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Cyril Hanouna sur W9 : audiences fortes, critiques dures

Par Rédaction TV.fr

Tout beau tout n9uf sur W9 : le retour de Cyril Hanouna depasse les objectifs d'audience mais declenche une vague de critiques en ligne. Decryptage.

Retour de Cyril Hanouna sur W9 : le grand écart entre audiences et critiques

Rarement un retour à l'antenne aura produit deux verdicts aussi opposés. D'un côté, des audiences que la direction de W9 reconnaît elle-même avoir largement dépassé ses prévisions. De l'autre, une vague de commentaires en ligne d'une sévérité peu commune, où reviennent les mots « gênant », « désastre » et « ringard ». Le lancement de Tout beau, tout n9uf, le nouveau talk-show quotidien de Cyril Hanouna, est devenu en quelques jours le principal objet de discussion du paysage audiovisuel français. Décryptage d'une polémique qui en dit plus long sur l'état du débat télévisuel que sur l'émission elle-même.

Ce qui s'est passé

L'animateur a lancé fin août sa nouvelle formule quotidienne sur W9, dans une tranche d'access qui occupe désormais la fin d'après-midi de la chaîne du groupe M6 — de 18h20 à 19h45 environ, en plusieurs parties. Le programme constitue le pivot de la stratégie de la chaîne pour cette rentrée : reconstruire une identité forte sur une tranche horaire jusqu'ici peu identifiée.

Sur le plan des chiffres, la chaîne communique sur un démarrage supérieur à ses objectifs internes. Sur le plan des réactions, le contraste est saisissant : dès la première soirée, les réseaux sociaux se sont couverts de commentaires très critiques sur le décor, le rythme, la tonalité générale de l'émission et le format lui-même.

Le fond du reproche : une formule datée ?

L'accusation la plus fréquente n'est pas politique. Elle est esthétique. Une part significative des critiques reproche au programme de reproduire à l'identique une grammaire télévisuelle construite il y a une dizaine d'années — plateau saturé, chroniqueurs nombreux, séquences courtes, interpellations permanentes — devant un public dont les habitudes ont, elles, considérablement évolué.

« Le talk-show d'access à chroniqueurs est un format des années 2010 », estime un analyste des médias. « Il a été inventé pour capter un public qui zappait entre trois ou quatre chaînes. Aujourd'hui, ce même public arbitre entre une chaîne linéaire, une plateforme, une vidéo courte et un podcast. Ce n'est plus la même bataille. »

D'autres critiques, plus circonstancielles, portent sur la composition de l'équipe. Une figure récurrente du programme a officiellement annoncé son départ fin août, sur son compte X, alors même que l'animateur avait recruté plusieurs nouveaux visages pour renforcer son dispositif de rentrée.

Le contre-argument : les chiffres

Face à cette vague, W9 dispose d'un argument difficile à contourner : l'émission fonctionne. Les audiences de la quotidienne ont dépassé les attentes de la direction de la chaîne, et ce dans un contexte de rentrée particulièrement disputé.

Ce décalage entre la réception en ligne et la performance mesurée n'a rien d'inédit. Il constitue même l'une des constantes les mieux documentées du secteur : les programmes les plus commentés négativement sur les réseaux sociaux sont fréquemment ceux qui réunissent le plus large public. La raison est structurelle. Les publics qui commentent en ligne et les publics qui regardent la télévision en access ne se recouvrent que partiellement.

« Il faut arrêter de traiter les réseaux sociaux comme un panel représentatif », rappelle un directeur des études d'un institut de mesure. « Ce sont deux instruments qui ne mesurent pas la même chose : l'un mesure l'intensité de l'expression, l'autre le volume de l'exposition. »

Ce que cherche W9 dans cette opération

La chaîne du groupe M6 poursuit un objectif précis. Historiquement identifiée par ses divertissements musicaux, ses rediffusions et sa programmation jeune, W9 cherchait depuis plusieurs saisons à installer un rendez-vous quotidien capable de créer un flux vers son prime time.

La logique est classique et éprouvée : un access performant alimente mécaniquement la soirée. C'est ce qui a fait la force de Quotidien pour TMC, et de C à vous pour France 5. En pariant sur un animateur au capital de notoriété considérable, W9 achète non seulement de l'audience, mais surtout de la visibilité — y compris négative.

La chaîne poursuit d'ailleurs son offensive divertissement en soirée, avec le retour de Laurence Boccolini en prime time dans le nouveau divertissement musical On connaît la chanson. L'ensemble compose une stratégie cohérente, dont le talk-show d'access constitue la porte d'entrée. Le détail de la grille est consultable sur la page W9.

Une controverse révélatrice

Au-delà du cas particulier, cette séquence éclaire une fracture durable du paysage audiovisuel français. D'un côté, un public linéaire, plus âgé en moyenne, attaché à des formats de flux et à des visages familiers. De l'autre, un public en ligne, plus jeune, dont les références esthétiques viennent des plateformes et des créateurs de contenu, et pour qui la grammaire du talk-show français apparaît franchement datée.

Les chaînes de la TNT vivent en permanence dans cet écart. Elles ont besoin du premier public pour exister économiquement, et du second pour exister culturellement. Le lancement de Tout beau, tout n9uf illustre la difficulté de servir les deux simultanément.

Et maintenant ?

Le vrai test n'est pas le démarrage, mais l'installation. Un lancement bénéficie mécaniquement de la curiosité ; c'est la courbe des quatrième et cinquième semaines qui dira si le programme a trouvé son public ou seulement ses commentateurs. La comparaison avec les performances de M6, chaîne mère du groupe, et avec les autres access de la TNT sera à surveiller dans les prochaines semaines.

Une chose est acquise : W9 voulait qu'on parle d'elle à la rentrée. C'est réussi.

L'access, la case la plus disputée de la télévision française

Pour comprendre l'enjeu, il faut mesurer ce que représente la tranche de fin d'après-midi dans l'économie d'une chaîne. L'access précède le journal et le prime time : c'est le moment où le téléspectateur allume son poste et choisit, souvent sans y réfléchir, la chaîne qu'il gardera une partie de la soirée. Une victoire en access se transforme mécaniquement en points d'audience en prime.

Cette tranche est aussi la plus rentable au coût horaire. Un talk-show quotidien tourné en plateau coûte une fraction du prix d'une fiction, se produit en volume, et génère du contenu réexploitable en ligne. C'est la raison pour laquelle presque toutes les chaînes de la TNT ont tenté d'y installer un rendez-vous propre au cours des dix dernières années.

Les réussites sont pourtant rares. Quotidien sur TMC, en deux parties de 19h15 à 20h45, et le duo C à vous / C à vous la suite sur France 5 font figure d'exceptions dans un cimetière de formats abandonnés au bout de quelques mois. Réussir en access suppose une chose que l'audience ne mesure pas : l'habitude. Il faut plusieurs saisons avant qu'un rendez-vous quotidien s'inscrive dans la routine d'un foyer.

Trois indicateurs à surveiller

Pour juger sérieusement de ce lancement, trois données compteront davantage que les commentaires en ligne. La courbe des semaines 4 à 6, d'abord, qui sépare la curiosité de l'habitude. La performance sur cible commerciale ensuite, seul indicateur qui détermine réellement la recette publicitaire. Et enfin l'effet d'entraînement sur le prime time de la chaîne, qui constitue la véritable justification stratégique de l'investissement.

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