine scrutée par toute la profession, et des chiffres qui n'ont pas immédiatement bouleversé la hiérarchie des journaux du soir.

Il faut dire que l'entreprise est ardue. Les journaux de 20 heures français sont des institutions dont les audiences se déplacent par fractions de point sur plusieurs années. Installer un nouveau rendez-vous d'information face à TF1 et France 2, dans une case déjà occupée par des habitudes trentenaires, relève de la construction longue, pas du coup d'éclat.

« Une case d'information ne se conquiert pas, elle se sédimente, observe un ancien dirigeant de rédaction. Les trois premiers mois ne disent rien. C'est à dix-huit mois qu'on saura si le rendez-vous existe. »

« Le 20.10 », le format où elle est la meilleure

C'est le deuxième chantier, et sans doute le plus convaincant. Depuis début septembre, la journaliste présente le dimanche soir à 20h10 un entretien d'une dizaine de minutes avec une personnalité de la semaine. Format court, enjeu maximal : dix minutes sans jokers, dans un créneau à forte audience, juste avant la première partie de soirée.

Le premier numéro a donné le ton en recevant l'avocat d'un dossier judiciaire suivi par des millions de Français. C'est précisément dans cet exercice qu'Anne-Sophie Lapix a construit sa réputation : la relance calme, la reformulation qui n'accuse pas mais ne lâche rien, la capacité à laisser un silence s'installer plutôt qu'à enchaîner.

Le format sert aussi les intérêts de la chaîne. M6 dispose ainsi d'un rendez-vous capable de capter l'actualité chaude du week-end, à un coût de production dérisoire comparé à un magazine complet, et immédiatement identifiable.

Une méthode : préparer, puis écouter

Ceux qui ont travaillé avec elle décrivent la même chose : une préparation méthodique, des dossiers annotés, et une règle de conduite qui consiste à ne jamais poser une question dont on connaît déjà la réponse pour le seul plaisir de l'effet.

Cette approche lui a valu autant d'éloges que de critiques. Ses détracteurs lui reprochent une distance jugée froide ; ses partisans y voient l'exact contraire de la connivence qui gangrène les entretiens politiques. Dans un paysage médiatique où l'interruption est devenue un format à part entière, sa manière de laisser une phrase se terminer détonne — et c'est probablement ce que M6 est venu chercher.

Ce que ce transfert révèle du marché

L'arrivée d'Anne-Sophie Lapix sur M6 s'inscrit dans un mouvement plus large. Le groupe, longtemps identifié au divertissement, au magazine et à la fiction, a entrepris de bâtir une offre d'information crédible. L'enjeu n'est pas seulement éditorial, il est industriel : un groupe audiovisuel sans information forte reste vulnérable dans les négociations de distribution et dans les discussions réglementaires.

Pour les journalistes vedettes, ce mouvement ouvre une perspective nouvelle. Pendant des décennies, quitter le 20 heures du service public signifiait sortir du premier cercle. Ce n'est plus le cas : les chaînes privées généralistes, les chaînes d'information et les plateformes constituent désormais des débouchés réels.

Trois mois après son arrivée, la journaliste occupe une place croissante dans la grille, et de nouveaux rendez-vous sont attendus. La suite dira si M6 parvient à transformer une signature en habitude collective — la seule chose qui compte vraiment, en information.

L'information, nouveau terrain de bataille des groupes privés

Le pari de M6 n'est pas isolé. Depuis plusieurs saisons, les groupes privés français réinvestissent l'information avec des moyens substantiels, après des années où le genre était considéré comme un centre de coût difficilement rentabilisable.

Plusieurs facteurs expliquent ce retournement. L'information est le contenu le moins délocalisable qui soit : aucune plateforme internationale ne produira un journal télévisé français. Elle génère des rendez-vous quotidiens, donc de l'habitude, donc de l'audience prévisible — une denrée rare. Elle donne enfin à un groupe audiovisuel un poids institutionnel dont il a besoin dans ses relations avec les pouvoirs publics et les distributeurs.

Le calcul vaut aussi pour les talents. Recruter une figure identifiée permet de gagner plusieurs années dans la construction d'une crédibilité, à condition d'accepter qu'aucune notoriété, aussi forte soit-elle, ne transfère automatiquement une audience d'une chaîne à l'autre.

Le métier d'intervieweur a changé

Un dernier point mérite d'être souligné, parce qu'il dépasse le cas individuel. L'entretien télévisé s'est profondément transformé en dix ans, sous la pression de deux forces contradictoires.

D'un côté, l'exigence de vivacité : les extraits circulent, et un échange qui ne produit aucune séquence marquante est considéré comme raté par les services de communication. De l'autre, la défiance du public envers les interviewers jugés trop agressifs ou trop complaisants — les deux reproches étant souvent adressés à la même personne selon l'invité.

Entre ces deux écueils, l'espace est étroit. Les intervieweurs qui s'en sortent le mieux sont ceux qui ont fait un choix assumé plutôt que de chercher un compromis : la confrontation pour certains, la profondeur pour d'autres. Anne-Sophie Lapix appartient clairement à la seconde catégorie, et le format court du dimanche soir constitue pour elle un test intéressant — dix minutes laissent peu de place au développement, mais suffisent à poser trois questions bien construites.

La réussite du rendez-vous dépendra en grande partie de la qualité des invités que la chaîne parviendra à attirer semaine après semaine. C'est le nerf de la guerre de tout format d'entretien : sans accès aux personnalités qui font l'actualité, le meilleur intervieweur reste à quai.

Où la retrouver

Le journal quotidien et le grand entretien du dimanche sont à retrouver sur M6, aux horaires détaillés dans notre programme TV et sur notre page Ce soir à la télé. Pour suivre les mouvements d'animateurs, les nominations et les coulisses des rédactions, rendez-vous dans notre rubrique Actualités TV.

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