Astrid et Raphaëlle, la série qui domine le service public
Astrid et Raphaëlle réunit 4 millions de téléspectateurs par épisode et prépare une saison 7 tournée à Tokyo : anatomie du succès d'une série française à part.
Astrid et Raphaëlle : la série française qui a conquis le service public
Quatre millions de téléspectateurs en moyenne par épisode sur sa sixième saison. Dans un paysage audiovisuel où la fragmentation est devenue la norme, Astrid et Raphaëlle réalise l'exploit d'être la fiction la plus regardée du service public français — et l'une des rares séries françaises à progresser saison après saison plutôt qu'à s'éroder. Portrait d'un succès qui doit beaucoup à un pari que personne n'aurait misé au départ.
Un duo improbable devenu institution
Sur le papier, la formule avait tout du casse-tête. Astrid Nielsen, documentaliste criminelle atteinte du syndrome d'Asperger, méthodique jusqu'à l'obsession, incapable de supporter le contact physique. Raphaëlle Coste, commandante de police impulsive, désordonnée, allergique aux procédures. Les deux femmes n'ont rien en commun sauf une intelligence hors norme et une incapacité chronique à entrer dans les cases.
Sara Mortensen et Lola Dewaere ont transformé cette mécanique de contrastes en quelque chose de rare à la télévision française : une amitié féminine adulte, filmée sans condescendance et sans romance de substitution. C'est probablement là que réside le cœur du succès. Les enquêtes sont solides, souvent inventives, parfois franchement retorses — mais ce que le public vient chercher, c'est la relation.
« La fiction policière française avait pris l'habitude de traiter la neuroatypie comme un gadget narratif », observe Camille Fauré, critique de séries. « Astrid a fait l'inverse : le syndrome n'est ni un super-pouvoir ni un handicap pathétique, c'est une manière d'être au monde, avec ses coûts et ses avantages. Cette justesse a créé une fidélité que le simple polar n'obtient jamais. »
Des chiffres qui résistent à l'érosion
Quatre millions de téléspectateurs en moyenne pour la saison 6, c'est mieux que la plupart des fictions inédites de TF1 hors HPI. C'est surtout une performance dans la durée : la série n'a pas connu le décrochage habituel qui frappe les collections policières autour de la quatrième ou cinquième saison.
Ce résultat s'inscrit dans un contexte favorable à la fiction française. Les données de cet été le confirment avec éclat : le 15 août, une rediffusion de Meurtres à Arles sur France 3 réunissait 2,73 millions de téléspectateurs et 20,6 % de part d'audience. Le 10 août, un épisode déjà vu de Camping Paradis offrait à TF1 sa soirée avec 2,20 millions. Quand la fiction hexagonale fonctionne, elle fonctionne même en rediffusion, même en plein mois d'août.
Le suivi complet des scores est disponible sur notre page audiences TV, actualisée chaque matin.
Saison 7 : direction Tokyo
La production ne se repose pas sur ses lauriers. Le tournage de la septième saison emmène le duo à Tokyo — une extension géographique qui témoigne de l'ambition budgétaire de France Télévisions sur ses fictions phares. Le pari est double : renouveler l'écrin visuel sans dénaturer la mécanique, et offrir au personnage d'Astrid un terrain de jeu où ses obsessions de classement et de rituel rencontrent une culture qui les valorise.
Le risque existe. Les délocalisations de séries policières se soldent souvent par des épisodes carte postale, où le décor mange l'intrigue. Mais la série a jusqu'ici montré une capacité rare à absorber les changements de format sans perdre son identité.
Les diffusions à venir seront à retrouver sur France 2 et dans le programme TV complet.
Où se situe la série dans le paysage français ?
Le classement 2026 des séries françaises les plus regardées place Astrid et Raphaëlle aux côtés de HPI, Capitaine Marleau, Alter Ego et Lupin. Chacune occupe un territoire distinct.
HPI, avec Audrey Fleurot, reste le poids lourd absolu de TF1 : la série dépasse régulièrement les 8 millions de téléspectateurs et sa cinquième saison est l'un des arguments majeurs de la rentrée de la chaîne. Sa mécanique — une femme brillante et cabossée dans un univers d'hommes en costume — a créé un modèle abondamment imité.
Capitaine Marleau joue la carte du personnage-monde, entièrement construit autour de son interprète, avec une liberté formelle assumée.
Lupin représente l'autre voie : celle de la fiction française pensée pour l'export, formatée pour une consommation internationale sur plateforme.
Astrid et Raphaëlle occupe une position intermédiaire, et c'est sa force : suffisamment populaire pour tenir le prime time du service public, suffisamment singulière pour ne ressembler à rien d'autre. Notre top 50 des séries françaises replace ces titres dans une perspective plus large.
Ce que le succès d'Astrid dit de la fiction française
L'année 2026 est un tournant. Les poids lourds historiques poursuivent leur règne, de nouveaux venus s'installent, et des formats hybrides entre télévision traditionnelle et plateformes commencent à brouiller les frontières. Le succès d'Astrid et Raphaëlle valide plusieurs enseignements.
Le public accepte la singularité. On a longtemps expliqué que la fiction de service public devait viser le plus grand dénominateur commun. La série démontre l'inverse : c'est sa spécificité qui fédère.
La durée est un actif. Sept saisons dans un environnement où les plateformes annulent après deux, c'est un avantage compétitif majeur. Chaque nouvelle saison bénéficie d'un capital de sympathie que les nouveautés doivent construire de zéro.
Le linéaire reste puissant sur la fiction française. Alors que 74 % des foyers français reçoivent la télévision par box internet et que la TNT n'équipe plus que 34,7 % des ménages, la fiction hexagonale reste le format qui résiste le mieux au basculement vers les plateformes. Nous analysons cette dynamique dans notre étude sur le streaming en France en 2026.
Par où commencer ?
La bonne nouvelle pour les nouveaux venus : la série est construite en épisodes largement autonomes. On peut entrer par n'importe quelle saison sans se sentir perdu, même si la relation entre les deux héroïnes gagne évidemment en profondeur à mesure qu'on remonte le temps.
Les épisodes sont régulièrement rediffusés sur les chaînes du service public et disponibles en rattrapage. Consultez le replay gratuit pour vérifier les disponibilités, et notre sélection séries à la TV ce soir pour repérer les prochaines diffusions.
À suivre en septembre
La rentrée de France Télévisions s'annonce dense en fiction, avec le retour des collections installées et plusieurs nouveautés. Astrid et Raphaëlle en restera vraisemblablement la locomotive.
Retrouvez toutes les dates de diffusion dans le guide TV complet et suivez l'actualité des séries françaises dans notre rubrique actualités TV.