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« Ici tout commence » : le feuilleton que Netflix a relancé

Par Rédaction TV.fr

Diffusé sur TF1 et disponible sur Netflix depuis juin 2026, Ici tout commence vit une seconde jeunesse. Retour sur le succès d'une série française hybride.

« Ici tout commence » : le feuilleton français que Netflix a relancé

Il y a des succès discrets qui finissent par peser plus lourd que les événements. Ici tout commence, feuilleton quotidien de TF1 diffusé depuis le 2 novembre 2020, en fait partie. Six ans d'antenne, plus de 1 400 épisodes, une case d'access à 18h30 qui ne faiblit pas — et depuis juin 2026, une seconde vie sur Netflix qui a redistribué les cartes. Retour sur une série française devenue, sans jamais faire de bruit, l'une des mécaniques les plus efficaces du paysage audiovisuel hexagonal.

Une machine bien huilée

Créée par Coline Assous, Éric Fuhrer et Othman Mahfould, produite par Telfrance et Mi2, Ici tout commence est née comme un spin-off de Demain nous appartient. Le dispositif : un institut de cuisine prestigieux, l'Institut Auguste Armand, où de jeunes élèves apprennent la haute gastronomie sous l'autorité d'une famille de chefs aux secrets encombrants.

Sur le papier, l'idée pouvait sembler étroite. Elle s'est révélée d'une richesse remarquable. La cuisine offre au feuilleton ce que peu de décors permettent : une hiérarchie explicite, des rivalités techniques mesurables, une esthétique télévisuelle immédiatement lisible. Chaque épreuve devient un enjeu dramatique, chaque service un huis clos. Le format quotidien, souvent accusé de paresse d'écriture, trouve ici une structure naturelle.

L'effet Netflix

Le 19 juin 2026, TF1 a franchi un pas que peu de diffuseurs européens avaient osé : rendre disponible sur Netflix l'intégralité des saisons antérieures de son feuilleton phare. Beaucoup y ont vu une capitulation. C'était l'inverse.

Les effets se sont fait sentir en quelques semaines. Le visionnage en rafale des premières saisons a explosé, amenant à la série un public plus jeune et surtout un public qui n'avait jamais pris le train en marche — l'obstacle principal de tout feuilleton de longue durée. Une fois les 1 000 premiers épisodes digérés, ces nouveaux spectateurs se sont naturellement reportés sur la diffusion quotidienne de TF1.

« C'est le contraire de la cannibalisation redoutée, observe Claire Vasseur, consultante médias chez Panorama Audiences. La plateforme joue le rôle d'un rattrapage massif, la chaîne garde l'exclusivité de l'inédit. TF1 a compris que son feuilleton n'était pas un stock à protéger mais un catalogue à faire découvrir. » Un raisonnement que d'autres producteurs français observent désormais de très près, et que nous décryptons régulièrement dans notre rubrique séries.

Une saison 6 qui prend des risques

La sixième saison a poussé le feuilleton vers un registre plus sombre que ses débuts. Les intrigues autour de la transmission, de la pression professionnelle et de l'épuisement dans les cuisines de haut niveau ont donné à la série une profondeur inattendue pour un programme d'access.

C'est là qu'Ici tout commence se distingue de la plupart des quotidiennes européennes : la série a accepté de vieillir avec ses personnages. Les élèves de la première saison sont devenus des professionnels, certains ont quitté l'institut, d'autres y sont revenus en position d'autorité. Cette circulation des rôles évite l'écueil du sur-place qui a tué tant de feuilletons.

Un vivier d'acteurs

Il faut aussi souligner ce que ces quotidiennes représentent pour la profession. Ici tout commence, comme Demain nous appartient ou Un si grand soleil sur France 2, est devenue une école de jeu à ciel ouvert. Rythme de tournage soutenu, exigence technique, apprentissage du cadre : plusieurs comédiens formés sur ces plateaux ont depuis rejoint des productions de prestige.

La fiction française n'a jamais été aussi forte

Le succès du feuilleton s'inscrit dans un contexte plus large. La fiction française domine littéralement les classements 2026 : HPI reste en tête avec sa nouvelle saison portée par Audrey Fleurot, devant Capitaine Marleau, Astrid et Raphaëlle, Alter Ego et Lupin. Sur France 3, le lancement de la nouvelle saison d'OPJ a réuni près de 2,7 millions de téléspectateurs le 19 août, en plein cœur de l'été.

Ce n'est pas un hasard si le service public a bâti son été 2026 sur la fiction hexagonale inédite — une stratégie qui lui a permis de devancer TF1 sur un mois complet en juillet, une première historique. La fiction française n'est plus une variable d'ajustement : elle est devenue l'arme principale des diffuseurs.

Et maintenant ?

Ici tout commence aborde la rentrée avec un capital rarement égalé : une audience linéaire stable, un catalogue accessible en permanence, et un public renouvelé. Le feuilleton continuera d'être diffusé chaque soir du lundi au vendredi à 18h30 sur TF1, dans une case qui prépare l'access de la chaîne — enjeu d'autant plus sensible que la Une lance en septembre son nouveau jeu Le Grand Défi à 19h50.

La quotidienne, un genre longtemps méprisé

Il faut le dire clairement : pendant trente ans, la critique française a traité le feuilleton quotidien avec une condescendance à peu près totale. Trop rapide, trop bavard, trop peu cinématographique. Ce mépris a coûté cher, parce qu'il a masqué une réalité industrielle simple — la quotidienne est le format le plus exigeant qui soit sur le plan de la production.

Produire cinq épisodes par semaine, cinquante semaines par an, suppose une machine d'écriture, de tournage et de post-production d'une précision extrême. Les ateliers d'auteurs travaillent avec plusieurs mois d'avance, les plateaux tournent en multi-caméras, et le moindre grain de sable se paie en jours d'antenne. Peu de séries dites « prestigieuses » supporteraient ce régime.

Un modèle économique vertueux

Sur le plan financier, la quotidienne présente un avantage décisif : le coût à la minute diminue mécaniquement avec le volume. Décors permanents, équipes stables, comédiens sous contrat de longue durée — les charges fixes s'amortissent sur des centaines d'épisodes. C'est ce qui permet à ces programmes de financer, indirectement, une partie de l'écosystème de la fiction française, en offrant du travail régulier à des centaines de techniciens et comédiens.

La concurrence des autres feuilletons

Ici tout commence n'est pas seul sur ce créneau. Demain nous appartient, son aîné sur TF1, occupe la case de 19h10, tandis que Un si grand soleil tient la sienne sur le service public et que Plus belle la vie a connu plusieurs vies successives. Cette densité fait de la France l'un des marchés européens les plus actifs sur le genre — un paradoxe, pour un pays qui a longtemps prétendu ne pas aimer les soap operas.

Retrouvez les horaires de diffusion et les résumés d'épisodes sur notre guide TV complet, la fiche détaillée de la chaîne sur TF1, et toute l'actualité de la fiction française dans nos actualités TV.

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